
Table des matières
Page d’introduction
Première rencontre sur cinq : L’histoire
Première rencontre sur cinq : Les lettres (cette page)
- Table des matières
- Premier exemple d’immersion dans l’écriture hébraïque
- L’alphabet consonantique et les voyelles diacritiques
- L’alphabet consonantique
- Les voyelles diacritiques
- Les feuilles d’expérimentation
Deuxième rencontre sur cinq : Les mots
Troisième rencontre sur cinq : Les verbes
Quatrième rencontre sur cinq : Les noms divins
Cinquième rencontre sur cinq : Les phrases
Premier exemple d’immersion dans l’écriture hébraïque
לָמָּה זֶּה צָחֲקָה שָׂרָה
Pourquoi donc Sarah a-t-elle ri ? (Gn 18,13)
Voir dans l’image ci-dessus
la page de l’Ancien Testament interlinéaire hébreu-français contenant ce passage.
L’hébreu s’écrit et se lit de droite à gauche.
La ligne principale des lettres ne contient que des consonnes
ou des consonnes qui jouent le rôle de voyelles (matres lectionis), ici le hé ( ה ).
Les voyelles sont écrites en-dessous ou au-dessus des consonnes.
On lit d’abord la consonne de droite, puis la voyelle en-dessous ou au-dessus, puis la consonne suivante à gauche, puis la voyelle qui lui est associée, et ainsi de suite.
Lorsqu’on écrit l’hébreu en caractères latins, on l’écrit toutefois de gauche à droite:
Lammah zzeh tsachaqah sarah.
Pourquoi donc elle a ri Sarah.
J’utilise dans ce mini-cours une méthode de translittération simplifiée (voir ci-dessous).
Contexte littéraire: Lors de leur visite à Abraham et Sarah, les trois anges rappellent au couple âgé la promesse de leur jeunesse: Ils seront à l’origine d’une descendance aussi nombreuse que le sable de la mer. Sarah, s’estimant trop âgée pour enfanter, n’y croit plus et rit. D’où la question des anges. Prise à parti, sentant son doute dévoilé, Sarah répond aux anges qu’elle n’a pas ri.
L’alphabet consonantique et les voyelles diacritiques
« L’alphabet hébreu, comme dans la plupart des langues sémitiques, ne comprend que des consonnes. Les consonnes sont au nombre de 22 (avec certaines consonnes qui peuvent faire office de voyelles [matres lectionis]). L’ordre de l’alphabet hébraïque est attesté dans les Psaumes acrostiches (ex.: Ps 31,10-31; Ps 34; Ps 119) dans lesquels le début de chaque verset commence par une lettre de l’alphabet. Cet ordre est confirmé par la séquence de l’alphabet ougaritique et grec, qui était adapté du phénicien » (ETO2016, p.9).
L’hébreu se lit de droite à gauche et de haut en bas, il n’y a pas de majuscules et de minuscules en hébreu, et on ne coupe pas les mots en fin de ligne. Les livres hébraïques s’écrivent en général en sens inverse des nôtres, par la fin, c’est le cas de la BHS.
L’orthographe hébraïque est bien plus simple que l’orthographe française, car les consonnes et les voyelles se lisent presque comme elles sont écrites. Pensez au mot français chaussure, qui utilise 9 lettres pour écrire 5 sons ! En hébreu, presque chaque lettre correspond à un son distinct des autres. Les gutturales, les matres lectionis et le shewa quiescent (voir ci-dessous) constituent les principales exceptions.
Toutes les consonnes, sauf en fin de mot, sont munies d’une voyelle ou d’un shewa (audible ou muet) qui se lit après la consonne. Il y a une exception: Les matres lectionis, qui ne sont pas de véritables consonnes, renforcent la voyelle qui les précède. Elles ne sont donc pas munies elles-mêmes de voyelle, et c’est à cela qu’on les reconnaît (voir plus bas).
L’alphabet consonantique
Le PDF du tableau présenté ci-dessous peut être téléchargé ici.

Première colonne du tableau:
L’écriture hébraïque carrée
L’écriture carrée de l’hébreu biblique et moderne est héritée de l’araméen:
Voir la partie historique.
Deuxième colonne du tableau:
Les consonnes hébraïques écrites différemment en fin de mot
Cinq consonnes s’écrivent différemment en fin de mot:
Le kaf (ך כ) ; le mem (ם מ) ; le nun (ן נ) ; le pé (ף פ) et le tsadé (ץ צ).
Troisième colonne du tableau:
Les noms des consonnes hébraïques
La signification de toutes les consonnes est répertoriée dans le livre LAL2025, et on trouve l’écriture hébraïque du nom de toutes les consonnes de l’alphabet hébreu dans MIT2000, p.1-2.
Exemples de la signification des deux premières consonnes:
« En hébreu, aleph, alouph, est le taureau, le boeuf. On trouve la même racine dans l’akkadien alpu, le phénicien aleph » (LAL2025, p.39).
« Beth, dans les langues sémitiques, est la maison. En hébreu comme en phénicien, le mot est le même. Aujourd’hui encore, en hébreu israélien, Beth est la maison » (LAL2025, p.53). Remarque grammaticale, en hébreu, le mot beth, maison de –, est en fait l’état construit du mot bayit, maison.
Quatrième et cinquième colonnes du tableau:
La prononciation approximative des consonnes hébraïques
La prononciation de l’écriture hébraïque biblique est approximative pour deux raisons:
- L’évolution de la prononciation de l’hébreu: De l’Antiquité à nos jours, la prononciation exacte des mots a évolué au cours de l’histoire de l’hébreu. Par ailleurs, les Juifs ont prononcé l’hébreu différemment selon leur localisation dans la diaspora mondiale. Voir ci-dessous la prononciation des BeGaDKeFaT. La prononciation « originaire » du paléo-hébreu est donc (quasiment) impossible à reconstituer avec exactitude, tant les documents écrits dans cette langue sont limités.
- Les différentes prononciations des langues: Pour définir notre prononciation des consonnes hébraïques, nous sommes obligés de comparer cette prononciation avec des consonnes françaises ou d’autres langues modernes que nous connaissons, comme l’anglais (pour les lettres hé et waw) ou l’allemand (pour la lettre cheth). Il est évident que cette prononciation, qui varie d’un temps et d’une région à l’autre, n’est qu’approximativement semblable à celle des consonnes hébraïques.
Hélas, ces approximations sont inévitables, insurpassables, et les prononciations varient, en partie, d’un cours de grammaire à l’autre, d’où l’intérêt de les comparer, mais la précision de la prononciation est tout de même suffisante pour lire et apprendre l’hébreu biblique.
Quatrième et cinquième colonnes du tableau:
Le redoublement de la consonne par le dagesh
Pour indiquer le renforcement de l’intensité de la prononciation d’une consonne, on ne l’écrit pas deux fois de suite, comme dans le mot français consonne, mais on place un point au centre de la consonne, qui porte le nom de dagesh. Cet écriture a pour effet de gagner de la place sur les parchemins et les codex. Le mot dagesh est le participe d’un verbe araméen qui signifie perçant (LET1980, p.16).
Il existe deux sortes de dagesh:
- Dagesh doux: En règle générale, dans une consonne BeGaDKeFaT ( ב ג ד כ פ ת ), le dagesh est doux: il ne redouble pas la consonne mais change sa prononciation (voir ci-dessous).
- Dagesh fort: Dans une consonne non BeGaDKeFaT (mais dans certains cas aussi dans une BeGaDKeFaT), le dagesh est fort: il redouble la force de la prononciation de la consonne. Exemple de dagesh fort, dans hinneh, voici, et hinneniy, me voici:
הִנֵּה ← הִנֵּנִי
Pour les cas particuliers où le dagesh est fort dans une BeGaDKeFaT, voir LET1980a, p.17 et DEI2018, p.6. Dans un premier temps, ces cas peuvent être ignorés.
Quatrième et cinquième colonnes du tableau:
Les consonnes gutturales et emphatiques
« En hébreu, il y a plusieurs types de lettres, notamment les gutturales ע ,ח ,ה ,א (prononcées à partir du fond de la gorge), et les emphatiques ק ,צ ,ט (prononciation énergique) » (UNIGEHeb).
En principe, les gutturales et la lettre resh ר ne portent jamais de dagesh car on ne peut pas redoubler phonétiquement.
La prononciation des consonnes gutturales °alef et *ayin consiste en un « coup de glotte » avant la voyelle qui suit, plus marqué avec la lettre *ayin. En français, on trouve un tel coup de glotte très léger lorsque l’on prononce par exemple « la lettre A ». Le a dans l’article la commence doucement, sans départ marqué par une expulsion d’air du fond de la gorge. En revanche, en prononçant isolément la lettre A, on marque généralement un petit déclenchement guttural à peine audible au début du son A, semblable à l’°alef.
« Par exemple, le coup de glotte s’entend bien en français dans pré°existence ou déjà °un » (LET1980, p.8).
Evolution de l’écriture et de la langue d’après LET1980, p.9: Par exemple, le cheth ח correspond à un phonème que l’on retrouve encore comme tel dans l’alphabet ougaritique et arabe. Dans la LXX (la Septante, c’est-à-dire la version grecque de la Bible juive traduite dans les siècles précédant notre ère), le cheth ח est en partie transcrit par une voyelle, parce que l’alphabet grec a transformé les gutturales sémitiques en voyelles:
L’hébreu nwoach est traduit en grec par Noé:
נוֹחַ → Νωε
Quatrième et cinquième colonnes du tableau:
La prononciation sans et avec dagesh et le cas particulier des BeGaDKeFaT
Le mot BeGaDKeFaT est un moyen mnémotechnique permettant de se souvenir des six consonnes ( ב ג ד כ פ ת ) à l’intérieur desquelles le dagesh est doux, c’est-à-dire qu’il change la prononciation de la consonne et ne la redouble pas (voir ci-dessus). Le tableau ci-dessous de la prononciation des six BeGaDKeFaT est établi selon les indications de LET1980, p.9:
« La prononciation avec dagesh (colonnes 4 et 5) est toujours explosive [c’est-à dire que le son de la consonne ne peut pas être prolongé]: La prononciation spirante est pourtant variable et n’est pas toujours suivie de la même façon:
- La prononciation séphardite des Juifs d’origine espagnole est actuellement celle de l’Etat d’Israël. Selon les interprètes juifs, Sepharad (Ab. 20) est l’Espagne. Cette prononciation rend uniquement la différence entre le bet, le kaf et le pé avec ou sans dagesh. Gimel, dalet et taw avec ou sans dagesh se prononcent toujours de façon « explosive ». Pour des raisons pratiques, la prononciation séphardite est préférable à la prononciation ashkénase.
- La prononciation ashkénase des Juifs d’origine germano-polonaise est encore d’usage dans les synagogues de cette tradition. Dans la tradition juive, Ashkenaz (Gn 10,3; Jr 51,27) est un nom qui désigne la Germanie. Cette prononciation fait aussi la distinction entre le תּ et le ת (qu’elle prononce s) ».
| Sans dagesh, prononciation spirante | Prononciation séphardite | Prononciation ashkénase | Avec dagesh, prononciation explosive | Prononciation commune |
|---|---|---|---|---|
| ב bet | v | v | בּ | b |
| ג gimel | = גּ g (garçon) | gh (néerlandais (« groot ») | גּ | g (garçon) |
| ד dalet | = דּ d | th (anglais « there ») | דּ | d |
| כ kaf | ch (allemand « nach ») | ch (allemand « nach ») | כּ | k |
| פ pé | f | f | פּ | p |
| ת taw | = תּ t | th (anglais « thirty ») ou s | תּ | t |
En conclusion, de façon simple:
- Bet, kaf et pé changent de prononciation sans ou avec dagesh:
bet v ou b; kaf ch ou k; pé f ou p.
Ce changement de prononciation est noté en jaune dans le tableau des consonnes. - Gimel se prononce toujours g; dalet toujours d; taw toujours t.
Sixième colonne du tableau:
Le système de translittération simplifié de ce mini-cours
Afin d’écrire la prononciation des mots hébreux avec nos caractères latins, il est nécessaire de définir un système de translittération qui établit une correspondance entre les lettres hébraïques et les lettres latines. Le système habituellement utilisé dans les grammaires se sert de caractères phonétiques difficiles à reconnaître (ḇ, ḳ, š, etc.). Ce mini-cours, afin de simplifier la lecture de l’hébreu en caractères latins, emploie un système de translittération simplifié, qui permet d’écrire l’équivalent français des sons hébraïques, tout en respectant certaines caractéristiques importantes de l’écriture de l’hébreu:
- Les gutturales °alef et *ayin sont représentées par les symboles ° et *.
- Lorsque deux lettres latines sont nécessaires pour translittérer une lettre hébraïque, ces deux lettres sont écrites en italique afin de les repérer dans un mot: ch, ts, sh.
- Certaines lettres hébraïques sont transcrites de la même manière: cheth et kaf sans dagesh par ch, samech et sin par s.
- Les consonnes matres lectionis, qui sont employées en tant que voyelles, sont écrites en exposant, ce qui rappelle qu’elles doivent être lues avec la voyelle précédente: h, w et y.
Septième colonne du tableau:
Les consonnes jouant le rôle de Matres lectionis
Les matres lectionis (latin: mères de lecture) sont des consonnes ajoutées au cours des derniers siècles avant notre ère et jusqu’au premier siècle de notre ère dans le texte consonantique préexistant, afin d’indiquer certaines voyelles lorsque l’hébreu était de moins en moins parlé. Il s’agissait de pallier la perte progressive de la mémoire de l’ancienne prononciation vocalique du texte consonantique.
« Dans le texte massorétique, seulement les voyelles longues sont indiquées par des matres lectionis, dans d’autres textes, p.ex. les manuscrits de Qumrân, on s’en sert également pour marquer les voyelles brèves. Un emploi non exagéré des matres lectionis facilite la lecture d’un texte consonantique, mais cette ‘vocalisation linéraire’ ne suffit pas pour fixer en détail la prononciation » (LET1980, p.12).
L’orthographe avec matres lectionis (scriptio plena, écriture pleine) ou sans matres lectionis (scriptio defectiva, écriture défective) a varié au cours du temps, de sorte que certains mots s’écrivent de diverses manières dans la Bible hébraïque actuelle:
Par exemple, d’après UNIGEHeb, le terme meqomot (pluriel de מָקוֹם maqowm, le lieu) peut s’écrire מְקֹמֹת (meqomot, hébreu archaïque), מְקֹמוֹת ou מְקוֹמֹת (meqomowt ou meqowmot, hébreu classique) et מְקוֹמוֹת (meqowmowt, hébreu antique tardif), c’est-à-dire avec 0, 1 ou 2 matres lectionis w.
Dans le texte massorétique, seules les consonnes alef א, hé ה, waw ו et yod י sont utilisées en tant que matres lectionis. Le alef est peu utilisé en tant que mater lectionis. Le hé s’emploie seulement en fin de mot en tant que mater lectionis. La septième colonne du tableau des consonnes ci-dessus indique quelle mater lectionis sert à renforcer quelle voyelle. L’écriture et la prononciation d’une voyelle suivie de sa mater lectionis sont parfois appelées magnum.
La présence d’une mater lectionis se repère souvent à l’absence de voyelle sous cette « consonne », étant donné qu’il ne s’agit pas phonétiquement d’une consonne, mais d’une lettre servant à indiquer que la prononciation de la voyelle précédente doit être renforcée. Par définition, les matres lectionis ne se prononcent donc pas en tant que consonne. Cependant, les consonnes alef א, hé ה, waw ו et yod י peuvent aussi être utilisées en tant que consonnes réelles. Dans ce cas elles sont prononcées comme telles, et elles sont généralement porteuses d’une voyelle, comme les autres consonnes.
Exemples d’emploi du yod comme mater lectionis et consonne:
- Dans le substantif °iysh homme, mari, quelqu’un, le yod est mater lectionis du hireq. Il ne supporte donc pas lui-même de voyelle puisqu’il est lui-même une voyelle.
- Dans le verbe chayah vivre, le yod est une consonne munie de la voyelle qames, tandis que le hé final est la mater lectionis de ce même qames (il ne se prononce donc pas).
אִישׁ חָיָה
Cas particuliers:
Concernant l’écriture des voyelles avec matres lectionis, voir la section Les voyelles diacritiques ci-dessous.
Hé mappiq: Quand le hé final n’est pas une mater lectionis, il se prononce (h comme l’anglais hello) et on le signale par un dagesh, comme dans le mot ci-dessous, gaboah (haut, élevé). On parle alors de hé mappiq:
גָּבֹהַּ
Note: Dans le mot qui précède, le patah sous le hé mappiq est un patah furtif, il se prononce donc avant le hé mappiq final. Cette exception est décrite ci-dessous, dans le paragraphe dédié spécifiquement au patah furtif.
Les voyelles diacritiques
Les voyelles ajoutées par les massorètes sous forme de petits points et traits au-dessous ou au-dessus des consonnes sont présentées dans le tableau ci-dessous. Au minimum, il suffit de connaître les trois premières colonnes du tableau, qui indiquent le nom et le son des voyelles. Toutefois, en hébreu, les voyelles s’écrivent différemment en fonction de leur longueur ou de leur accentuation très brève, courte, longue ou très longue (magnum).
Sens du mot diacritique selon le Dictionnaire de l’Académie française : XVIIe siècle: Emprunté du grec diakritikos, « qui distingue, apte à distinguer ». Qui sert à distinguer ; qui permet de distinguer. Marque de domaine: grammaire. Signe diacritique, qui permet de préciser la valeur grammaticale, la prononciation ou le sens d’un mot. L’accent grave dans « là » (par opposition à « la »), l’accent circonflexe dans « bâiller » (par opposition à « bailler »), le tréma dans « haïe » (par opposition à « haie ») sont des signes diacritiques. Les signes diacritiques de l’arabe, de l’hébreu.
Le PDF du tableau présenté ci-dessous peut être téléchargé ici.

Définition grammaticale: Une syllabe ouverte est une syllabe qui se termine par une voyelle (consonne-voyelle), tandis qu’une syllabe fermée se termine par une consonne (consonne-voyelle-consonne).
Trois premières colonnes du tableau:
Ecriture, nom et prononciation des voyelles massorétiques
Toutes les voyelles ainsi que le shewa s’écrivent en-dessous de la consonne qui les porte, à l’exception du holem (o) qui s’écrit au-dessus à gauche de la consonne qui le porte.
Le shewa peut être considéré comme une demi-voyelle, tant il est bref et peu accentué. De façon comparable en français parlé, le e de « je mange » n’est presque pas prononcé: « j’mange ». Dans la translittération, le shewa mobile (=audible) se note avec un e en exposant, tandis que le schewa quiescent (=muet) ne se prononce pas et n’est donc pas translittéré.
Concernant les voyelles en général, on distingue quatre longueurs ou intensités différentes: Très brève (Hatef), Courte, Longue, Magnum (avec mater lectionis).
« Avec les voyelles les massorètes ne voulaient pas exprimer des différences de quantité (longueur) mais de qualité (timbre) » (LET1980, p.13). Dans les différentes grammaires d’hébreu biblique, on distingue néanmoins des voyelles de différentes « longueurs » ou « intensité ».
Quatrième colonne du tableau:
Les voyelles hatef très brèves
Pour rendre une voyelle très brève, on lui ajoute un shewa. Trois voyelles deviennent ainsi hatef (prononcer ratef, de l’araméen enlevant, abrégeant, réduisant): hatef patah, hatef qames, hatef segol. Il faut noter que le hatef qames se prononce o et non a.
Cinquième et sixième colonnes du tableau:
Formes de base des voyelles
La forme de base des voyelles est brève ou longue. Si le qames semble effectivement être plus long ou intense que le patah, cette distinction semble moins évidente entre le séré et le segol, qui se distinguent sans doute davantage par leur sonorité é (séré) et è (segol).
Cinquième et sixième colonnes du tableau. Exception:
Le qames et le qames ratuf
Le qames indique généralement la voyelle longue a. En revanche, le qames ratuf, qui s’écrit comme le qames, ainsi que le hatef qames, qui s’écrit avec un shewa, se prononcent o. Le qames devient ratuf dans les cas suivants (selon LET1980, p.14):
- Dans une syllabe fermée atone (voir le mot chochmah, sagesse, ci-dessous).
- Devant un hatef qames (o très bref, voir le mot °ohel ci-dessous).
- Immédiatement devant un autre qames ratuf.
חָכְמָה
Lorsque le mot tente (l’habitation), °ohel, est accompagné du suffixe de la première personne du singulier, l’élision diminue l’intensité des voyelles, de sorte que le holem et le segol sont remplacés par un qames ratuf et un hatef qames qui se prononcent o : ma tente, °oholiy:
אָהֳלִי → אֹהֶל
Septième et huitième colonnes du tableau:
La prononciation magnum des voyelles avec matres lectionis
Une voyelle est encore plus sonore lorsqu’elle est renforcée par une mater lectionis h, w ou y, et plus rarement א °. On notera que les consonnes matres lectionis peuvent aussi représenter d’authentiques consonnes, quand elles ne sont pas précédées des voyelles qu’elles permettent de renforcer.
Neuvième colonne du tableau. Les exceptions:
Le waw consonne et le waw mater lectionis
Dans le cas du waw mater lectionis, c’est le waw qui porte la voyelle holem o ou qibbouts ou (remplacée par le shureq, voir ci-dessous), par conséquent, la consonne qui précède ce waw mater lectionis ne supporte pas elle-même de voyelle, contrairement au cas habituel.
Par exemple, dans le mot ci-dessous hamown, foule, multitude, le mem ne supporte pas de voyelle, car le holem s’est déplacé sur la mater lectionis waw qui suit le mem:
הֲמוֹן
Si donc la consonne qui précède un waw porte aussi une voyelle, cela signifie que ce waw n’est pas une mater lectionis et qu’il se prononce donc normalement avant sa voyelle.
Par exemple, dans le mot tsiwwah, il commanda, ci-dessous, le waw n’est pas une mater lectionis mais une consonne redoublée waw, qui porte elle-même un qames:
צִוָּה
Neuvième colonne du tableau. Les exceptions:
Le shureq
Au lieu d’écrire la voyelle qibbouts suivie de la mater lectionis waw, on écrit un shureq constitué d’un waw mater lectionis avec dagesh. Le shureq absorbe graphiquement la voyelle précédente qibbouts au moyen de ce dagesh.
Par exemple, dans le mot rouwach, vent, souffle, esprit (féminin), le resh initial ne porte de voyelle, sans être pour autant une mater lectionis, parce que la voyelle qibbouts qu’il devrait normalement porter est comprise dans le shureq qui suit:
רוּחַ et non pas רֻוחַ
Neuvième colonne du tableau. Les exceptions:
Le patah furtif
Il ne peut pas y avoir deux voyelles consécutives, sauf dans le cas du patah furtif placé sous une consonne gutturale finale. Ce patah furtif se lit avant la gutturale pour aider la prononciation.
Ecriture: Contrairement à son écriture au moyen de la police hébraïque ci-dessous, le patah furtif s’écrit habituellement un peu à droite en dessous de la consonne gutturale qui le porte, afin d’indiquer qu’il faut le lire avant la gutturale.
Par exemple dans le mot ci-dessous, rouwach (esprit), le patah sous le hé final est furtif, il se lit avant le hé, il y a donc dans ce cas deux voyelles consécutives, ou et a:
רוּחַ
Note: Dans le mot ci-dessus, le waw central est un shureq, c’est-à-dire une mater lectionis de la voyelle ou qui devrait se trouver sous le resh initial (voir ci-dessus).
Les Deux lignes inférieures de tableau:
Le shewa audible (=mobile) et le shewa muet (=quiescent)
Le shewa muet (ou quiescent) indique que la consonne n’a pas de voyelle. Il est équivalent au « e » muet que nous connaissons bien en français (écrire qu’on prononce « écrir » et clairement qu’on prononce « clairment »).
« Le shewa mobile indique presque toujours la réduction d’une voyelle pleine (le plus souvent brève). (Le français aussi connaît le shewa: comparez par exemple ‘grenier’ avec son étymon latin ‘granarium’). [Autre exemple de réduction: J’ai bien retenu l’explication -> J’ai bien rtenu l’explication] Dans les transcriptions anciennes, on retrouve parfois encore la voyelle pleine, par exemple shelomoh, dans la Septante Salomon » (LET1980, p.15).
La prononciation grecque du α (alpha) de Salomon dans la Bible grecque des Septante (siècles avant notre ère) est plus ancienne que la vocalisation massorétique (Moyen Age) qui a progressivement réduit la vocalisation du qames (alpha grec) au shewa mobile:
שְׁלֹמֹן ← Σαλωμων (Salomon)
Règles permettant de déterminer si le shewa est mobile ou quiescent (règles recueillies et harmonisées des grammaires LET1980, VER2007 et DEI2018).
Règles principales:
- Si la lettre qui suit est une BeGaDKeFaT
- Avec dagesh doux: le shewa est quiescent car il est en fin de syllabe fermée.
- Sans dagesh doux: le shewa est mobile car il est en syllabe ouverte.
- Si la lettre qui suit n’est pas une BeGaDKeFaT:
- Si le shewa est précédé d’une voyelle brève, il s’agit d’une syllabe fermée: shewa quiescent.
- Si le shewa est précédé d’une voyelle longue, il s’agit d’une syllabe ouverte: shewa mobile
(sauf si l’accent se porte sur cette voyelle longue de la syllabe ouverte: quiescent).
Règles particulières:
- Sous la première consonne d’un mot: syllabe ouverte: shewa mobile.
- Deux lettres successives avec shewa: le premier est quiescent (syllabe fermée) et le deuxième mobile (syllabe ouverte).
- Deux lettres successives avec shewa en fin de mot: les deux sont quiescents.
- Un shewa sous une consonne redoublée (dagesh fort) est mobile (syllabe ouverte).
- Un shewa sous la première de deux consonnes égales et toujours mobile.
- Sous une consonne gutturale, le shewa mobile simple est remplacé par un shewa mobile composé: hatef patah, hatef qames, hatef segol.
Exemples:
Affaiblissement vocalique dans la flexion du mot davar, parole: Le premier qames (long) devient shewa (court) au pluriel, puis le second qames (long) devient à son tour shewa (court) à l’état construit du pluriel:
| Singulier vocalisation de base parole da-var syllabes: ouverte-fermée | Pluriel shewa mobile paroles de-va-rim syllabes: ouverte-ouverte-fermée | Pluriel construit shewa quiescent paroles de – div-re syllabes: fermée-ouverte |
| דָּבָר | דְּבָרִם | דִּבְרֵי |
On trouve le même phénomène dans la flexion du mot roi:
| Singulier vocalisation de base roi me-lech syllabes: ouverte-fermée | Pluriel shewa mobile rois me-la-chiym syllabes: ouverte-ouverte-fermée | Suffixe possessif shewa quiescent mon roi malkiy syllabes: fermée-ouverte |
| מֶלֶךְ | מְלָכִימ | מַלְכִּי |
Les feuilles d’expérimentation
Le PDF des quatre feuilles d’expérimentation présentées ci-dessous peut être téléchargé ici. Les pages 1 à 4 sont disposées par ordre de difficulté. Au travers de la translittération des mots et des phrases hébraïques, tous tirés de la Bible juive, apparaît la signification étymologique traditionnelle proposée par la Bible de certains de ces mots.



