Mini-cours d’initiation à l’hébreu biblique. Troisième étape sur cinq: Les verbes

Table des matières

Page d’introduction

Première rencontre sur cinq : L’histoire

Première rencontre sur cinq : Les lettres

Deuxième rencontre sur cinq : Les mots

Troisième rencontre sur cinq : Les verbes (cette page)

  • Table des matières
  • Racines, « temps », flexions, conjugaisons, irrégularités et suffixes des verbes hébraïques
    • Remarques introductives
    • La racine trilitère des verbes hébreux
    • Les « temps » et les flexions des verbes hébraïques
    • La puissance sémantique des conjugaisons
    • Conjugaisons verbales semblables dans d’autres langues sémitiques
    • Recherche dans un dictionnaire d’hébreu biblique
    • Quelques exemples de verbes faibles
    • Les suffixes pronominaux et autres particules des verbes
  • Formes verbales et phrases en Proverbes 23,1-5
    • Proverbes 23 Premier verset
    • Proverbes 23 Deuxième verset
    • Proverbes 23 Troisième verset
    • Analyse des verbes dans Proverbes 23,4-5
    • Comparatif de Proverbes 22,22 à 23,14 avec l’Enseignement d’Amenemopet
    • Réflexions théologiques conclusives

Quatrième rencontre sur cinq : Les noms divins

Cinquième rencontre sur cinq : Les phrases

Racines, « temps », flexions, conjugaisons, irrégularités et suffixes des verbes hébraïques

Remarques introductives

Les verbes forment sans conteste la partie la plus difficile de la grammaire hébraïque.
En raison du grand nombre d’aspects à assimiler, même une présentation succinte qui se voudrait exhaustive serait excessive dans le cadre de ce mini-cours.
Cette troisième rencontre se présente donc comme un parcours en deux étapes:

  • La première partie présente un minimum de notions théoriques indispensables pour parvenir à utiliser les indications dans une Bible interlinéaire hébreu-français et un dictionnaire.
  • La seconde partie propose la traduction mot à mot d’un passage du livre des Proverbes qui comprend beaucoup de verbes, souvent difficiles (ce qui permet de mesurer leur complexité) et qui illustre la richesse de l’hébreu biblique.

Cette seconde partie sera interactive, afin que les participants puissent acquérir une vision la plus précise possible des difficultés linguistiques et grammaticales que peuvent présenter les verbes hébreux et leur usage dans la langue écrite de la Bible.

Du point de vue de la théorie grammaticale, cette troisième rencontre est donc la plus difficile des cinq que comporte ce mini-cours. Les deux dernières rencontres bénéficieront des acquis des trois premières, et permettront d’apprécier certains aspects du texte biblique hébraïque qui n’apparaissent pas lorsque l’on lit des traductions en langues modernes.

Une invitation à ralentir: Si la difficulté des verbes hébraïques inquiète, c’est souvent parce que nous supposons qu’il nous faut traduire le texte hébreu rapidement afin de parcourir le plus grand nombre de versets. Les plannings de lecture de la Bible sur deux ou trois ans nous invitent à lire un ou plusieurs chapitres par jour. L’étude de l’hébreu biblique invite à inverser cette tendance : Traduire quelques mots devient un objectif déjà exigeant, mais ce que l’on perd en quantité de lecture, on le gagne en qualité ! L’approfondissement de la compréhension de notre Ancien Testament (= la Bible juive), est à ce prix ! Les formes verbales les plus difficiles peuvent demander plus d’une demi-heure d’étude afin d’être traduites en tenant compte de tous les aspects nécessaires.

La racine trilitère des verbes hébreux

« La plupart des verbes hébreux se composent de trois consonnes qui forment ensemble la racine et que l’on appelle les radicales. Les anciens grammairiens juifs utilisaient le paradigme פעל « faire ».
A cause de la gutturale dans cette racine [qui induit une conjugaison particulière] on emploie à présent plus généralement קטל « tuer » (Arabe qatala, en araméen le t est assimilé à la consonne emphatique précédente et devient ṭ. En hébreu le verbe est rare) » (LET1980a, p.81).

Le verbe קטל « tuer » est utilisé pour décliner la conjugaison du verbe régulier, sans se soucier aucunement de sa signification. Il n’apparaît que trois fois dans la Bible hébraïque, et uniquement dans la forme simple Qal : Ps 139,19; Jb 13,15; 24,14.

« En hébreu, les verbes se composent de trois consonnes qui en constituent la racine. Ces consonnes sont appelées les radicales. La racine verbale קטל qui signifie « tuer » est utilisée comme paradigme du verbe fort. Elle a été choisie parce que cette racine ne comporte aucune radicale qui soit une gutturale, un nun, une begadkefat ou une mater lectionis. En effet, la présence d’une de ces consonnes peut à l’occasion engendrer des changements par rapport au modèle du verbe fort, on parle alors de verbe faible » (UNIGEHeb).

« Les dictionnaires désignent les verbes par la 3e personne singulier masculin [il a tué] du parfait de la conjugaison qal, cette forme étant la plus simple » (LET1980a, p.81).

Comme cela sera présenté par des exemples ci-dessous, et comme cela a été indiqué avec l’exemple de la racine קדשׁ (qof-dalet-shin) examinée lors de la deuxième rencontre, une même racine hébraïque peut servir à former des formes verbales et des noms.

Remarque 1: Les textes en hébreu biblique se limitant à la Bible juive et à quelques autres textes antiques, certaines formes verbales n’apparaissent jamais dans cette littérature antique, même si elles font partie des tabelles de conjugaison régulière ou irrégulière. Voir par exemple VER2007, p.76 et 78.

Remarque 2: L’interprétation de certaines formes verbales spéciales ou rares est si complexe qu’elle fait l’objet d’un débat parmi les spécialistes : Voir par exemple VER2007, p.75. « Les savants ne sont pas encore unanimes sur l’interprétation précise de divers temps et modalités. Dans ce livre, nous assumons que cette interprétation dépend du moins partiellement du type de texte dans lequel le verbe est utilisé » (VER2007, p.27).
Fondamentalement, la traduction sera toujours une recherche et un débat, il n’y aura jamais de traduction parfaite, comme il n’y a jamais eu de texte originel parfait, mais une construction progressive de l’écriture, de la grammaire et du texte au cours de plusieurs siècles.

Les « temps » et les flexions des verbes hébraïques

Pour une histoire des formes verbales de l’hébreu biblique, voir (HAD1992, p.39-41).

« Les langues sémitiques ne définissent pas aussi strictement que dans notre langue les temps des verbes par le degré relatif dans le temps (passé, présent, futur) » (UNIGEHeb).
« Les langues sémitiques ont en commun un certain nombre de propriétés […] qui, prises ensemble, […], les différencient des langues indo-européennes, à savoir [parmi d’autres propriétés]: 4. le fait que les « temps » du verbe n’expriment pas en premier lieu – comme c’est le cas pour nos formes temporelles – les degrés relatifs du temps (passé, présent, futur), mais indiquent l’aspect momentané ou duratif de l’action. La signification fondamentale du verbe peut être modifiée par un grand nombre de formes ou de conjugaisons » (LET1980a, p.1).

UNIGEHeb emploie le mot « conjugaison » à la place de « temps-flexions » dans ce mini-cours, et le mot « mode » à la place de « conjugaison » dans ce mini-cours. Le texte suivant a été modifié en conséquence, en l’adaptant au vocabulaire de ce mini-cours.

« Le système de temps-flexions de l’hébreu diffère considérablement de celui des langues européennes.
Les temps-flexion sont peu nombreux et ne fonctionnent pas selon un système strictement temporel du type passé-présent-futur, mais comportent des caractéristiques aspectuelles. L’action peut être définie par son caractère accompli ou inaccompli, elle peut en outre être ponctuelle, durative ou répétitive.

On notera que le système temporel de la langue française a également des éléments aspectuels. Ainsi dans la phrase « Lise marchait, lorsqu’elle rencontra Luc », le premier verbe à l’imparfait exprime une action qui dure, alors que le second au passé simple exprime une action ponctuelle. Au plan temporel, ces deux actions sont pourtant situées dans le passé.
En dépit de ces caractéristiques aspectuelles, le système verbal hébraïque n’en demeure pas moins assez performant pour définir la temporalité. La place du verbe dans la phrase et différentes règles de concordance des temps permettent une transposition du système verbal hébraïque au système verbal français relativement aisée et fiable. Le contexte d’utilisation du verbe aidera en outre l’hébraïsant.

[Les deux principaux temps à flexion de l’hébreu biblique sont:]
– Le temps-flexion de type qatal décrit une action accomplie, donc plutôt un passé;
– Le temps-flexion de type yiqtol décrit une action inaccomplie, donc plutôt future » (UNIGEHeb).

« Parmi les verbes il y a une certaine variation de voyelles. Le plus souvent:
– Leurs formes du qatal se réalisent en /a/-/a/,
– Leurs formes du yiqtol se réalisent en /i/-/o/,
– Leurs formes du participe se réalisent en /o/-/e/ » (VER2007, p.74).

Désignations dans les grammaires hébraïques:
Parfait=Accompli, ressemble au passé parce que l’action est terminée.
Imparfait=Inaccompli, ressemble au futur, car l’action n’est pas terminée.

Constat de vocabulaire différent: L’imparfait hébreu (il écrira) diffère totalement de l’imparfait français (il écrivait).

La puissance sémantique des conjugaisons

« Les conjugaisons offrent la possibilité d’exprimer diverses idées à partir d’une même racine » (HAD1992, p.40). Les conjugaisons des verbes hébreux permettent d’infléchir le sens du verbe en redoublant une consonne de la racine, en ajoutant des consonnes et en modifiant des voyelles.

Exemple fictif en français aidant à comprendre le principe des conjugaisons hébraïques:

CONJUGAISONVERBE FRANçAIS FICTIFSIGNIFICATION
qalil mangeil mange
nif*alil nimangeil est mangé
pi*elil mineggueil dévore
pu*alil munaggueil est dévoré
hitpa*elil hitmanggeil se ronge
hif*ilil himingeil prépare le repas
hofalil homangeon lui prépare le repas
Dans cet exemple, les trois consonnes de la racine trilitère sont conservées. Dans le cas des verbes faibles, certaines consonnes de la racine disparaissent dans certaines conjugaisons.

Une déclinaison de ce type existe en italien :
il cane, le chien
il cagnolino, le petit chien
il cagnolone, le gros chien
le cagnaccio, le mauvais chien
le cagnuccio, le petit chien mignon

« Le qal est la seule conjugaison sans réalisation d’aucune des trois [modifications de la forme de base du verbe : préfixe, affermissement de consonnes, sonorité vocalique]. Son nom signifie « léger ». Il est majoritaire dans la Bible, avec un tiers des lexèmes verbaux, et deux tiers de toutes les formes verbales » (VER2007, p.74).

« Les sept formes radicales ou conjugaisons les plus en usage en hébreu (quoiqu’on les trouve rarement appliquées toutes à un seul verbe), sont liées comme suit » (LET1980a, p.82). Le nom des conjugaisons est marqué en jaune dans le tableau ci-dessous:

On peut noter que même dans la conjugaison des verbes réguliers, au Hif*il, une mater lectionis s’intercale entre les trois radicales:

הִקְטִיל → קָטַל

Conjugaisons verbales semblables dans d’autres langues sémitiques

Ce système de conjugaisons hébraïques dérivées de la même racine verbale par adjonction de consonnes préfixes ou de suffixes n’est pas propre à l’hébreu, ni n’est une invention de cette langue. Ce système de conjugaisons appartient à l’ensemble des langues sémitiques et ne constitue pas une particularité de l’hébreu. A titre d’exemple, on présente ici trois extraits non exhaustifs de grammaires de l’égyptien hiéroglyphique, du babylonien cunéiforme et du phénicien.

Recherche dans un dictionnaire d’hébreu biblique

Conséquence: En hébreu, il y a moins de racines verbales à apprendre, car presque chacune peut prendre diverses significations selon ses conjugaisons, mais par contre la construction et donc aussi l’analyse des formes verbales est plus difficile.

« Dans cette section, les « significations » des conjugaisons ne seront traitées que d’une façon assez superficielle. La sémantique d’un lexème concret n’est pas à déduire directement des significations supposées de sa racine et de sa conjugaison » (VER2007, p.73).
« Il faut rester prudent, on ne peut pas toujours construire de manière stricte les divers sens des verbes en fonction des modes. Il faut donc toujours consulter le dictionnaire. On signalera notamment que les intensifs/factitif et les causatifs ont souvent des sens voisins » (UNIGEHeb).
En d’autres termes, les divers sens d’un verbe à ses différentes conjugaisons paraît assez aléatoire et indépendant des significations indiquées dans le tableau ci-dessus.

« Dans beaucoup de dictionnaires de l’hébreu biblique […], la recherche d’un lexème [=la racine consonantique d’un mot avec les autres lettres qui lui donnent sa signification] se fait selon le principe suivant:

  • Les verbes (lexèmes verbaux) sont réduits à leurs racines qui sont classées alphabétiquement. L’entrée d’une racine [dans le dictionnaire] comprend des sous-entrées pour les conjugaisons.
    Par exemple le lexème כתב) נִכְתַּב + nif*al, « être écrit ») est mentionné sous la racine כתב, dans une sous-entrée nif*al. On le trouve donc sous la lettre kaf.
  • Les autres lexèmes peuvent être rangés alphabétiquement avec leur propre initiale. Dans ce cas, le substantif מִכְתָּב (document) sera mentionné sous la lettre mem, et non sous la lettre kaf, même s’il est construit sur la base de la racine כתב » (VER2007, p.23).

Quelques exemples de verbes faibles

« Les classes principales sont les racines « fortes » et « faibles ». Les radicales d’une racine forte seront manifestes dans toutes les formes de tous les lexèmes [Exemple katav ci-dessus]. Une racine faible comprend une ou deux radicales qui peuvent être modifiées – même élidées [= supprimées] sous l’influence de la flexion [personne, genre, nombre] ou de la conjugaison [qal, nif*al, pi*el, etc.]. Souvent les verbes à racine faible sont difficiles à analyser. Ce sont donc les racines faibles qui font l’objet principal de ce paragraphe » (VER2007, p.82).

« […], les conjugaisons dérivées et les différentes classes de verbes sont désignées par des termes empruntés à la racine פעל [pe-*ayin-lamed]. Ainsi:

  • La désignation פ »נ (pe-nun) indique un verbe dont la première radicale est נ
  • La désignation ל »א (lamed-alef) indique un verbe dont la dernière radicale est א
  • Lorsque la troisième radicale est la même que la deuxième, on parle de verbes ע »ע (*ayin-*ayin)
  • Etc.

On distingue des verbes forts et des verbes faibles. La première catégorie comprend les verbes à trois radicales invariables (les verbes gutturaux inclus). Parmi les verbes faibles on compte les verbes avec assimilation ou élision d’une des consonnes constitutives, ainsi que les verbes ayant une base qui ne comptait primitivement que deux radicales » (LET1980a, p.81-82).

Voici quelques exemples de verbes faibles:

Exemples de conjugaison du verbe faible irrégulier natan, donner:

Exemple de forme verbale dans laquelle il ne subsiste qu’une seule des trois radicales du verbe נכה (nun-kaf-hé) au hif*il: (VER2007, p.96) « A noter que dans wayyach (et il frappa), c’est seulement la deuxième radicale kaf, non affermie, qui persiste:

וַיַּךְ

Les suffixes pronominaux et autres particules des verbes

En hébreu, une forme verbale peut être précédée, dans le même mot, par la conjonction et (waw+shewa) ou par d’autres prépositions. Lorsqu’une forme verbale est suivie dans le même mot par un suffixe pronominal, deux suffixes se suivent à la fin de la forme verbale : le suffixe de la flexion (personne, genre, nombre) et le suffixe pronominal. Exemple:

Conclusion: On peut donc imaginer un verbe hébreu en un seul mot comme une poupée russe pouvant contenir, approximativement dans l’ordre:
– Une conjonction (et) ou une préposition (pour, à, de, etc.)
– Les consonnes de la conjugaison (Hiph*il, Hitpa*el, etc.)
– Les préfixes du « temps » (yiqtol, etc.)
– Les consonnes de la racine du verbe (avec vocalisations et redoublements)
– La terminaison de la flexion (il, elle, vous, etc.)
– Le suffixe pronominal (me, te, nous, à vous, etc.)
Tout cela dans un seul et unique mot !

Formes verbales et phrases en Proverbes 23,1-5

Rappel: Ce mini-cours a pour objectif de parvenir à déchiffrer le sens des mots hébreux à l’aide d’un dictionnaire interlinéaire hébreu-français, d’une grammaire et d’un dictionnaire. Ces trois ouvrages sont proposés dans l’introduction. Le texte de la littérature de sagesse dont nous proposons la lecture ci-dessous à titre de démonstration contient de nombreuses formes verbales difficiles.

La traduction mot à mot des trois premiers versets est présentée dans le détail ci-dessous, tandis que seuls les verbes des versets 4 et 5 sont présentés ensuite plus brièvement.

Les six versions françaises de Proverbes 23,1-5 peuvent être téléchargées ici.

Bible Louis Segond 1910:
1 Si tu es à table avec un grand, Fais attention à ce qui est devant toi;
2 Mets un couteau à ta gorge, Si tu as trop d’avidité.
3 Ne convoite pas ses friandises: C’est un aliment trompeur.
4 Ne te tourmente pas pour t’enrichir, N’y applique pas ton intelligence.
5 Veux-tu poursuivre du regard ce qui va disparaître? Car la richesse se fait des ailes,
Et comme l’aigle, elle prend son vol vers les cieux.

L’Ancien Testament Bibliothèque de la Pléiade 1959:
1 Quand tu es assis pour manger avec un puissant, regarde bien ce qui est devant toi;
2 tu mets un couteau à ta gorge, si tu as trop d’appetit;
3 ne convoite pas ses mets, car c’est un pain trompeur.
4 Ne te fatigue pas pour avoir la richesse, détournes-en ta pensée;
5 tes yeux volent-ils vers elle, il n’y a plus rien, car elle se fait des ailes et,
comme l’aigle, s’envole au ciel.

Traduction du Rabbinat Français 1989:
1 Lorsque tu t’attables pour manger avec un supérieur, considère bien qui tu as devant toi.
2 Tu t’enfonceras un couteau dans la gorge, si tu te comportes en glouton.
3 Ne convoite pas ses plats fins, car c’est une nourriture trompeuse.
4 Ne te fatigue pas pour t’enrichir; renonce à ton savoir-faire.
5 Tes regards se seront à peine posés sur [la fortune], qu’elle ne sera plus;
car elle ne manquera pas de s’acquérir des ailes, tel un aigle qui s’envole dans les cieux.

Traduction Chouraqui 1989:
1 Quand tu sièges pour consommer le pain avec un gouverneur, discerne, discerne qui est en face de toi.
2 Mets un couteau dans ta glotte, si tu es maître de ton être.
3 N’aie pas l’appétit de ses mets : c’est un pain de tromperie.
4 Ne t’épuise pas pour t’enrichir, cesse en ton discernement.
5 Volerait-elle ? Tes yeux sont sur elle, mais elle n’est plus.
Oui, elle se fait, elle se fait des ailes.

Nouvelle Français courant 1997:
1 Quand tu es assis à la table d’une personne importante,
considère bien qui tu as devant toi.
2 Réfrène ton appétit si tu es un glouton.
3 Ne convoite pas ses bons plats : c’est une nourriture décevante !
4 Ne te fatigue pas à courir après la richesse : cesse même d’y penser.
5 L’argent disparaît avant qu’on ait eu le temps de bien le voir :
on dirait qu’il se fabrique des ailes pour s’envoler au loin comme un aigle dans les cieux.

Bible TOB 2010:
1 Si tu es à table avec un puissant, fais bien attention à celui qui est devant toi.
2 Mets un couteau sur ta gorge si tu es un glouton !
3 Ne convoite pas ses bons plats ! Après tout, c’est une nourriture décevante !
4 Ne te fatigue pas pour acquérir la richesse, cesse d’y penser.
5 Tes regards se seront à peine posés sur elle qu’elle aura disparu.
Car elle sait se faire des ailes ! Comme un aigle elle s’envolera vers les cieux.

Proverbes 23 Premier verset

1 כִּי־ Quand / Lorsque / Si

Selon (VER2007, p.32), kiy signifie que, parce que, lorsque, car.

Exégèse: Il est possible de traduire par quand (temporel) ou si (conditionnel).

2 תֵשֵׁבֶ tu t’asseyes / tu es assis

  • ATI2007 indique la racine yod-shin-bet. Il s’agit donc d’un verbe.
  • On en déduit qu’il est faible, puisque seules les consonnes shin et bet de la racine subsistent dans la forme verbale.
  • Le taw initial et l’absence de terminaison fait penser à une conjugaison yiqtol:
  • tiqtol : Soit 3e féminin singulier soit 2e masculin singulier.
  • Donc « futur », inaccompli, imparfait. L’action est en cours.
  • On cherche le verbe yod-shin-bet dans le dictionnaire.
  • Ce verbe au qal signifie soit s’asseoir soit être assis, habiter, etc.
  • Le contexte invite à choisir la 2e masculin singulier tu.

Exégèse: Les possibilités de traduction se multiplient:

Si tu t’asseyesSi tu es assisSi tu habites
Lorsque tu t’asseyesLorsque tu es assisLorsque tu habites

Chouraqui traduit quand tu sièges en fonction du contexte.

3 לִלְחֹום pour manger

  • ATI2007 indique InCs, ce qui signifie infinitif construit. L’état construit signifie que le mot se rapporte au suivant, ce qui tend à affaiblir sa vocalisation (davar -> devar).
  • Selon la tabelle (LET1980a, p.92-93, cf. ci-dessus), la forme régulière de cet infinitif construit à la conjugaison qal est qetol, tandis que l’infinitif absolu est qatowl. L’affaiblissement des deux voyelles à l’état construit est donc très net.
  • On retrouve bien la vocalisation shewa et holem de l’infinitif construit qal régulier.
  • Mais dans ce cas la mater lectionis waw n’a pas été allégée.
  • Tout porte à penser, comme la traduction l’indique, que le premier lamed est la préposition pour, à (VER2007, p.35).
  • Dans (REY1991, p.188), ci-dessous, le sens 5 indique que devant un infinitif, la préposition le indique le but de l’action.
  • On en déduit que la racine verbale est lamed-cheth-mem, déjà rencontrée deux fois, lors de la première rencontre (beyt-lechem, Bethléem) et ci-dessus parmi les verbes faibles.
  • Dans (REY1991, p.192), on trouve, dans la définition II, au qal, l’infinitif construit lechowm, exactement comme il se présente dans notre texte.
  • Le verbe signifie manger, goûter.
  • Dilemme: ATI2007 traduit ce mot par pour te nourrir, or la forme verbale ne contient aucune trace de suffixe pronominal. Donc le te est soit de trop soit déduit dans cette traduction interlinéaire. En effet, pour te (masculin) nourrir s’écrirait théoriquement lilechowmcha (voir ci-dessous), mais une telle forme verbale n’existe pas:

לִלְחֹומְךָ (faux)

  • Selon (VER2007, p.67-68): « L’infinitif n’exprime que l’idée du verbe, sans indication de son orientation temporelle, ni de son sujet ».
  • « L’infinitif construit est l’infinitif le plus fréquent dans la Bible ».
  • « Fautes de caractéristiques flexionnelles, le sujet du verbe n’est pas marqué ».
  • Le sujet et l’objet du verbe à l’infinitif sont donc à déduire du contexte.
  • « Souvent l’infinitif est précédé d’une préposition, comme be ou le. Une telle construction se rend en français soit par une phrase propositionnelle (« à la sortie d’Israël »), soit par une proposition subordonnée (« quand Israël sortit) ».

Exégèse: En fonction du verbe précédent, être assis ou s’asseoir, il peut être judicieux de traduire quand/si tu es à table, comme l’on fait la TOB, la Français courant et la Second.

On constate que cette traduction contient un mot table qui n’est pas dans l’hébreu. La Pléiade (Quand tu es assis pour manger), le Rabbinat Français (Lorsque tu t’attables pour manger) et Chouraqui (Quand tu sièges pour consommer) ont donc choisi une traduction plus littérale.

4 אֶת־ avec

  • Souvent, cette particule ne se traduit pas, car elle désigne l’accusatif, l’objet de l’action (signification I).
  • Ici, en fonction du contexte, on perçoit qu’elle signifie avec, près de, en compagnie de (signification II).

5 מוֹשֵׁל un dominant / un dirigeant / un puissant

  • ATI2007 indique qu’il s’agit d’un participe Pt.
  • Selon la tabelle (LET1980a, p.92-93, cf. ci-dessus), la forme régulière du participe qal est qotel.
  • Dans cette forme verbale, on constate que le waw est une mater lectionis du holem, car la première consonne mem n’a pas d’autre voyelle.
  • A part la mater lectionis waw, la vocalisation du participe qal semble donc normale.
  • Ni la première consonne mem, ni la dernière consonne lamed ne peuvent faire partie de préfixes ou de suffixes ordinaires des diverses conjugaisons.
  • Par ailleurs, on ne trouve aucun verbe mem-waw-shin ou waw-shin-lamed dans le dictionnaire.
  • Il est donc probable que la racine du verbe soit mem-shin-lamed:
  • Sous cette racine trilitère, on trouve un verbe qui signifie parler en proverbes, dominer, diriger.
  • Au participe qal de la deuxième signification de cette racine verbale, on trouve la forme moshel, qui correspond presque exactement à celle du texte, à part la mater lectionis.
  • Dans le dictionnaire plus ancien et beaucoup plus complet (LVT1958, p.576), on trouve la forme mowshel après la forme moshel. Cette indication confirme qu’il s’agit bien de la même forme verbale qu’elle n’a pas une autre signification.

Exégèse: L’emploi d’un participe (présent: dominant, dirigeant, puissant, etc.) souligne la qualité et l’action dominante de la personne concernée, car cette dernière est désignée par un verbe, qui dit ce qu’elle peut produire, sa puissance, sa force, et non ce qu’elle est (nom, substantif).

A ce point, la force de cette phrase hébraïque apparaît: Si/quand tu te trouves en présence d’une personne qui peut avoir un impact sur ta vie, et qui plus est, que tu te trouves dans son intimité, puisque tu manges à table avec elle…

On soulignera que la racine mem-shin-lamed ne renvoie pas seulement à la domination, mais aussi à la capacité de parler en paraboles, d’édicter des proverbes. L’hébreu ne distingue donc pas de manière précise le pouvoir (capacité) et l’autorité (compétence). L’interprétation du texte embrasse donc un large champ sémantique.

6,7 בִּין תָּבִין comprendre tu comprendras

  • On constate, dans un premier temps, que ces mots contiennent une répétition de trois consonnes bet-yod-nun. Il y a peut-être un lien entre ces mots.
  • Concernant le second mot, on traite ensuite la note a dans l’apparat critique de la BHS1008. Le l est une abréviation, selon la légende en page XLIX, de lege(ndum) etc qui signifie, en latin: (ce qui est) à lire ou devant être lu. Donc, il est probable que le hireq doive être lu comme un séré.
  • On constate que ATI2007 indique l InAb. InAb signifie infinitif absolu. Le sens de la lettre qui précède est incompréhensible.
  • La forme de l’infinitif absolu du verbe fort, selon (LET1980a, p.92-93), est qatowl.
  • Cette forme ne correspond pas du tout à biyn, qui doit donc être un verbe faible.
  • Dans le dictionnaire, on recherche et on trouve la racine bet-yod-nun.
  • L’infinitif absolu est noté biyn dans l’encadré rouge:
  • Il est intéressant de noter que ce verbe est fréquent dans les Proverbes, dans la littérature de sagesse (Job, Ecclésiaste, Psaumes) et prophétique tardive (Chroniques, Daniel).
  • Le verbe biyn est un verbe ע »וי (*ayin »waw-yod), ce qui signifie que la deuxième consonne de sa racine est un waw ou un yod. Ces verbes sont faibles, ils perdent donc des consonnes radicales dans certaines de leurs conjugaisons.
  • « Les verbes *ayin »waw-yod son primitivement monosyllabiques. Entre les deux consonnes radicales il y a une voyelle longue, [dont le waw ou le yod est une mater lectionis]. On appelle ces verbes avec voyelle au milieu aussi des verbes concaves.
  • […]
  • Dans les dictionnaires, ces verbes sont toujours mentionnés à l’infinitif construit qal, par exemple quwm (se lever), biyn (comprendre), parce que les matres lectionis waw ou yod n’apparaissent pas à la 3e personne singulier du parfait » (LET1980a, p.129), qui sert habituellement à désigner le verbe. Selon la tabelle de conjugaison (LET1980a, p.131):

Qal / Parfait=Accompli Qatal / 3e personne singulier:

בִּין ou בָּן il a compris

Qal / Imparfait=Inaccompli / singulier:

יָבִין il comprend, il comprendra
תָּבִין elle comprend, elle comprendra
תָּבִין tu comprends, tu comprendras (masculin)
תָּבִינִי tu comprends, tu comprendras (féminin)

  • On reconnaît, ci-dessus, le second mot (numéro 7): tabiyn, dont la 3e personne du singulier apparaît aussi dans l’encadré rouge sombre dans le dictionnaire ci-dessus.
  • La traduction littérale des deux mots est ainsi comprendre tu comprendras.
  • Intuitivement, on peut supposer que cette tournure verbale sert à marquer l’insistance. Cette intuition est confirmée par les grammaires:
  • « L’infinitif absolu, auquel on ne lie jamais des prépositions ou des suffixes, sert surtout à renforcer une forme personnelle du verbe » (LET1980a, p.89):

קָטוֹל אֶקְטֹל tuer je tuerai = je tuerai sûrement

  • Parfois « le verbe est utilisé deux fois, dont la première en infinitif absolu. Cet usage modifie l’énoncé; on le traduira en fonction du contexte » (VER2007, p.69).
  • Telle quelle, en respectant le sens de chaque mot, cette expression est intraduisible.
  • Les traductions françaises sont: fais bien attention, regarde bien, considère bien.
  • Seul Chouraqui parvient à respecter la tournure hébraïque: discerne, discerne bien…

Exégèse: Après l’énoncé très bref d’une situation critique, risquée, nécessitant l’attention (l’intime compagnie d’un puissant), le verbe de la proposition centrale du verset souligne à nouveau l’insistance à propos d’une attention particulière requise.

8 אֶת־ Sans traduction: particule de l’accusatif

  • Contrairement à son emploi au mot 4, la particule °et ne doit pas être traduite ici, car elle indique l’objet du verbe, ce à quoi il s’adresse, ce qu’il concerne (signification I).
  • Dans le cas présent, la particule indique ce qu’il sera question de comprendre avec tant d’insistance et d’importance.

9 אֲשֶׁר ce que

  • Cette particule, très fréquente en hébreu, sert ici de pronom relatif indéfini (en français ce qui, ce que, ce dont), comme l’indique la fin de sa définition ci-dessous.
  • Dans le dictionnaire REY1991:
    • L’astérisque * signifie « annonce une forme de base non attestée »
    • La croix chrétienne signifie « tous les passages où se trouve le mot sont cités »
  • Le dictionnaire mentionne donc un certain nombre de cas rares où la vocalisation montre qu’il ne s’agit pas de la particule °asher.

10 לְפָנֶיךָ devant toi

  • Ce mot, qui n’est pas un verbe, ne se trouve pourtant pas dans le dictionnaire sous la consonne lamed. En effet, ce mot est composé de trois parties:
    • La préposition le, pour, à.
    • Le nom panéh qui signifie face, visage, partie antérieure d’un objet, avant, Dieu tel qu’il se présente ou qu’il apparaît (le visage de Dieu), etc.
    • Le suffixe pronominal –cha 2e masculin singulier: ton.
  • Le mot lifney, très fréquent, signifie devant ou avant.
  • Dans le dictionnaire, ce mot se trouve sous la racine nominale paneh.

לְ + פָנֶה + ךָ à / la face / de toi

  • Exégèse: Le sens du verset dans son entier n’est pas évident à définir:
  • En présence d’un dominant, il s’agit de comprendre « ce qui est devant soi ».
  • Mais qu’est-il si important de comprendre exactement ?
    • Si le sens du verset est isolé, s’agit-il d’un appel à prendre conscience:
      • de l’impact qu’un puissant peut avoir sur soi,
      • ou de l’impact que sa propre attitude peut avoir sur un puissant.
    • Si le sens du verset n’est pas isolé, il introduit l’explication suivante, qui précisera pour quelle raison il est si important de comprendre « ce que l’on a devant soi ».

Proverbes 23 Deuxième verset

11 וְשַׂמְתָּ et tu places / et tu placeras

  • ATI2007 indique la racine trilitère sin-yod-mem de la forme verbale.
  • Il s’agit d’un verbe ע »וי (*ayin »waw-yod) comme le verbe biyn (mots 6 et 7).
  • Cette racine verbale est précédée d’un waw consécutif, qui se place au début d’une forme verbale dans le parfait et l’imparfait « consécutifs », qui peuvent se traduire par et… et… et… et… (Exemple: et il mange, et il boit, et il rit, etc.).
  • Le dictionnaire indique que la forme verbale samta est un qal parfait (qatal) 2e masculin singulier (tu as mis, placé, posé).
  • Le temps qatal précédé d’un waw consécutif s’appelle weqatal:
    « Weqatal.
    Lié à la conjonction we le qatal change de signification / fonction. Cette combinaison est appelée weqatal, ou bien parfait consécutif. […].
    D’ordinaire, weqatal indique que l’action est étroitement liée à ce qui précède, ou bien qu’elle en constitue la conséquence logique. En discours direct une forme weqatal doit souvent être traduite par le futur ou l’impératif » (VER2007, p.58).
  • Le Weqatal est très fréquent en hébreu biblique, et il n’introduit pas de lourdeur répétitive dans cette langue comme c’est le cas en français (et… et… et…).

12,13 שַׂכִּין בְּלֹעֶךָ un couteau dans/sur ta gorge

  • La recherche dans les dictionnaires indique qu’il s’agit de deux hapax legomemon, à savoir de deux mots qui n’apparaissent qu’une fois dans la Bible hébraïque.
  • Comme le mot 10, le second mot se termine par le suffixe pronominal 2e masculin singulier : ton/ta.
  • Les deux dictionnaires, avec une croix chrétienne, indiquent que le terme ne se trouve qu’en Proverbes 23,2.
    • REY1991 ne donne aucune information au sujet de la manière dont on connaît la signification du premier mot traduit par couteau.
    • LVT1958, beaucoup plus complet, indique les équivalents du mot dans d’autres langues: mhb. = mittelhebraïch Postbiblical-Hebrew
      ja. = jüdisch-aramaïsch Judaeo-Aramic
      L’écriture en gras est sans doute une langue sémitique du sud (africaine ?)
      akkadisch Accadian
  • Ces équivalences permettent de comprendre comment le sens des apax legomenon est reconstruit à partir de termes semblables en d’autres langues.
  • Une note dans l’apparat critique, concernant ces deux mots, marquée par a-a, indique dub, qui est l’abbréviation de dubium, qui en latin signifie: chose douteuse, incertitude, point en question. Cette remarque est cohérente en raison des hapax legomenon.
  • Exégèse: La préposition be peut signifier dans, sur, parmi (REY1991, p.52), ce qui explique les diverses traductions:
    • mets un couteau à/sur ta gorge / dans ta glotte.
    • tu t’enfonceras un couteau dans ta gorge (Rabbinat Français).
      Surprenante radicalisation !
    • réfrène ton appétit (Français courant). En interprétant l’expression hébraïque, cette traduction « par équivalences dynamiques » supprime l’aspérité du texte hébreu !
  • On peut se demander, à ce point, ce que signifie cette expression. Faut-il la comprendre au sens propre ou au figuré:
    • Cela signifie-t-il qu’il faut se garder de manger, en lien au mot 3 ?
    • Cela signifie-t-il qu’il faut adopter une attitude prudente, en lien au mot 5 ?
  • Peut-être que la suite pourra éclaircir ces questions.

14 אִם־ si

Particule conditionnelle si (REY1991, p.37-38).

15 בַּעַל maître / propriétaire / baal

  • Le mot ba*al apparaît environ 80 dans la Bible juive pour indiquer les dieux Ba*al et environ 80 fois en étant traduit (dans la TOB) par propriétaire, mari, homme, maître, bourgeois, posséder, avoir, baal, munir, disposer de, user, époux, besoin, auteur, terrible, lier, adversaire, seigneur, bête (substantif), porter, chef.
  • Le verbe signifie dominer, et au nif*al, c’est-à-dire à la forme passive, le mot signifie se marier (en parlant d’une femme). Le mariage d’une femme est donc clairement compris comme un geste de soumission.

Exégèse: Il est important de percevoir que le mot désignant les dieux des différentes nations et tribus voisines d’Israël dans l’Antiquité au Moyen-Orient est le même que celui qui servait à désigner les personnes humaines dotées de pouvoir. Selon cette conception, le pouvoir des dieux et des monarques humains n’est pas perçu de façon radicalement différente. La séparation du religieux et du politique est postérieure à cette approche fusionnelle (holistique) des pouvoirs religieux, spirituels, culturels, militaires et politiques. Le pouvoir des dieux tutélaires des différentes communautés humaines est proportionnel aux pouvoirs terrestres de ces communautés.

16 נֶפֶשׁ âme / vie / souffle / gosier / appétit

  • Le mot nefes est une des démonstrations les plus éloquentes selon lesquelles les mots abstraits sont rendus le plus souvent par des notions concrètes en hébreu. D’autres exemples ont déjà été évoqués:
    • Adam signifie indifféremment la personne Adam, l’homme masculin, l’humanité, l’être humain.
    • Le mot lifney (10), devant, avant, est formé de au-visage (concret).
  • Dans une certaine mesure, ce phénomène d’une déduction de l’abstraction à partir de la concrétude est commun à toutes les langues humaines.

17 אָתָּה toi

  • La seconde partie du deuxième verset est donc constituée des quatre mots si maître âme-appétit toi.
  • On précise ici que cette phrase suppose le verbe être, qui n’est pratiquement jamais écrit en hébreu: si tu es maître de ton âme-appétit.
  • Il existe deux traductions diamétralement opposées de ces quatre mots:
    • Soit il y a le risque d’être un ba*al dominateur de ses appétits que l’on n’est pas capable de réfréner, et donc le risque d’être un glouton:
      Cinq traductions françaises vont dans ce sens.
    • Soit il s’agit d’être maître de ses appetits, d’être capable de se maîtriser.
      Seul Chouraqui traduit à notre avis adéquatement:
      Si tu es maître de ton être.
  • Deux types de traductions du verset sont donc possibles:
    • Mets un couteau à ta gorge, c’est-à-dire contrôle ton appétit si tu as tendance à te laisser facilement envahir par tes pulsions.
    • Mets un couteau à ta gorge si tu es capable de maîtriser ton appétit.
  • Exégèse: La question posée au mots 12 et 13 demeure:
    • S’agit-il seulement d’être maître de son appétit, et donc de ne pas trop manger en compagnie d’un monarque ?
    • Ou peut-on supposer qu’il s’agit, plus généralement, d’être maître de soi (de son âme), de ses désirs, de ses pensées, pour ne pas s’exposer excessivement au pouvoir de l’homme puissant.
  • Très vraisemblablement, les deux dimensions, concrète et abstraite, sont intimement liées et n’en forment qu’une dans l’esprit très terre à terre de l’homme hébreu ancien. D’une manière générale, être maître de soi, c’est aussi être maître de ses pulsions.

Proverbes 23 Troisième verset

18 אַל־ Que ne pas

19
תִּתְאָו ketiv tu désires / tu convoites
תִּתְאָיו qeré

  • Le principe du qeré ketiv est explicité à la fin de la rencontre les mots: Ce qui est écrit ketiv ne correspond pas à ce qui est censé être lu qeré selon les massorètes.
  • Ce mot 19 fait l’objet d’un qeré ketiv qui est précisé dans une note de l’apparat critique la BSH1008, où le qeré des massorètes est muni de voyelles.
  • ATI2007 précise qu’il s’agit de la racine verbale alef-waw-hé.
  • Composé de deux gutturales alef et hé et d’un waw central, ce verbe est irrégulier.
  • ATI2007 précise qu’il s’agit de la conjugaison Ht, ce qui signifie (selon annexes XIX):
  • Ht = hitpa*el (ou hitpo*el, hitpolel, hitpolal, hitpalpel), forme à sens réfléchi, imitatif, réciproque, passif quelques fois.
  • Ci-dessus, entre parenthèses sont mentionnées des conjugaisons rares.
  • On cherche le verbe alef-waw-hé dans les dictionnaires.
  • Raisonnement:
    • Les formes du parfait=accompli du hitpa*el débutent par un hé.
    • La consonne taw au début indique donc l’imparfait=inaccompli du hitpa*el.
    • La terminaison demeure étrange, car la troisième consonne radicale hé a disparu, et la dernière lettre est donc un waw qui se transforme en mater lectionis.
    • Dans le dictionnaire (REY1991, p.23), on trouve les formes semblables à la nôtre, entourées en rouge, mais pas la nôtre exactement.
    • On consulte donc un dictionnaire plus complet: Dans (LVT1958, p.18), non seulement notre forme verbale est explicitement citée, sous la forme ketiv et non qéré, mais la construction avec la préposition le dans le verset qui nous concerne (Pr 23,3) est explicitement mentionnée.
    • L’imparfait=inaccompli du hitpa*el, que l’on suppose selon le contexte être la 2e masculin singulier, signifie donc tu convoites, tu désires.

20 לְמַטְעַמּוֹתָיו pour ses friandises

  • Ce mot extrêmement long n’est pas excessivement complexe. Il se compose de:
    • La préposition le, pour, à.
    • Un substantif au féminin pluriel qui se termine par -owt.
    • Un suffixe pronominal de la 3e personne masculin singulier,
      appliqué à un nom féminin pluriel, sur le modèle de suwsowtayw.
  • La succession de la préposition, du substantif de quatre lettres, de la terminaison du féminin pluriel et du suffixe pronominal 3e masculin singulier explique la longueur du mot : 1 + 3 + 2 +3 = 9 consonnes.
  • Ce mot est très rare et le dictionnaire (REY1991, p.209) n’est pas précis. Il indique que ce mot mat*am n’apparaît pas au singulier dans la Bible juive, mais seulement dans les deux formes masculine (-iym) et féminine (-owt) du pluriel. Sa définition est chose bonne à manger, bon plat, la référence Gn 27,4 est seule donnée.
  • Le dictionnaire (LVT1958, p.18) est plus précis.
  • Il indique que le mot tel quel ne figure qu’ici et au verset 6 de ce chapitre.
  • L’anglais dainties signifie : friandises, délices, mets délicats.

21 וְהוּא et lui

  • La conjonction we, présentée au mot 11,
  • est suivie du pronon huw°, présenté au mot 17.

22 לֶהֶם pain / nourriture / repas

  • Ce mot a la même racine que le mot 3 לִלְחֹום traduit par pour manger.

23 כְּזָבִים mensonge / fait décevant

  • Les versions françaises anciennes de la Bible traduisent ce mot par aliment / pain / nourriture trompeur/se.
  • La Nouvelle Français courant et la TOB traduisent nourriture décevante. Le verbe construit sur la même racine consonantique trilitère signifie en effet tout autant tromper, mentir et décevoir.
  • Exégèse: Le verset 3 du chapitre 23 du livre des Proverbes de la Bible juive peut donc se traduire ainsi: Que tu ne convoites pas ses friandises et son pain de mensonge.
  • La principale remarque qui s’impose concerne le revirement complet effectué par ce troisième verset vis-à-vis des deux premiers.
  • En effet, les deux premiers versets pouvaient laisser entendre que le dominant / le dirigeant / le puissant du mot 5 est une personne dont l’autorité est aussi impressionante que respectable.
  • Selon cette optique, la prudence et la révérence en sa présence pouvaient apparaître comme une attitude de modestie et de sage soumission.
  • Or il n’en est rien ! Ce troisième verset instille au contraire un profond mépris pour ce haut personnage, qui se complaît dans ses friandises et son pain de mensonge.
  • La révérence à son égard n’est qu’une question de prudence.
  • On peut toutefois se demander en quoi une consommation excessive de ses mets pourrait lui déplaire et apporter nuisance à son hôte ?
  • Le fait que les friandises de la première partie du verset soient associées au pain de mensonge de la seconde partie répond à la question posée au mot 17:
    Il ne s’agit assurément pas uniquement de nourriture concrète, mais aussi d’une association au « pain de mensonge » de ce haut personnage estimé on ne peut plus douteux.
  • Le texte, volontairement tardivement, invite à glisser vers sa signification symbolique. Il procède donc par plusieurs retournements de sens, aiguisant l’attention du lecteur.

Analyse des verbes dans Proverbes 23,4-5

25 תִּיגַע tu es fatigué / tu te fatigues

  • Racine verbale yod-gimel-*ayin (REY1991, p.152).
  • Imparfait qal 2e masculin singulier.

26 לְהַעֲשִׁיר pour s’enrichir

  • ATI2007 indique Hi InCs : Infinitif construit du hif*iyl.
  • Selon (LET1980a, p.92-93), la forme forte est hoqtiyl, avec un yod mater lectionis entre la deuxième et la troisième consonne radicale du verbe.
  • Les deux premières consonnes du mot sont respectivement:
    • La préposition le, à, pour.
    • Le hé du hif*iyl.
  • La 5e consonne est le yod mater lectionis du hif*iyl.
  • La racine du verbe est donc *ayin-shin-resh, que l’on trouve en (REY1991, p.294):
  • Au hif*iyl, le verbe signifie soit s’enrichir (intransitif), soit enrichir (transitif).
  • Le contexte indique le sens intransitif ici.

28 חֲדָל ne pense plus

  • ATI2007 indique qu’il s’agit d’un Imp = impératif.
  • Selon (LET1980a, p.92-93), la forme forte de l’impératif qal singulier masculin est qetol.
  • Dans (REY1991, p.119-120), on trouve la racine verbale cheth-dalet-lamed.
  • A l’impératif qal, le dictionnaire mentionne exactement cette forme chadal.
  • Le verbe signifie cesser, ne pas s’occuper de, ne pas faire, renoncer.
  • La compréhension du sens selon le contexte n’est pas évidente.
  • Il s’agit de cesser de penser, de ne plus appliquer son intelligence, et de ne plus se fatiguer à acquérir la richesse.

29 הֲתָעִוף est-ce que tu laisses voler ?

  • Ce qui est écrit ketiv ne correspond pas à ce qui est censé être lu qeré selon les massorètes.
  • L’apparat critique de BHS2008 indique trois possibilités:
    • Le ketiv: hata*uwf. Mais dans le texte, il est écrit ceci: hata*iwf.
    • Le qeré: hata*iyf. Mais le qeré de la Massorah n’est pas vocalisé, c’est une reconstruction.
    • Une proposition de lecture très différente: te*etseh.
  • ATI2007 indique qu’il s’agit d’un hif*iyl de la racine *ayin-waw-pé.
  • Dans (REY1991, p.275), on trouve la racine verbale:
  • Selon ce dictionnaire, au hif*iyl le verbe n’est utilisé qu’ici.
  • (LVT1958, p.692-692) parvient à la même conclusion.
  • (ST1859, p.516) donne une explication complémentaire de cette forme verbale.
  • Le hé initial est une particule interrogative (REY1991, p.98).
  • La deuxième consonne taw indique l’imparfait 2e personne singulier.
  • Il en résulte: Est-ce que tu laisses voler ?
  • Dans l’ensemble, cette forme verbale semble susciter bien des hésitations.

34 עָשֹׂה faire

  • L’apparat critique de BHS1008 indique prp = propositum etc; proponit, -unt etc.
  • La forme proposée est *osher au lieu de *asoh (hé mater lectionis).
  • ATI2007 indique 1 InAb = Infinitif absolu.
  • La racine verbale *ayin-sin-hé se trouve en (REY1991, p.292).
  • Ce dictionnaire indique l’infinitif absolu *asoh et *asow (avec changement de la troisième consonne !).

35 יַעֲשֶׂה־ il fait

  • La même tournure que dans les mots 6 et 7 sert à marquer l’insistance.
  • ATI2007 traduit par un féminin, elle fait, mais cela est dû à l’accord avec le mot français richesse. En fait, la forme est l’imparfait 3e masculin singulier, comme le yod initial l’indique : ya*aseh. Cette traduction au féminin est à mon sens embrouillante, car elle ne correspond pas à la forme verbale hébraïque, qui est accordée à un mot qui est féminin en français (richesse).
  • La tournure des mots 34 et 35 est donc faire il fait.

39 וַעיּף il s’envole

  • Tel qu’il est écrit, ce verbe est étrange, il manque de voyelles.
  • Ce qui est écrit ketiv ne correspond pas à ce qui est censé être lu qeré selon les massorètes.
  • L’apparat critique propose à nouveau plusieurs solutions:
    • Le ketiv: we*ayef vel=oubien we*owf.
    • Le qeré ya*uf, que l’on trouve aussi dans le Targum ainsi que dans la version syriaque du codex Londini British Museum Add. 14.442 et codex Wadi Natrun (BHS1008, Prolegomena).
  • Le waw initial est la conjonction et.
  • Il semble qu’il s’agit du même verbe qu’en 29 au début du verset, mais cette fois-ci au qal, d’après le sens de la phrase, avec un yod redoublé à la place du waw médian, dont on ne trouve aucun signalement ni aucune explication dans les dictionnaires.
  • Le verset 5 pose des difficultés de traduction dans le détail, même si son sens d’ensemble se laisser deviner:
    Tu laisses s’envoler tes yeux vers la richesse et elle s’envole comme un aigle.

Comparatif de Proverbes 22,22 à 23,14 avec l’Enseignement d’Amenemopet

Une étude des rapports généraux entre la littérature biblique de sagesse (Psaumes, Proverbes, Ecclésiaste, Cantique des Cantiques, Job, et aussi Daniel, etc.) est beaucoup trop vaste pour ce mini-cours. Nous présentons ici quelques documents traitant des rapports entre le Livre biblique des Proverbes et le l’Enseignement d’Amenemopet.

La traduction anglaise de l’Enseignement d’Amenemopet peut être téléchargée ici.


« L’enseignement d’Amenemopet est un texte littéraire composé en Égypte antique probablement durant l’époque ramesside vers -1300/-1075. Le texte divisé en trente chapitres de maximes et de recommandations est attribué au scribe Amenemopet, fils de Kanakht, au profit de l’éducation de son propre fils. Quelques passages de cette œuvre classée parmi les sagesses de l’Égypte antique ont été comparés à ceux du livre des Proverbes de la Bible » Wikipedia.

« Amenemopet, fils de Kanakht, est l’auteur d’un texte de sagesses égyptiennes, l’Enseignement d’Amenemopet[1], écrit durant la période ramesside. Il est dépeint comme un scribe et un sage qui vivait en Égypte à la fin de la XIXe dynastie au Nouvel Empire. Il réside à Akhmîm, la capitale du neuvième nome de Haute-Égypte.

Ses discours sont présentés sous la forme traditionnelle d’instructions d’un père à son fils sur la façon de vivre une vie bonne et morale, mais, contrairement à la plupart de ces textes, ils sont explicitement organisés en trente chapitres numérotés.

Bien que l’on ait cru autrefois que l’instruction était unique, on considère aujourd’hui qu’elle partage des thèmes communs avec la littérature de sagesse d’autres cultures du Proche-Orient ancien, dont la Babylonie et Israël, notamment les livres bibliques des Proverbes, de l’Ecclésiaste et du Siracide, pour lesquels une traduction en hébreu de l’instruction a servi de source. Dans le livre des Proverbes, les versets Proverbes 22:17-23:11 sont très proches de l’Instruction d’Amenemopet[3]. La date de 1100 avant J.-C. situe l’auteur de l’instruction plus tôt que n’importe quelle partie de la Bible, et des égyptologues comme James Henry Breasted attribuent à Amenemopet une profonde influence sur le développement éthique et religieux de l’Occident, car son instruction était lue par les Hébreux et des portions de celle-ci étaient incluses, parfois textuellement, dans divers livres de la Bible.

« Il est également évident qu’en de nombreux autres endroits de l’Ancien Testament, non seulement dans le Livre des Proverbes, mais aussi dans la loi hébraïque, dans Job, … dans Samuel et Jérémie, la sagesse d’Amenemopet est la source d’idées, de figures, de normes morales, et surtout d’un certain esprit de bonté chaleureux et humain »

— James Henry Breasted.

Amenemopet, à son tour, s’appuyait sur un texte beaucoup plus ancien, les Maximes de Ptahhotep » Wikipedia.

Articles en anglais:
Amenemope (author) – Wikipedia
Instruction of Amenemope – Wikipedia : Cet article comprend un comparatif interlinéaire des principaux passages parallèles entre Proverbes et Amenemopet.


L’Enseignement d’Amenemopet est écrit en néo-égyptien, une évolution tardive de la langue classique, en écriture hiératique, une écriture cursive utilisée par les scribes pour les textes sur papyrus.

Chapitre 23
Ne mangez pas en présence d’un officiel
Et ensuite, réglez votre bouche avant
Si tu es rassasié, fais semblant de mâcher,
Contente-toi de ta salive.
Regarde le bol qui est devant toi,
Et laissez-le servir vos besoins.
Un fonctionnaire est excellent dans son bureau,
Comme un puits est riche en dessins d’eau.

Chapitre 24
N’écoutez pas la réponse d’un fonctionnaire à l’intérieur
Afin de le répéter à une autre dehors.
Ne laisse pas ta parole se répandre dehors,
De peur que ton cœur ne soit affligé.
Le cœur de l’homme est un don de Dieu,
Méfiez-vous de le négliger.
L’homme aux côtés d’un officiel,
Son nom ne devrait pas être connu.


André Barucq, hébraïsant, théologien catholique, égyptologue, bibliste, professeur d’université (1905-1986).
Religieux salésien spécialiste d’études bibliques d’akkadien et égyptologue, enseignant l’hébreu et l’ancien testament à la faculté de théologie de l’université catholique de Lyon de 1948 à 1974 (Source IdRef).

Référence de l’Ouvrage: André Barucq, S.D.B, Le livre des proverbes. Sources Bibliques, Paris, Librairie Lecoffre, J.Gabalda et Cie, Editeurs, Rue Bonaparte 90, 1964. Nihil obstat, Lyon, le 27 octobre 1963.

L’Excursus Prov. 22,22 – 23,14 et Amenopé, pages 175-180 peut être téléchargé ici.

  • Comme l’indique le commentaire d’André Barucq, il est difficile d’établir une antériorité nette d’un texte sur l’autre. On peut imaginer que les deux textes héritent d’un substrat commun qu’ils ont adapté à leur manière. Ce sont deux branches issues d’un même tronc d’arbre.
  • L’antériorité chronologique de l’écriture de l’enseignement d’Amenemopet ne signifie donc pas son antériorité littéraire stricte.
  • Cette étonnante proximité entre la sagesse égyptienne et la sagesse biblique contredit le point de vue du livre de l’Exode selon lequel tout oppose la religion égyptienne et la religion juive. Il existe un puits de sagesse commun à tout le Moyen-Orient ancien.
  • Il existait toutefois effectivement une rivalité entre les différentes puissances politiques, associées à des puissances économiques et des traditions culturelles et religieuses sémitiques semblables et différentes sur certains points.

Réflexions théologiques conclusives

  • THEOLOGIE ET/OU SAGESSE
  • Est-il question de Dieu dans ce passage des Proverbes 23,1-5 ?
  • Deux pistes de réponses entièrement contradictoires sont possibles:
    • Du point de vue du contenu: Il n’est aucunement question de Dieu dans ce passage (même la mention de Ba*al renvoie au pouvoir humain). Ce passage appartient donc à la littérature sapientielle non théologique.
    • Du point de vue du contenant: Selon la confession d’Israël (Deutéronome 6,4: « ECOUTE, Israël ! Le Seigneur notre Dieu est le Seigneur UN ») ou selon la théologie chrétienne développée à partir du Nouveau Testament (2 Timothée 3,16: « Toute Ecriture est inspirée de Dieu… »), le texte biblique est Révélation, Parole de Dieu, indépendamment de son contenu. La théorie de l’inspiration divine des Ecritures (tant celle de la Bible juive, du Nouveau Testament chrétien et du Coran musulman) doit cependant être fortement remise en question, ou du moins fortement nuancée par la découverte progressive d’une histoire biblique et d’influences culturelles diverses beaucoup plus complexes que ne le laisserait supposer une unique inspiration cohérente de l’ensemble des textes par le Saint Esprit conduisant à leur inerrance (=absence d’erreurs et d’historicité relative du texte).
  • METHODE HISTORIQUE ET SENS EXISTENTIEL DU TEXTE BIBLIQUE
  • Extrait de Marc-Alain Ouaknin, Tsimtsum. Introduction à la méditation hébraïque, Spiritualités vivantes, Albin Michel, 1992, p.76-78:
  • Remarque préliminaire: Ce texte de Ouaknin concerne spécifiquement le hassidisme, un mouvement culturel et spirituel juif, mais ce qui est dit peut concerner les rapports entre toutes les formes de lectures historiques et existentielles des Ecritures saintes.
  • « Le hassidisme a redonné à l’étude toute sa dimension subjective et existentielle.
    Pour comprendre la dimension existentielle de l’étude introduite par le hassidisme, il faut la comparer à une autre approche que nous intitulons approche historique. Celle-ci s’est rencontrée dans l’histoire avant le hassidisme et après lui. Mais le hassidisme a ouvert une nouvelle voie qu’il devenait impossible d’ignorer.
    Le hassidisme opère ce qu’on pourrait appeler une révolution copernicienne, dans le même sens que la philosophie critique l’a entendue, c’est-à-dire une révolution dans la méthode, dans le rapport aux choses. Au lieu de rechercher les propriétés les plus générales de l’être, à la manière de l’ontologie traditionnelle, il s’agit de retrouver l’homme oublié sous le poids des objets et de leurs vérités. L’étude classique telle qu’un certain courant l’avait développée et imposée avait transformé le texte, la Torah et le Talmud en un simple objet d’exploration technique, voire mathématique, et avait exclu de son horizon le monde concret de la vie. Plus l’homme pré-hassidique avançait dans son savoir, plus il perdait des yeux et l’ensemble du monde et soi-même, sombrant dans l’oubli de l’homme et du ‘visage humain’.
    Ce que nous appelons méthode historique objective, ou encore scientifique, c’est-à-dire qui est entreprise en vue d’un savoir, consiste à vouloir comprendre le texte, les textes.
    Le hassidisme veut comprendre l’homme. Pour lui, ‘comprendre un texte, c’est toujours d’abord se comprendre devant le texte’.
    Insistons encore sur la méthode historique des textes, le contrepoint avec la recherche existentielle sera d’autant plus parlant:
    a) L’approche historique des textes est la méthode historique qui considère le passé appartenant résolument à l’Histoire. Le passé ne devient intelligible qu’après médiation savante et critique de l’historien. […].
    b) Pour l’approche existentielle, aucune distance temporelle ne sépare l’interprète du texte. […]. Tous ceux qui vont naître dans le futur jusqu’à la fin de toutes les générations étaient présents avec eux au mont Sinaï (Pirqué de Rabbi Eliézer, chap. 41) ».
  • Les deux méthodes, historique et existentielle, sont toutes deux nécessaires et l’une corrige les défauts de l’autre. Ensemble, elles allient la compréhension objective du texte à partir de son histoire et la compréhension subjective de soi à partir du texte.

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