
Téléchargement du PDF: Biblia Hebraica Stuttgartensia, p.24.
Table des matières
Page d’introduction
Première rencontre sur cinq : L’histoire
Première rencontre sur cinq : Les lettres
Deuxième rencontre sur cinq : Les mots (cette page)
- Table des matières
- La racine trilitère des mots hébreux
- La racine trilitère
- Le vocabulaire
- La structure concentrique du mot hébreu
- Les pronoms
- Les noms
- La structure du mot hébreu
- L’article, le genre et le nombre
- L’état construit
- Tableaux et déclinaisons
- Allègements et élisions
- Exemples de mots composés concentriques
- Une page de la Biblia Hebraica Stuttgartensia (BHS)
- Le texte du Codex Leningradensis
- L’apparat critique
- Exemple de variante dans le verset de Genèse 18,3
- La Massorah
- Le qeré ketiv
- Exemple de qeré ketiv dans le verset de 1 Samuel 27,8
- Expérimentations
Troisième rencontre sur cinq : Les verbes
Quatrième rencontre sur cinq : Les noms divins
Cinquième rencontre sur cinq : Les phrases
La racine trilitère des mots hébreux
La racine trilitère
Les racines trilitères consonantiques des langues sémitiques
« Les langues sémitiques ont un certain nombre d’affinités, qui en font une famille relativement cohérente. Voici quelques-unes de ces caractéristiques, que l’on retrouve en hébreu:
1 L’ossature des mots est formée d’une racine consonantique, généralement trois consonnes. Cette racine exprime l’idée générale du terme. Un certain nombre de consonnes et de voyelles permettent de préciser le sens du mot, d’indiquer s’il s’agit d’un nom, d’un verbe, son temps, sa fonction dans la phrase, etc. Cette première caractéristique offre l’avantage d’aider à l’apprentissage du vocabulaire, dans la mesure où la connaissance d’une seule racine permet souvent de deviner le sens de plusieurs termes dérivés.
2 Les langues sémitiques sont liées entre elles par un vocabulaire spécifique.
Par exemple, le terme mèlèk = roi en hébreu correspond à l’arabe malik, trois consonnes m-l-k. Ce vocabulaire commun est très utile pour définir le sens de nombreux termes hébreux rares dans la Bible hébraïque. En effet, à partir du vocabulaire des autres langues sémitiques, on peut souvent retrouver le sens de termes hébreux. Pour quelqu’un ne parlant pas de langue sémitique, la spécificité du vocabulaire constitue une des difficultés les plus importantes à surmonter lors de l’apprentissage de l’hébreu. En effet, le vocabulaire sémitique n’a rien à voir avec le vocabulaire des langues indo-européennes » (UNIGEHeb).
« La racine triconsonantique sert de guide pour le cerveau et lui permet de déchiffrer instantanément le sens du mot. Contrairement au français où l’on ne rencontre ‘porbalbemnet pas torp de difficluets à lire ce txtee‘, il est impossible en hébreu de lire un texte où les lettres ont été transposées [= inversées], car le cerveau analyse alors d’autres racines et ouvre toutes les autres significations. Par exemple, avec les lettres ק ד ש on peut former les racines דקש קשד קדש שקד. Chacune des combinaisons obtenues développe un ensemble de mots qui, du point de vue sémantique, n’appartiennent pas à la même famille et n’ont rien à voir les uns avec les autres » (LAH2020, p.6).
Parmi les propriétés communes des langues sémitiques, qui les différencient des langues indo-européennes:
« – le fait que l’ossature des mots, qui exprime l’idée générale – la racine – se compose d’un ensemble de (pour la plupart trois) consonnes. Les voyelles et les additions consonantiques donnent un sens plus précis à la signification générale de la racine; » (LET1980a, p.1).
Sens du mot trilitère selon le Dictionnaire de l’Académie française:
XIXe siècle. Composé à l’aide de tri‑ et du latin littera, « lettre ».
Domaine linguistique. Racine trilitère, racine formée de trois consonnes servant de support aux voyelles, très fréquente dans les langues sémitiques. En arabe, la racine trilitère « k-t-b », liée au sème de l’écriture, permet, entre autres, de former les mots « kitab », livre, et « katib », écrivain. La même racine trilitère se retrouve dans le mot hébreu « shalom » et le mot arabe « salam », qui signifient « paix ».
Par extension. Langues trilitères, dans lesquelles ces racines sont répandues.
Racine trilitère désigne aussi une racine indo-européenne composée de deux consonnes encadrant une voyelle de timbre « é » ou « o ». La racine trilitère « ped » est à l’origine du latin « pes, pedis », du grec « pous, podos » et de l’anglais « foot ».
Synonyme selon (VER2007, p.21): Racine triradicale.
« Le système de la racine triradicale s’est développé d’une façon stricte chez les verbes, et moins stricte chez les noms. Les mots fonctionnels, comme les prépositions et les conjonctions, sont parfois réductibles à des racines de une ou deux radicales. Ils n’ont pas de flexion et avec ces mots le système [concentrique] de racine et de schème n’a pas d’importance pratique ».
Article Wikipedia Racine sémitique.
Racines bilitères et de quatre ou cinq radicales
« Comme dans les langues soeurs, la racine des mots en hébreu présente généralement trois consonnes. Toutefois, l’on peut citer un certain nombre de noms anciens ne possédant que deux consonnes, par exemple tous ceux des proches parents et de certaines parties du corps (voir ci-dessous). […]. Dans les mots de quatre ou cinq lettres radicales, par exemple barzel fer, sefaradea grenouille, on soupçonne généralement des emprunts » (HAD1992, p.38).
אָב – אֵמ – בֵּן – בַּת – אָח – אָחוֹת – יָד
Main – Soeur – Frère – Fille – Fils – Mère – Père
אִישׁ – pl. אֲנָשִׁם et tardif אִישִׁים
Homme – Pluriel irrégulier hébreu Hommes
אִשָּה – pl. נָשִׁים
Femme – Pluriel irrégulier hébreu Femmes
« Il y a quelques noms dont le genre et la morphologie ne correspondent pas. Le substantif féminin °ishshah femme, par exemple, a une forme plurielle masculine nashiym femmes.
אַב – pl. אָבוֹת
Le substantif masculin °av père a une forme plurielle féminine °avowt pères » (VER2007, p.25).
Les alphabets et l’écriture consonantiques des langues sémitiques
« Les abjad des écritures sémitiques, sont des alphabets notant uniquement des consonnes. La lecture d’un texte est rendue difficile voire très difficile pour qui ne connaît pas bien la langue et/ou le contexte du texte, du fait de l’absence de voyelles. On se trouve en effet devant un écrit de ce genre, selon un exemple donné par Paul Auvray : ‘NTR PR Q ST X CX‘; il s’agit ici du début de la prière chrétienne du Notre Père, qui se lit donc, pour qui connaît la langue française et la prière: ‘notre père qui est aux cieux‘; mais ses deux premiers mots (pour s’en tenir à eux) pourraient aussi bien se lire, selon le contexte, ‘nature apeurée, notaire opéré, entrée parée, entière purée‘ » (Wikipedia).
« Autre question, de forme celle-ci: l’alphabet phénicien et ses pairs – dénués de voyelles – méritent-ils le nom d »alphabet’ ? Le mot français vient des noms des deux premières lettres de l’alphabet grec, alpha (une voyelle) et bêta (une consonne), qui eux-mêmes viennent de ceux des deux premières lettres de l’aphabet phénicien °aleph et beth, des consonnes l’une et l’autre. Il est donc possible de parler d »alphabet’ en l’absence de voyelles, quitte à préciser ‘consonantique' » (SEL2020, p.89).
L’exemple de la racine trilitère : qof – dalet – shin
« L’alphabet hébreu ne comprend que des consonnes. Les consonnes ont, en effet, une importance capitale en hébreu; ce sont elles qui déterminent l’idée-mère de la racine ou du mot. Ainsi, par exemple, tous les mots dans lesquels les trois consonnes qof, dalet, shin se rencontreront en cet ordre éveilleront l’idée de sainteté ou de relation avec la sainteté: qadash, il a été saint ; qadosh, saint ; qodesh, sanctuaire; etc. Il en est tout autrement du français, comme le prouvent les mots suivants formés avec les trois consonnes p, l, r et diverses voyelles: pâlir, peler, piler, polir.
Grâce à ce rôle des consonnes, on put se passer d’écrire les voyelles tant que l’hébreu fut une langue parlée; le lecteur suppléait de lui-même les sons qui exprimaient les nuances de la l’idée-mère [contenue dans la racine trilitaire] » (TOU1949, p.6).

Voir ci-dessus les deux formes du substantif קדשׁ : Sans ( קֹדֶשׁ qodesh ) ou avec mater lectionis ( קוֹדֶשׁ qowdesh ).
Racines bilitères regroupant plusieurs racines trilitères
« On a remarqué également que plusieurs groupes de racines ayant une idée de base commune possèdent en commun deux lettres radicales. C’est pourquoi l’on préfère parfois parler de racines bilitères plutôt que trilitères » (HAD1992, p.38).

Le vocabulaire
Vocabulaire de l’hébreu biblique et influences étrangères
Citations de HAD1992, p.33-37
Les préoccupations de ce peuple de pasteurs et d’agriculteurs qu’étaient les Hébreux se reflètent dans la richesse du vocabulaire relatif aux conditions géographiques ou atmosphétiques. On trouve ainsi une dizaine de noms pour le désert, une vingtaine pour les espèces épineuses, un nom particulier pour chaque type de pluie – continuelle ou saisonnière, faible ou forte, rosée ou déluge – plusieurs termes pour les nuages, les sources, les citernes. Les animaux familiers, comme le boeuf, ou particulièrement redoutés, comme le lion, portent différents noms suivant leur âge et leur espèce, et l’on dénombre au moins cinq variétés de sauterelles.
Le domaine des sentiments et des notions morales ou religieuses est également fertile, ce qui n’est pas fait pour surprendre. Il y a plusieurs termes pour exprimer le pardon des péchés, la louange à Dieu ou les préceptes divins (ceux qui sont tous réunis dans le long Psaume 119).
Inversement, la langue biblique ne comporte aucune trace de nomenclature philosophique ou scientifique. Elle possède également peu d’adjectifs et d’adverbes. Cela explique que le style biblique reste sobre et ne tombe jamais dans ces tours orientaux fleuris souvent parodiés en Occident.
Selon le compte de l’érudit hollandais du XVIIe siècle Leusden, la Bible entière ne comprendrait que 5642 vocables différents. Selon une recension plus récente, elle en compterait 8000 sur un texte total de 300’000 mots [totalité du texte massorétique de la Bible juive]. L’écart des chiffres s’explique notamment par la distinction d’homonymes [prononciation identique et sens différents, ex. bière = boisson et cercueil] et de formes verbales. 2000 sont des hapax [du grec hapax legomenon, dit une fois], c’est-à-dire des termes qui n’apparaissent qu’une fois, ce qui rend la détermination de leur sens extrêmement difficile. Cette apparente pauvreté semblera plus saisissante encore si l’on songe que le nombre de racines hébraïques a été évalué à 500. Elle est cependant compensée grâce au mécanisme des formes propres à l’hébreu et aux langues de la même famille, qui permet à chaque racine de développer ses virtualités; mais beaucoup d’entre elles restent incomplètement exploitées en hébreu biblique. Les procédés de dérivation permettent ainsi d’expliquer à l’aide d’une même racine un certain nombre de notions qui, ailleurs, exigeraient des mots différents, par exemple: voir, paraître, montrer, pourvoir à, regard, forme, apparence, miroir [racine resh alef hé ראה ].
Si l’on se limite aux textes de la période préexilique (-1200 à -586), leur lexique est encore plus restreint que celui de l’ensemble de la Bible, mais il apparaît plus homogène qu’après l’Exil (-586 à -538)- La langue est celle du royaume de Juda, c’est-à-dire du royaume du Sud; elle correspond à celle de la plupart des inscriptions retrouvées. Il est possible qu’après le schisme qui vit le royaume de Salomon se scinder en deux (en -935), l’écart linguistique se soit creusé entre le Nord et le Sud.
Les deux plus anciens prophètes, Amos et Osée, offrent dans leur style plusieurs particularités parfois expliquées par leurs attaches avec le royaume d’Israël [= royaume du Nord]. Dans l’ensemble, toutefois, leur langue ne s’écarte guère de celle du reste des écrits bibliques. La seule attestation d’une variété dialectale [se trouve en Juges 12,5-6].
On trouve souvent dans la Bible des variantes orthographiques, notamment plusieurs mots commençant par une sifflante: par exemple rire avec sin ou avez tsadé, crier avec tsadé ou zayin. Ou bien ce fait manifeste la liberté orthographique d’une langue qui n’obéit pas encore à des règles fixes, ou bien il reflète des différences réelles de prononciation qui se rattachaient jadis à diverses régions.
Même homogène, cette langue préexilique n’échappe pas aux influences extérieures. L’histoire biblique ne nous montre-t-elle pas les Hébreux en contact avec toutes les populations voisines : Cananéens, Egyptiens, Amalécites, Philistins, Ammonites, Moabites, Araméens. Après la chute de Samarie (-721) [la capitale du royaume du Nord = d’Israël] et avec le remplacement d’une partie des Israélites par une population de langue araméenne (appelée Kutim, puis Samaritains), l’hébreu est désormais en contact direct avec l’araméen. Il le sera plus encore pendant l’Exil (-586 à -538) de l’élite judéenne [du royaume du Sud = de Juda, avec pour capitale Jérusalem] à Babylone, l’araméen étant devenu la langue officielle de l’empire. Cependant, le vieux substrat akkadien ou assyro-babylonien, qui lui-même avait assimilé des éléments sumériens, a laissé des traces en araméen et peut-être par son intermédiaire en hébreu.
On rattache au sumérien des mots comme hekhal palais temple, °uman artisan, °ikar paysan, °aron coffre, kisé chaise, malach matelos (sumérien ma-lah celui qui fait marcher le bateau).
Parmi les termes proprement akkadiens, on peut citer quelques termes du vocabulaire administratif: pecha gouverneur, sgan haut dignitaire, vice-roi, saris officier puis eunuque (akkadien sha-reshi qui est à la tête car les eunuques se voyaient souvent confier de hautes fonctions), ou, dans un autre ordre d’idées, des termes se rapportant à la tradition religieuse de cette partie de l’Orient: mazal constellation, planète, kerub chrérubin (akkadien karibu qui désigne les fameux taureaux ailés).
La plupart des termes égyptiens qui ont pénétré en hébreu se rencontrent dans l’histoire de Joseph et le récit de l’Exode: yeor fleuve et le nom du Nil (le Fleuve), ahu pâturage, suf papyrus, gume jonc, shesh lin fin, hotam sceau, avnet écharpe, hartum magicien et bien entendu Par’o pharaon (par métonymie de l’égyptien grande maison) [métonymie = remplacer un terme par un autre en raison de leur relation, ex. la salle applaudit].
Les échanges de l’hébreu avec des langues aussi proches de lui que le phénicien ou le moabite sont difficiles à déterminer. Pour l’araméen, on trouve dans Isaïe (21,11-14) des aramaïsmes volontaires destinés marquer le caractère étranger d’un interlocuteur ainsi que quelques formations nominales considérées comme typiquement araméennes. Mais c’est chez Ezéchiel, qui prophétise en Exil à Babylone (-586 à -538), que se rencontre le plus grand nombre d’aramaïsmes.
On a cru déceler également dans cette couche de l’hébreu quelques termes d’emprunt venant du hittite, du hourrite et même du grec, mais, pendant cette période, c’est plutôt le grec qui emprunte au phénicien. Du philistin, langue venue d’Occident, on ne sait pas grand-chose. La récurrence du mot seren dans le livre des Juges et dans Samuel à propos des chefs philistins fait penser qu’il pourrait s’agir d’un terme philistin équivalent du grec tyrannos, car il y a une correspondance entre s et t dans certains dialectes grecs.
« Cette langue [biblique], limitée à 8000 mots, ne reflétait d’ailleurs probablement pas tout le vocabulaire antique. Ainsi, l’hébreu biblique ne possède que trois couleurs: le blanc, le noir et le rouge » (HAD1992, p.132).
Une racine hébraïque intéressante, celle du mot hébreu
Quelques références bibliques de ce mot:
Genèse 10,21 De Sem, le frère aîné de Japhet, naquit aussi le père de tous les fils de Eber.
Genèse 14,12 On prit Loth, le neveu d’Abram, avec ses biens, et on partit. Loth habitait à Sodome, 13 et un fuyard s’en vint porter la nouvelle à Abram l’Hébreu, qui demeurait aux chênes de Mamré l’Amorite, frère d’Eshkol et de Aner ; ils étaient les alliés d’Abram.
Dans la Bible juive, le premier à être appelé « Hébreu » est Abraham, désigné comme Avram ha-Ivri (Abram l’Hébreu). Selon la tradition, cela ferait référence au fait qu’il venait :
– soit « de l’autre côté du fleuve » (l’Euphrate),
– soit qu’il s’était distingué des autres peuples.
Exode 1,19 Les sages-femmes dirent au Pharaon : « Les femmes des Hébreux ne sont pas comme les Egyptiennes ; elles sont pleines de vie ; avant que la sage-femme n’arrive auprès d’elles, elles ont accouché. »
Exode 3,18 Ils entendront ta voix et tu entreras, toi et les anciens d’Israël, chez le roi d’Egypte ; vous lui direz : Le SEIGNEUR, Dieu des Hébreux, s’est présenté à nous ; et maintenant, il nous faut aller à trois jours de marche dans le désert pour sacrifier au SEIGNEUR, notre Dieu. –
Nombres 24,23-25 :
23 Enfin, il prononça son incantation en ces termes :
« Malheur ! qui survivra à l’action de Dieu ?
24 De Kittim, voici des navires…
Ils opprimeront Ashour, opprimeront Eber ;
lui aussi court à sa perte. »
25 Balaam s’en alla et retourna dans son pays ; et Balaq s’en alla de son côté.
Note de la Bible TOB pour Nb 24,24: « Eber est le groupe des peuples auquel appartient Israël et les peuples cités depuis le v.18. Ils sont unis par une certaine faveur du Seigneur, mais Israël prend la tête du groupe au détriment des autres ».
Dans la Bible juive, des noms de personnes (Eber, Israël, etc.) deviennent fréquemment les noms des peuples dont ces personnes sont les ancêtres.
La Bible juive hébraïque ne mentionne pas l’hébreu en tant que langue. La première mention de l’hébreu se trouve dans le prologue du livre deutérocanonique du Siracide, dont l’écriture par Ben Sira remonte aux environs de -180 avant notre ère:
Livres deutérocanoniques. Siracide. Le Prologue (15) Vous êtes donc invités à en faire la lecture avec bienveillance et attention, et à montrer de l’indulgence s’il vous semble que nous (20) avons échoué, malgré tous nos efforts, à rendre certaines expressions. Car les choses dites en hébreu dans ce livre n’ont pas la même valeur lorsqu’elles sont traduites en une autre langue. D’ailleurs non seulement cet ouvrage, mais aussi la Loi, les Prophètes (25) et les autres livres présentent des divergences considérables quant à leur contenu.




Le nom de Sem, un des trois fils de Noé, a été repris au XIXème siècle lors de la création de la catégorie linguistique des « langues sémitiques ».
Liste des mots présents plus de 200 fois dans la Bible hébraïque
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Liste de mots présents plus de 200 fois dans la Bible hébraïque
Source UNIGEHeb: Matériel – Cours d’hébreu biblique – UNIGE
Liste des formes concrètes les plus fréquentes dans la Bible hébraïque
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Les formes concrètes et les lexèmes les plus fréquents.
Liste des lexèmes les plus fréquents dans la Bible hébraïque


La structure concentrique du mot hébreu
Téléchargement des 10 tableaux numérotés ci-dessous de 1 à 10:
Pronoms-Noms-Suffixes.
Pour des raisons de disposition, l’ordre des tableaux sur cette page internet n’est pas tout à fait le même que dans le PDF, mais leurs numéros correspondent exactement. La numérotation de ces tableaux est employée lors de l’expérimentation en bas de cette page, afin de renvoyer aux tableaux correspondants aux différents mots à traduire.
Les pronoms
Les pronoms existent sous une forme indépendante, mais ils peuvent être aussi ajoutés comme suffixes à la fin d’un nom pour indiquer qui possède l’élément nommé par ce nom. Voir à ce sujet la rubrique ci-dessous : « Les pronoms suffixes possessifs ».
Suffixe signifie: « Élément de composition placé après le radical [d’un mot] pour former une unité lexicale [un seul mot] ».
Les pronoms possessifs peuvent aussi être ajoutés à la fin d’un verbe, après sa conjugaison, pour indiquer l’objet du verbe: il la conduit, nous vous remercions, tu la connais, je me tue, etc.. Dans ce cas, la racine du verbe possède alors deux suffixes de suite.


Le tableau ci-dessous présente un ensemble de prépositions usuelles en hébreu, et leur combinaison avec un pronom personnel suffixe: avec elle, de vous, vers toi, etc.

Découverte: Les mots hébreux peuvent contenir plusieurs éléments de sens assemblés. En d’autres termes, un mot hébreu peut contenir plusieurs mots français réunis. Ce phénomène est très fréquent (presque dans chaque phrase) et il est donc indispensable de le connaître.
Rappel: Etant donné que le but de ce mini-cours consiste à parvenir à étudier l’hébreu à l’aide d’une Bible interlinéaire hébreu-français, d’une grammaire et d’un dictionnaire, ces mots sont signalés dans la traduction et il n’est nullement nécessaire de les apprendre.
Observation: Nous connaissons sans doute tous le chant « Evenou shalom aléhem » (Recueil Alléluia 52-05). Ce titre signfie: « Nous vous apportons la paix ». Le dernier mot « aléhem » est constitué de la particule sur (*ayin patah lamed), du pronom suffixe vous (kaf segol mem) et de la liaison (séré et mater lectionis yod). Il s’agit du mot placé dans l’avant dernière ligne et dans l’avant dernière colonne du tableau ci-dessus: sur vous, à vous.
Les noms
La structure du mot hébreu
Un mot hébreu possède souvent une structure concentrique. La racine trilitère ou bilitère est au centre. Elle n’est donc pas nécessairement à la fin ou au début du mot, ce qui peut rendre la recherche du mot dans le dictionnaire difficile lorsque l’on ne parvient pas à repérer exactement où se situe la racine. Dans le dictionnaire, en effet, les mots sont ordonnés alphabétiquement selon leurs racines.

- La racine donne le sens de base du mot: par exemple קדשׁ.
- Le schème, qui avec la racine constitue le lexème, est constitué de voyelles et parfois de consonnes qui précisent le sens du mot: saint, temple, sanctifier, prostitué sacré, etc.
- Enfin, la flexion, ce sont les adjonctions de suffixes qui orientent le sens du mot: le temple, il se sanctifie, sa sainteté, leurs temples, etc.
L’article, le genre et le nombre
En hébreu, il n’y a qu’un article invariable qui signifie le, la, les. L’article indéfini un, une, n’existe pas. L’article est toujours lié au mot qu’il détermine, et il comporte 3 éléments:
- La consonne hé ה.
- La voyelle a patah.
- L’affermissement de la lettre suivante, normalement marqué par un dagesh fort (redoublement de la consonne), aussi dans une BeGaDKeFaT. (VER2007, p.33).
הַמֶּלֶךְ → מֶלֶךְ
הַדָּבָר → דָּבָר
roi → le roi ; parole → la parole
A côté du pluriel, il existe une forme duelle qui s’utilise lorsqu’il est question d’une paire d’objets: deux mains, deux yeux ou aussi deux autres objets (deux chevaux, etc.).
| Cas réguliers | masculin absolu | masculin construit | féminin absolu | féminin construit |
| singulier | –ah | -at | ||
| ִpluriel | -im | -ey | -owt | -owt |
| duel | -ayim | -ey | -ayim | -ey |

L’état construit
« L’état est une catégorie grammaticale inconnue en français, qui indique si un mot (le plus souvent c’est un substantif) est étroitement lié au mot suivant. Si oui, les deux constituent une construction génitivale. Il y a deux états: 1) Etat absolu 2) Etat construit.
1) דָּבָר Parole
2) דְּבַר מֹשֶׁה Parole de Moïse

« L’état absolu est la forme ‘normale’ d’un mot. L’état construit indique que le mot est le premier élément d’une construction génitivale. Souvent l’état construit est manifeste de par la forme du mot. La construction génitivale tente d’influencer la forme du premier mot – est à l’état construit – par le déplacement de l’accent tonique principal vers le deuxième élément » (VER2007, p.25-26).
Le déplacement de l’accent vers le deuxième élément s’accompagne souvent d’un allègement de la vocalisation.
Ci-dessus: davar devient devar. Le qames devient shewa mobile.

Source de confusion (d’après VER2007, p.11):
°iysh + ah (he dagesh = he mappiq pas mater lectionis) = homme de elle = son mari
°ishsha = femme
אִשָּׁה ▬ אִישָׁהּ
Tableaux de déclinaisons




Prononciation approximative du suffixe 3ème personne masculin pluriel: -aoue.
סוּסָיו → susaoue : ses chevaux


Allègements et élisions
Une difficulté majeure de l’hébreu est apparue dans les divers exemples précédents: Lorsque les mots sont entourés de préfixes et de suffixes, ou lorsqu’ils sont à l’état construit, leur vocalisation change. En général, l’accent se déplace vers la fin du mot, ou sur le mot suivant lorsqu’il s’agit de l’état construit, et la vocalisation du début du mot s’allège en une voyelle brève, très brève, ou parfois un shewa mobile ou quiescent. Dans plusieurs cas, on assiste à plusieurs allègements successifs. Voir tableau 4 dans le PDF:
דִּבְרֵי → דְּבַר → דָּבָר
davar parole → devar parole de → divrey paroles de
Dans le premier cas:
Le 1er qames est allégé en shewa mobile et le 2e qames est allégé en patah.
Dans le second cas:
Les deux syllabes ouverte et fermée (de-var) fusionnent avec élision (=élimination) de la voyelle (patah) sous la deuxième consonne (div-réy), tandis que l’accent se porte sur la fin du mot (séré avec mater lectionis yod) (cf. LET1980a, p.15).
« L’accent tonique tombe toujours sur la dernière syllabe. A l’état construit le premier qames est souvent remplacé par hatef patah ou shewa » (VER2007, p.50).
« Il arrive souvent qu’une lettre manque où on l’attendrait. Elle est, pour ainsi dire, refoulée entre les autres lettres. Dans ce cas on parle d’élision. Les lettres le plus souvent affectées sont le hé et le nun. Exemples (tirés de VER2007, p.20):
כְּ + הַ + דָּבָר = כְּהַדָּבָר
Faux: parole-la-comme = parole + la + comme
כּ + ַ + דָּבָר = כַּדָּבָר
Juste: Le hé de l’article a été élidé (=éliminé) et sa vocalisation patah a passé sous le kaf de la préposition initiale.
Vous trouvez ci-dessous une liste de déclinaisons partielles de mots très communs dans la Bible juive. Ces listes vous servent de vocabulaire, tout en vous permettant de vous familiariser avec le pluriel, l’état construit et les différents suffixes pronominaux.
Exemples de mots composés concentriques
Les trois exemples de mots à structure concentrique ci-dessous sont tirés de la section suivante de cette page internet ci-dessous: « Une page de la Biblia Hebraica Stuttgartensia (BHS) ». Les deux premiers sont tirés de Genèse 18,3 et le troisième de 1 Samuel 27,8 (les couleurs servent à différencier les trois exemples):
בְּ + עֵינֶי + ךָ = בְּעֵינֶיךָ
tes-yeux-à = tes + yeux + à (dans)
Exemple d’erreur de lecture: Supposons que vous cherchiez dans le dictionnaire un mot commençant par bet, puis *ayin, puis yod, qui sont les trois premières consonnes du mot. Vous trouvez le mot suivant:
בְּעִיר
Ce mot be*iyr, dont la forme de base n’est pas attestée dans la Bible juive, apparaît 7 fois sous cette forme dans toute la Bible hébraïque. Ce mot signifie bétail ou bête de somme. Vous vous demandez ce que signifie le suffixe resh, qui ne correspond à rien, et vous ne trouvez aucune solution pour expliquer cette fausse piste !!!
עַבְדֶּ + ךָ = עַבְדֶּךָ
ton-serviteur = ton + serviteur
Affaiblissement de voyelles: Comme dans de très nombreux cas, les voyelles du nom *eved serviteur ont été affaiblies lors de l’adjonction du suffixe –cha de la 2ème personne du masculin singulier (ton). Le premier segol a été affaibli en patah et le second segol a été affaibli en shewa mobile. Les règles d’affaiblissement des voyelles varient selon les diverses vocalisations de mots dans leur état non affaibli.
וְ + הַ + גִּרְזִי = וְהַגִּרְזִי
Guirzites-les-et = Guirzites + les + et
La succession des we: La particule we est extrêmement fréquente, car la construction du discours we… we… we… we… n’est pas inesthétique en hébreu, contrairement au français qui supporte mal l’addition de plusieurs et… et… et… et… successifs.
Une page de la Biblia Hebraica Stuttgartensia (BHS)
L’image placée au début de cette page internet est une copie exacte et complète de la page 24 de l’ouvrage suivant:
BHS1008: Biblia Hebraica Stuttgartensia (édition imprimée du Codex Leningradensis, +1008), Rudolf Kittel, Karl Elliger, W. Rudolph, Deutsches Bibelgesellschaft Stuttgart, 1967/77, Dritte, verbesserte Auflage 1987 [troisième édition améliorée 1987].
Téléchargement de la Page 24 de la Biblia Hebraica Stuttgartensia.
Cette page présente le texte biblique du livre de la Genèse, depuis la fin du verset 17,26 au début du verset 18,18, exactement comme il se présente dans le Codex Leningradensis, y compris dans la disposition des lignes. Cette édition ne présente donc aucune traduction ni aucune subdivision ni aucun titrage des parties successives du récit.
En effet, les différents titres des récits et des textes que l’on trouve dans les Bibles traduites en langues actuelles NE FONT PAS PARTIE DE LA BIBLE. Ce sont des indications de lecture fournies par les rédacteurs des diverses éditions.
Le texte du Codex Leningradensis
Dans la Biblia Hebraica Stuttgartensia, le Codex Leningradensis comprend les ajouts suivants opérés par les massorètes sur l’ancien texte consonantique avec Matres lectionis mais sans voyelles (notamment d’après LET1980a, p.18-20):
- Les voyelles en points diacritiques ajoutées aux consonnes et aux matres lectionis.
- Des accents graphiques sur tous les mots en vue de la modulation de la récitation musicale du texte. Wikipédia donne une illustration de ces accents de cantillation. Note: Le système d’accentuation poétique est différent dans Psaumes, Proverbes et Job.
- Des accents qui indiquent les syllabes toniques.
- Des accents disjonctifs, qui séparent les différentes parties de la phrase.
- Des accents conjonctifs, qui unissent les mots formant une unité logique (le maqqef).
- Deux accents qui indiquent la fin d’un verset (le silluq et le sof pasuq).
- Un accent qui indique le milieu de verset (l’atnach).
L’apparat critique
L’apparat critique situé tout en bas de page (ici depuis: CP 18,1 a cf 13,18a …) est la seule partie de la page qui n’appartient pas au Codex Leningradensis. Cet apparat est l’élément structurel le plus important de la Biblia Hebraica Stuttgartensia puisqu’il indique les variantes textuelles de tous les manuscrits significatifs connus, dont les sigles sont listés sur environ six pages au début de l’ouvrage. En d’autres termes, cela signifie que l’ouvrage contient en réalité les particularités textuelles de tous les manuscrits, bien que le texte complet imprimé soit exclusivement celui du Codex Leningradensis.
Il s’agit de bien saisir que c’eût été une très mauvaise idée de présenter un mélange des meilleures versions de chaque verset selon l’estimation des éditeurs modernes. Dans ce cas de figure, le texte biblique présenté n’aurait correspondu à aucun manuscrit biblique historique réel. Il a donc été choisi de ne présenter que le manuscrit de référence (parmi les manuscrits anciens et complets les mieux conservés) et de noter en bas de page les variantes par rapport à ce manuscrit de référence. Je présente ci-dessous un exemple d’indication de variante au verset Gn 18,3.
Exemple de variante dans le verset de Genèse 18,3
Dans le texte du Codex Leningradensis, l’existence d’une variante est notée par deux a au début et à la fin du passage concerné. C’est le cas au verset Gn 18,3.
Dans l’apparat critique en bas de page, la variante est écrite de façon minimaliste. Seuls les mots dans lesquels des consonnes varient sont notés. L’absence des voyelles suppose que la variante en question est un texte non vocalisé.
Le manuscrit contenant la variante textuelle est indiqué dans l’apparat critique par un signe en forme de triple petit tourbillon horizontal. En page XLIV de la Biblia Hebraica Stuttgartensia, on trouve la référence de ce signe en latin, il s’agit du:
« Pentateuchi textus Hebraeo-Samaritanus secundum A. von Gall, Der hebräische Pentateuch der Samaritaner 1914-1918 ».
Il s’agit du Pentateuque hébreu-samaritain (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome), donc des cinq livres de la Torah qui constituent le début de la Bible juive.
La BHS signale uniquement les variantes, sans indiquer ni l’explication de la raison pour laquelle des variantes existent (choix rédactionnels, variantes volontaires ou erreurs de copistes, etc.), ni la traduction en langues modernes des différentes variantes.
Téléchargement du PDF: Biblia Hebraica Stuttgartensia, p.24.
Téléchargement du PDF: Analyse d’une variante textuelle au verset de Genèse 18,3.


Le Pentateuque hébreu-samaritain ajoute un mem final au premier et au dernier mot, tandis que le mot intermédiaire prend un waw final. Avec un peu de discernement, on peut supposer qu’il s’agit de marques du pluriel. La proposition de lecture de la variante présentée dans ce mini-cours est toutefois formulée sans garantie.
Dans ce cas, il est très peu probable que les deux mems et le waw en plus ou en moins soient une erreur de copie, car il apparaît clairement qu’il s’agit des marques du pluriel. Donc la BHS dit: « … si j’ai trouvé grâce à tes yeux… passe auprès de ton serviteur », tandis que le Pentateuque samaritain dit « … si j’ai trouvé grâce à vos yeux… passez auprès de votre serviteur ». Il se pourrait cependant que le copiste ait par erreur vouvoyé Dieu alors que l’original le tutoyait, ou l’inverse.
Conclusion: Dans ce passage, le Codex Leningradensis tutoie le Seigneur, tandis que le Pentateuque hébreu-samaritain le vouvoie. Cette différence littéraire peut signifier une différence théologique, le tutoiement supposant une relation familière à un Dieu estimé proche et facile d’accès, tandis que le vouvoiement indique une vénération plus craintive d’un Dieu estimé saint et donc plus distinct du peuple pécheur.
La Massorah
Le mot Massorah signifie tradition, il désigne ainsi un ensemble d’adjonctions transmises parallèlement au texte biblique, sans pour autant en faire partie. Il s’agit de commentaires, d’indications de lecture, de correctifs et d’autres indications.
« Avec le temps et à la faveur du remplacement des rouleaux par des codices – les ancêtres de nos livres -, apparurent des notes marginales de plus en plus abondantes, qui constituent la Massorah au sens étroit du terme. Leur degré d’ancienneté, d’intérêt et de concordance d’un manuscrit à l’autre est fort variable. On les divise en Massorah parva composée de notes brèves tracées dans les marges verticales et Massorah magna, développement de la précedente, consignée en haut et en bas de page » (HAD1992, p.79).
Dans la marge latérale figure la Massorah parva (Mp), la petite massore écrite par les massorètes, qui signale par des notes très brèves les passages difficiles à lire et différentes autres indications, sans pour autant modifier aucune consonne du texte biblique reçu.
En dessous du texte et au-dessus de l’apparat critique sont indiqués les renvois à la Massorah magna (Mm), la grande massore écrite par les massorètes, laquelle ni figure pas dans la Biblia Hebraica Stuttgartensia. Le contenu de la Massorah magna, écrite au-dessus et au-dessous du texte, est visible dans l’image sur Wikipédia du Codex d’Alep.
Le qeré ketiv
« Il arrive que dans la Bible hébraïque, les consonnes de certains termes ne correspondent pas à ce que les massorètes suggéraient de lire. Dans certains cas, sans modifier le texte consonantique reçu à leur disposition, les massorètes ont ajouté dans la marge (Massorah parva) la proposition de ce qu’il fallait lire à la place du texte reçu. C’est notamment le cas du nom divin יְהוָה dont il sera question lors de la quatrième rencontre. On parle alors de qeré-quetiv dans la mesure où ce qui est écrit (ketiv) ne correspond pas à ce qui est censé être lu (qeré) » (Citation presque exacte de la leçon 2 de UNIGEHeb).
« Les notes les plus importantes [de la Massorah] concernent le qeré, ‘ce qui doit être lu’, opposé à au ktiv, ‘ce qui est écrit’: elles proposent certaines substitutions ou suppressions par les rabbins à date plus ou moins ancienne, afin d’éviter aussi bien les irrégularités grammaticales que des termes difficiles ou inconvenants. Les autres notes sont liées le plus souvent à des particularités de l’orthographe ou d’accentuation qui risquent d’entraîner des erreurs de copistes. Toutes ces notes ont été réunies dans des livres spéciaux » (HAD1992, p.79).
« A plusieurs endroits dans l’Ancien Testament les massorètes souhaitaient une autre leçon que celle du texte. Ils remplaçaient donc ‘ce qui est écrit’ (ketiyv) par ‘ce qui doit être lu’ (qerey). Par respect pour le texte transmis, ils conservaient les consonnes du mot originel qu’ils vocalisaient avec les voyelles du mot à lire, dont ils notaient les consonnes dans la marge. Comme indice ils utilisaient un signe appelé circellus masoreticus (°). […].
Pour quelques mots fréquents le renvoi à ‘ce qui doit être lu’ est omis mais tacitement supposé (qerey perpétuel). Ceci est spécialement le cas pour יהוה qu’on croyait ne pas pouvoir prononcer [voir notre quatrième rencontre].
Lorsque les massorètes estiment que des mots ou des consonnes ne doivent pas être lus, ils omettent la vocalisation (ketiyv welo qerey ‘écrit mais pas à lire’). Exemple 1R 21,8.
Inversement, si un mot doit être ajouté, on écrit dans le texte les voyelles et on trouve alors les consonnes dans la marge (qerey welo ketiyv, ‘à lire mais non écrit’). Exemple 2R 19,31.
Exemple de qeré ketiv dans le verset de 1 Samuel 27,8
TOB: David monta avec ses hommes et ils firent des raids chez les Gueshourites, les Guirzites et les Amalécites, car ce sont les peuples qui habitent le pays depuis toujours, en direction de Shour et jusqu’au pays d’Egypte.
Nouvelle Bible Second: David et ses hommes partaient à l’attaque et faisaient des incursions chez les Gueshourites, les Guirzites et les Amalécites, car ceux-ci habitent depuis toujours la région de Shour, jusqu’à l’Egypte.
Téléchargement du PDF: Biblia Hebraica Stuttgartensia, p.497.
Téléchargement du PDF: Analyse d’un qeré ketiv au sein du verset de 1 Samuel 27,8.


Que conclure ? Il s’avère, comme souvent, très difficile de distinguer quelle est la version la plus ancienne. La confusion entre le RZ et ZR dure depuis des siècles au moment où les massorètes fixent le Qéré et le Ketiv.
Il faut par ailleurs tenir compte d’une difficulté supplémentaire: Ce nom de peuple est un hapax legomenon (du grec ἅπαξ λεγόμενον), c’est-à-dire un nom qui n’apparaît qu’une seule fois dans toute la Bible juive, notre Ancien Testament.
A ce point, le développement de l’analyse nécessiterait des moyens supplémentaires:
– Une étude plus poussée des différents manuscrits et de leur histoire.
– Une étude des commentaires bibliques sur la question.
Il est possible de consulter les dictionnaires et les commentaires bibliques:
Sous la dir. de Alexandre Westphal, Dictionnaire encyclopédique de la Bible, Paris, Ed. Je Sers, 1932:
Guirziens: L’interprétation de ce nom de peuple dans 1 Samuel 27,8 offre quelques difficultés. Les LXX semblent y voir les habitants de la ville de Guézer (voir ce mot).
O. Odelain et R. Séguineau, Dictionnaire des noms propres de la Bible, Paris, Ed. du Cerf / Desclée de Brouwer, 1978:
Girzites (1 = 1x ds la Bible): une des tribus du Négeb [désert au sud d’Israël] contre lesquelles David opère des razzias, 1S 27,8.
André Caquot et Philippe de Robert, Les livres de Samuel. Commentaire de l’Ancien Testament VI, Genève, Labor et Fides, 1994:
Une note de lecture du v. 27,8 indique que les Guinzites [le n à la place du r est sans doute une faute de frappe) indique que le Qeré, le Targum et la LXX indiquent Guézérites.
27,8-12 David trompe Akish: « Le v.8 présente David effectuant des raids contre les tribus frontalières (à la fois des Philistins et des Judéens): les Gueshourites sont mentionnés en Jos 13,2 comme voisins des Philistins, à distinguer des Gueshourites de Transjordanie (Jos 13,11; 2 Sam 15,8), les Guirzites ne sont pas mentionnés ailleurs8, alors que les Amalécites sont des nomades bien connus (cf. ch. 15 et 30).
Note 8: La leçon du qeré et du Targum vise semble-t-il la population de Guézer, ce qui est tout à fait improbable à cause de la situation beaucoup plus septentrionale de cette cité cananéenne. Quant à l’assimilation aux Perizzites proposée par DHORME, SMITH et HERTZBERG, elle ne repose sur aucune attestation.
Note Gilles: Les Philistins PLST, ancêtres des Palestiniens PLST, habitaient l’actuelle bande de Gaza.
Raisonnement: Si la leçon Gizri est juste, comme le supposent les massorètes (Qeré), le Targum et la LXX, il est possible d’assimiler les Gizri à la ville de Guézer, mais la localisation trop au nord de cette ville ne semble pas correspondre.
L’étude pourrait être poursuive indéfiniment, en consultant d’autres documents… Nous avons étudié un cas « simple » concernant un nom propre isolé. Bien des variantes posent des problèmes de traductions plus complexes, touchant au sens du texte.
Expérimentations
Téléchargement du PDF des expérimentations et de leurs solutions:
Mots composés et groupes de mots.
Téléchargement du PDF des dix tableaux de référence dans le PDF des expérimentations:
Pronoms-Noms-Suffixes.