Mini-cours d’initiation à l’hébreu biblique. Première étape sur cinq: L’histoire

  • L’alphabet hébreu, comme les alphabets arabe, grec et latin, dérive de l’alphabet phénicien.
  • Comme le lamed ל dans l’alphabet hébreu, le lambda λ (majuscule Λ ) de l’alphabet grec et la lettre l (majuscule L ) de l’alphabet latin s’écrivent sous des formes ressemblant à un bâton.
  • Dans l’alphabet arabe, qui découle aussi de l’alphabet phénicien, la lettre lem a aussi la forme d’un bâton ل nettement visible dans la forme isolée de la lettre.
  • Le nom de chaque lettre phénicienne et hébraïque correspond à un mot ancien en ces langues. Parfois, une signification primitive, archaïque a évolué en une signification plus profonde du nom de la lettre.
  • Par exemple, le mot illustré par la lettre lamed ( ל ) signifiait à l’origine bâton, aiguillon, crochet, mais en hébreu biblique, le mot lamad ( לָמַד ) désigne le verbe apprendre, s’instruire, s’exercer (ST1859, p.325).
  • Le bâton étant un outil long, utilisé pour guider le troupeau, diriger ou corriger l’élève, son sens a évolué vers celui d’apprentissage.
  • Par ailleurs, la lettre lamed est celle qui s’écrit avec le trait vertical supérieur le plus haut de tout l’alphabet hébreu, ce qui représente le désir constant de grandir, le désir d’apprendre et donc aussi l’élévation spirituelle de l’âme. Dans la Kabbale juive, la lettre lamed évoque le mouvement, la dynamique intérieure: ne jamais rester figé.

Table des matières

Page d’introduction

Première rencontre sur cinq : L’histoire (cette page)

  • Table des matières
  • Objectif minimal des cinq rencontres
  • Histoire de la langue et de l’alphabet hébraïque
    • Les origines de la notion de langues « sémitiques »
    • Les origines et subdivisions des langues sémitiques anciennes
    • L’hébreu biblique des origines
    • Les suppositions historiques et bibliques liées à l’origine cananéenne de l’hébreu
    • L’influence de l’araméen dans tout le Moyen-Orient ancien
    • L’emploi de l’araméen par les Juifs et l’évolution de l’hébreu
    • La période de rédaction des textes de la Bible juive
    • Quelle fut la langue parlée par Jésus ?
    • Survivance de l’hébreu parlé
    • La disparition de l’hébreu parlé et la fixation du texte biblique
    • Les éditions de la Bible juive dite des Septante en grec
    • Les éditions successives de la Biblia Hebraica
    • Résumés de l’histoire de l’hébreu biblique et de la Bible hébraïque
    • Conclusions d’ordre exégétique et théologique
  • Déroulement pratique de la première rencontre

Première rencontre sur cinq : Les lettres

Deuxième rencontre sur cinq : Les mots

Troisième rencontre sur cinq : Les verbes

Quatrième rencontre sur cinq : Les noms divins

Cinquième rencontre sur cinq : Les phrases

Objectif minimal des cinq rencontres

L’objectif minimal des cinq rencontres du mini-cours consiste à être capable de déchiffrer les mots simples et de comprendre les phrases simples de l’hébreu biblique à l’aide d’une traduction interlinéaire hébreu-français (ATI2007 ou STEPBible), d’un dictionnaire (REY1991) et d’une grammaire (VER2007). Le mini-cours montrera comment se servir de ces documents.

La présentation du mini-cours indique que la participation « n’implique aucun apprentissage ». Je me permets de déroger à cette règle sur un seul point: Sans être indispensable, une mémorisation des sons associés aux lettres de l’alphabet hébraïque (consonnes et voyelles) rendra ce mini-cours nettement plus facile à suivre et plus attrayant pour les participants, qui recevront la documentation nécessaire.

Les participants seront fréquemment confrontés à la situation d’apprentissage suivante: Un exposé théorique, qui pourra sembler relativement compliqué à certaines ou certains, sera suivi d’un temps d’expérimentation en commun à partir d’exemples simples, qui permettront à chacune et chacun de s’y retrouver en fonction de ses souhaits d’approfondissement. La matière nouvelle de la première rencontre pourra sembler abondante, mais elle sera reprise dans les suivantes.

Dernière remarque: Il y a effectivement en hébreu biblique des règles grammaticales (accords, conjugaisons, syntaxes, etc.) parfois très complexes et ardues, mais l’hébreu biblique comprend suffisamment d’exemples simples pour trouver de l’intérêt et du plaisir à sa découverte sans se confronter à de grandes difficultés.

Cette première rencontre a pour objectif d’apprendre à déchiffrer et prononcer les mots, tandis que leur construction et leur sens seront abordés lors de la deuxième rencontre.

Histoire de la langue et de l’alphabet hébraïque

On ne peut comprendre l’hébreu biblique qu’à partir de son histoire, raison pour laquelle la partie historique de cette première rencontre est très développée.

Dans cette section, pour simplifier et uniformiser l’écriture, les dates avant notre ère sont notées avec un – et celles après J.-C. avec un +. Les dates qui indiquent des siècles avant notre ère en caractères romains (comme -XVII) sont le plus souvent très approximatives.

Voici les premiers mots du livre de Mireille Hadas-Lebel, L’hébreu: 3000 ans d’histoire: « Quelle langue parlaient Adam et Eve au jardin d’Eden? A cette question ingénument posée par nombre de théologiens depuis l’Antiquité, la réponse la plus généralement donnée fut: l’hébreu. (cf. Maurice Olender, Les Langues du Paradis« , Paris, 1989) » (HAD1992, p.9 et 173). Mireille Hadas-Lebel montre dans son ouvrage que ce point de vue traditionnel, que d’ailleurs la Bible ne confirme pas, ne correspond pas aux découvertes des historiens.

Les origines de la notion de langues « sémitiques »

Ce n’est qu’au siècle des Lumières (+XVIII) que la notion de langues « sémitiques » a été forgée pour rendre compte de la parenté des langues parlées au Moyen-Orient et au nord-est de l’Afrique durant les deux millénaires avant notre ère.


« En +1781, on trouve sous la plume du philologue A. Ludwig Schlözer, dans une étude sur les Chaldéens, le terme Semitische qu’il propose d’appliquer aux langues parlées dans l’Antiquité ‘de la mer Méditerranée à l’Euphrate et de la Mésopotamie à l’Arabie’. Ce nom, purement conventionnel, lui est inspiré par le chapitre 10 de la Genèse où sont énumérés les descendants des trois fils de Noé: Sem, Cham et Japhet, ‘suivant leurs familles et leurs langues’ (Gn 10,32). Un fils de Sem se nomme Aram (Gn 10,22 et 23) » (HAD1992, p.118).


« Ces langues ont des caractères communs qu’on peut réduire aux trois suivants:
a) Prédominance des sons gutturaux et emphatiques.
b) Expression de l’idée racine par trois consonnes (c’est le phénomène trilitère).
c) Fixité des consonnes, par opposition aux éléments vocaliques, qui sont plus ou moins flottants » (TOU1949, p.2).

Les origines et subdivisions des langues sémitiques anciennes

Origines préhistoriques des langues sémitiques selon (HAA2021):
« La famille linguistique afro-asiatique et ses ramifications
.
‘Urheimat’ [patrie originaire] et mouvements migratoires préhistoriques. L’aire originaire de diffusion des populations afro-asiatiques, et donc aussi la zone où dut se former une hypothétique langue afro-asiatique primaire (le proto-afro-asiatique) a été recherchée dans une région qui comprend la Nubie (Egypte méridionale) et le Soudan septentrional (Blench, 1993, pp.136 sg.). Les voisins occidentaux de ces populations archaïques auraient donc été des groupes ethniques qui parlaient une proto-langue nilo-saharienne. Cette période de développement de la protolangue afroasiatique est une hypothèse estimée aux environs de -9000 et -8000 [dans le cadre plus général de la révolution néolithique]. Ensuite, la langue de base s’est dissoute en se scindant en ramifications linguistiques régionales. Ces rameaux linguistiques se formèrent au cours de migrations qui portèrent les locuteurs de variantes afro-asiatiques vers le nord-ouest (berbères), l’ouest (peuples du Tchad), le sud (omoti) [traduction inconnue], l’est (couchites), le nord (égyptiens et sémites) » (HAA2021, p.302, traduction par nos soins).

La classification ci-dessous des langues sémitiques est établie en grande partie selon (ETO2016, p.xiii-11) et (LET1980a, p.1-2):
Géographiquement, les langues sémitiques anciennes peuvent être regroupées en trois grands ensembles de langues plus ou moins apparentées. Cette subdivision est utile, mais elle reste très imprécise, en raison des liens pouvant être établis entre ces langues appartenant à plusieurs ensembles.


Sumérien (avant -2400).
Akkadien (depuis -2400).
Ancien, moyen et néo-babylonien (depuis -1700 à -600).
Ancien et néo-assyrien (-2000 à -600).


De -2000 à -1200: Amorrite (de l’akkadien amurru, occident) et ougaritique (ville Ougarit).
Depuis -1200, division en deux sous-branches:
2a) Sous-branche araméenne: Voir détail ci-dessous.
2b) Sous-branche cananéenne: Hébreu et phénicien (Voir détail ci-dessous). Moabite (cf. stèle de Mesha), ammonite, édomite, philistin, etc.

Localisations des différents peuples sémitiques du nord-ouest:
Ougarit se situait sur le lieu actuel de Ras Shamra sur la côte méditerranéenne de la Syrie, les Phéniciens occupaient le Liban actuel; les Amorrites et les Ammonites, la Syrie actuelle; les Moabites et les Edomites, la Jordanie actuelle; les Philistins, la bande de Gaza actuelle; les Cananéens et les Israélites, les territoires israéliens et palestiniens actuels.


Arabie: Arabe.
Afrique du nord-ouest: Egyptien (absent sur la carte ci-dessous), Ethiopien (Ge’ez), Tigré, Tigrina, Guragê, Berbère, etc.

Dans la mesure où les langues sémitiques du sud sont peu représentées sur cette page, voici un lien vers l’alphasyllabaire guèze, qui montre qu’il s’agit d’un alphabet consonantique dont les signes des consonnes sont complétés par des signes des voyelles, de sorte que chaque signe représente en fin de compte une syllabe consonne-voyelle, ce qui multiplie le nombre de signes (environ 26 consonnes x 8 voyelles = environ 200 signes).

L’hébreu biblique des origines

« Il est difficile de retracer l’histoire de la langue hébraïque. Cette difficulté tient à plusieurs causes:
– Le manque d’informations suffisantes sur son origine et ses développements prébibliques.
– L’étendue relativement restreinte de la littérature sacrée.
– Les controverses relatives à la date d’un grand nombre de livres ou de fragments de livres [bibliques]; […].
– Les retouches dont consonnes et voyelles ont été l’objet principalement au -VII, en vue de ramener la prononciation des anciens textes à celle des contemporains » (TOU1949, p.3).


Avant l’arrivée des Israélites, les Cananéens parlaient une langue qui ressemble considérablement à l’hébreu, ce qui permet de conclure que l’hébreu est une langue originaire de Canaan, et non une langue importée par les Israélites de la Mésopotamie ou de l’Egypte:
« En ce qui concerne l’hébreu, le phénicien, le punique, le moabite, l’édomitique et l’ammonite, plus que de langues diverses, il s’agit de variantes régionales d’une même langue » (DEI2018, p.3, traduction par nos soins).

« On peut cependant marquer les grandes étapes du développement de la langue hébraïque:
1) Elle sort du cananéen, que nous font connaître les gloses de la correspondance de Tell el-Amarna [en Egypte] et les textes de Ras Shamra [Ougarit]. Son âge d’or est l’époque avant l’Exil à Babylone [avant -586]. […] On trouve comme traits généraux [de cet âge d’or] l’harmonie, la vivacité, la concision, la régularité du parallélisme poétique, l’absence d’emprunts à une langue étrangère. Ainsi en est-il surtout au temps d’Ezéchias, dans les écrits d’Amos, Osée, Esaïe, etc.
2) Après la captivité [de l’Exil à Babylone de -586 à -538], c’est la décadence: l’araméen se substitue peu à peu à l’hébreu dans l’usage courant.
3) La langue des pères devient la langue des lettrés » (TOU1949, p.3).

« L’hébreu ancien, la langue de l’Ancien Testament et des inscriptions retrouvées [Calendrier agricole de Gézer, -950; ostraca de Samarie, -850; inscription canal de Siloé, -700; lettres de Lakish, -587; ostraca administratifs d’Arad, -850 à -500], s’étend chronologiquement sur une période de plus de 1000 ans [-1200 à -200]. Les plus anciens passages de la Bible écrits dans cette langue datent probablement du -XII [-1200 à -1100]. Durant l’Exil à Babylone [de -586 à -538] l’araméen a commencé à supplanter progressivement l’hébreu en Palestine » (LET1980a, p.3).


« A la fin du second millénaire (-1000), la population de Canaan était extrêmement mêlée. L’hétérogénéité ethnique que reflètent les listes de peuples cités dans la Bible est confirmée par les documents égyptiens du Nouvel Empire. Diverses populations frontalières font en outre figure d’ennemis héréditaires des Hébreux: Ammonites, Moabites et Edomites, en Transjordanie; Amalécites et Madianites, au sud. […]. La source la plus importante sur la langue en l’usage dans cette région [de Canaan] avant que s’y manifestent les Hébreux est constituée d’un ensemble de tablettes d’argile (379) gravées de signes cunéiformes découvertes en 1887 à Tell el-Amarna en Egypte, sur le site de ce qui fut la capitale d’Akhénaton, au -XIV siècle. Il s’agit d’une correspondance adressée au pharaon (Amenophis III puis Aménophis IV) ou plus rarement à un haut dignitaire de la cour par des rois d’Orient et des princes vassaux parmi lesquels des princes cananéens. Certains d’entre eux demandent de l’aide contre les Hapiru ou Habiru, un peuple qu’on a parfois voulu identifier aux Hébreux. Comme les autres, les lettres originaires de Canaan sont écrites en akkadien, langue diplomatique de l’époque, mais les scribes qui l’utilisent dominent mal cette langue. Il s’y glisse des fautes interprétées par les archéologues comme des ‘canaanismes’ et surtout on y trouve des gloses marginales donnant l’équivalent du terme akkadien dans la langue du scribe.
Tout cela permet de reconstituer un peu du vocabulaire et de la grammaire de la langue parlée dans la région [de Canaan avant l’arrivée des Hébreux]. A cela près qu’elle possède une déclinaison à trois cas (nominatif en u, génitif en i, accusatif en a, comme en arabe), elle ressemble tant à de l’hébreu qu’elle est souvent considérée comme de l’hébreu prébiblique » (HAD1992, p.15).

Les suppositions historiques et bibliques liées à l’origine cananéenne de l’hébreu


« L’hébreu s’est développé à partir de ce dialecte cananéen que les Israélites ont trouvé lors de la conquête de la ‘terre promise’, qu’ils ont adopté et pour lequel ils ont abandonné presque entièrement leur langue maternelle (probablement un idiome apparenté à l’araméen ancien; cf. Dt 26,5). A l’intérieur de l’hébreu, qu’on appelle donc à juste titre une ‘langue de Canaan’ (Es 19,18), différents dialectes régionaux ont existé. On l’apprend dans l’Ancien Testament même (cf. Jg 12,6), mais cela apparaît surtout de certaines inscriptions palestiniennes, écrites en écriture hébraïque ancienne qui correspond presque entièrement à l’écriture cananéenne ou phénicienne » (LET1980a, p.3).


– S’il y a eu une conquête de Canaan par les Israélites venus d’Egypte, cette conquête de la « terre promise » par les Israélites a eu lieu autour de -1200.
– Les Israélites ont alors abandonné leur idiome lié à l’araméen ancien (voir ci-dessous Dt 26,5-9) pour former et parler l’hébreu biblique en s’inspirant des langues cananéennes (phénicien, moabite, etc.).
– A partir de l’Exil à Babylone, les Israélites sont ensuite revenus à l’araméen devenu lingua franca autour de -600 et -400 (voir ci-dessous).
Cela suppose que lors de la période des patriarches (Abraham dans la Genèse, début -IIe millénaire), puis lors de l’esclavage en Egypte (Moïse dans l’Exode, milieu du -IIe millénaire), les Israélites ne parlaient pas l’hébreu, qui n’existait pas encore, mais un idiome proche de l’araméen ancien qui devait être une forme d’akkadien ou d’égyptien.


Dt 26,5-9: « 5 Alors, devant le SEIGNEUR ton Dieu tu prendras la parole : ‘Mon père était un Araméen [אֲרַמִּי, arammi] errant. Il est descendu en Egypte, où il a vécu en émigré avec le petit nombre de gens qui l’accompagnaient. Là, il était devenu une nation grande, puissante et nombreuse. 6 Mais les Egyptiens nous ont maltraités, ils nous ont mis dans la pauvreté, ils nous ont imposé une dure servitude. 7 Alors, nous avons crié vers le SEIGNEUR, le Dieu de nos pères, et le SEIGNEUR a entendu notre voix ; il a vu que nous étions pauvres, malheureux, opprimés. 8 Le SEIGNEUR nous a fait sortir d’Egypte par sa main forte et son bras étendu, par une grande terreur, par des signes et des prodiges ; 9 il nous a fait arriver en ce lieu et il nous a donné ce pays, un pays ruisselant de lait et de miel ».


Jg 12,5-6: « 5 Galaad s’empara des gués du Jourdain, vers Ephraïm. Or, lorsqu’un des rescapés d’Ephraïm disait : ‘Laisse-moi traverser’, les hommes du Galaad lui disaient : ‘Es-tu Ephraïmite ?’ S’il répondait : ‘Non’, 6 alors ils lui disaient : ‘Eh bien ! dis Shibboleth.’ Il disait : ‘Sibboleth’, car il n’arrivait pas à prononcer comme il faut. Alors on le saisissait et on l’égorgeait près des gués du Jourdain. Il tomba en ce temps-là quarante-deux mille hommes d’Ephraïm ». Ce texte montre qu’il existait différentes prononciations de l’hébreu (dialectes) variant d’une tribu à l’autre.


– « Le nom de la langue hébraïque ne se trouve pas dans les livres protocanoniques [écrits en hébreu] de l’Ancien Testament.
– En Es 19,18, il est question de la langue de Canaan.
– En Es 24,11 et Ne 13,24, parler hébreu se dit parler juif ( יְהוּדִית ).
– C’est dans le Prologue de l’Ecclésiastique (=Siracide, vers -130), que le nom d’hébreu désigne pour la première fois la langue des Israélites (εβραιστι λεγομενα, au verset 20 du Prologue) » (TOU1949, p.2).
Siracide 20: « Car les choses dites en hébreu dans ce livre n’ont pas la même valeur lorsqu’elles sont traduites en une autre langue ». L’original hébreu était connu au +IV s., il est aujourd’hui disparu.

L’influence de l’araméen dans tout le Moyen-Orient ancien


« Il semble que le succès même du paléo-babylonien [écrit en cunéiforme], dialecte de l’akkadien devenu langue ‘internationale’ [lingua franca] dans tout le Proche-Orient dès le milieu du IIe millénaire [-1500], ait contribué à fixer cette lingua franca à l’écrit sous une forme standard et freiné son évolution. Simultanément, les lettrés s’opposaient aux simplifications afin de maintenir la référence à l’antique et prestigieuse langue sumérienne » (SEL2020, p.74).

Lingua franca: Langue auxiliaire de relation utilisée par des groupes ayant des langues maternelles différentes (C’est par exemple le français et l’anglais dans leurs usages diplomatiques, le swahili dans l’est de l’Afrique, l’anglais en Inde, etc.).


Depuis -1200 environ, l’araméen semble avoir été parlé à l’origine par des nomades, d’abord au sud de la Mésopotamie (région d’origine d’Abraham) puis au nord dans le désert de Syrie (WIG1996, p.86-87). « L’araméen a accompagné l’expansion territoriale et politique des nomades araméens qui se répandent dans tout le Proche-Orient au début du Ier millénaire avant J.-C. (-1000) » (JOA2001, p.64).


Vers -800, l’araméen remplace l’akkadien dans sa fonction de langue privilégiée des échanges dans tout le Moyen-Orient ancien (lingua franca, comme l’anglais aujourd’hui). « La constitution de l’Empire néo-assyrien [environ -911 à -609] a assuré le développement de la langue et de l’écriture araméennes au moment où disparaissaient les entités politiques araméennes autonomes » (JOA2001, p.64).

« Au -XII siècle, une rupture dont les causes demeurent mal comprises marque l’histoire du Proche-Orient: l’Empire hittite [Turquie actuelle] s’effondre, la ville d’Ougarit est détruite. A l’âge du bronze succède l’âge du fer, caractérisé par des empires plus vastes que les précédents. Celui des Assyriens atteint ses plus grandes dimensions sous le règne d’Assurbanipal (-669 à vers -630): il englobe la Mésopotamie et la Syrie-Palestine et même l’Egypte [la Judée est donc sous domination assyrienne], puis s’écroule à la fin du siècle [-612, destruction de Ninive] sous les coups des Babyloniens et de leurs alliés, les Mèdes (des Iraniens). Babylone retrouve du lustre: son roi Nabuchodonosor II (605-652) règne à son tour sur l’ensemble du Croissant fertile. C’est lui qui ordonne l’Exil des Juifs à Babylone.
Tant à Ninive (la capitale assyrienne) qu’à Babylone, l’akkadien demeure la langue des inscriptions officielles, mais l’afflux de populations sémitiques occidentales [du nord-ouest, dont les Juifs exilés] modifie la situation linguistique: leur langue principale – l’araméen – s’impose en tant que langue usuelle » (SEL 2020,p.67 et 69).

« C’est sous l’Empire achéménide [=Empire Perse, -550 à -330] que l’araméen, langue et écriture, se répand de la manière la plus spectaculaire: il est la langue sémitique la plus utilisée dans l’ouest de l’empire [perse, c’est-à-dire Syrie-Palestine], y compris en Anatolie [Turquie actuelle] » (JOA2001, p.64).
« Les autres langues sémitiques deviennent à ce moment [Ve-IVe siècles, donc -500 à -300] d’emploi beaucoup moins courant, et l’on constate que plusieurs passages [tardifs] de la Bible [juive] sont écrits non plus en hébreu mais en araméen (parties du Livre de Daniel et du livre d’Ezra) » (JOA2001, p.64).

Divers dialectes araméens (syriaque, mandéen, nabatéen, palmyrénien, araméen des Targums et du Talmud, littérature chrétienne, etc.) survivent jusqu’à nos jours.

L’emploi de l’araméen par les Juifs et l’évolution de l’hébreu


Avant l’Exil des Juifs à Babylone de -586 à -538, « à la date de -701 encore, seuls les chefs de la nation étaient familiers de la langue araméenne en Judée. Lors du siège de Jérusalem par Sennachérib, roi d’Assyrie, les délégués du roi Ezéchias s’adressent ainsi au général ennemi: ‘Daigne parler en araméen à tes serviteurs car nous l’entendons, mais ne parle pas avec nous en judéen [c’est-à-dire en hébreu] aux oreilles de la population qui se trouve sur la muraille’ (2 Rois 18,26 et Esaïe 36,11) » (HAD1992, p.42). Les hauts fonctionnaires du roi Ezéchias espèrent ainsi éviter que le général ennemi ne décourage la population juive en lui parlant en hébreu, mais ce dernier refuse évidemment de s’exprimer en araméen.


Il est probable qu’à partir du retour d’Exil en -538, l’araméen ait supplanté progressivement l’hébreu comme langue parlée du peuple juif, au fur et à mesure que le peuple juif était intégré d’abord dans l’Empire perse, puis dans le monde hellénistique (c’est-à-dire de culture grecque) à partir des conquêtes d’Alexandre le Grand en -330. L’hébreu biblique serait alors resté présent parmi le peuple juif en tant que langue sacrée des prêtres à la synagogue en vue de l’étude des écritures Tanakh (Torah=Loi, Neviim=Prophètes, Ketouvim=Ecrits). « Pendant toute la période dite du ‘Second Temple’, l’écart entre la langue écrite et la langue parlée a dû se creuser » (HAD1992, p.50).

« Situation linguistique de la Judée pendant la période du Second Temple [-516 à 70]. La situation linguistique du pays pendant cette période reflète toutes les vicissitudes historiques. Malgré tous les efforts de restauration, l’hébreu commence à vaciller sur ses assises, et cela d’abord au contact de l’araméen. Dès avant l’Exil, les Hébreux ne pouvaient ignorer les nombreuses principautés araméennes qui les bordaient au nord et au nord-est. Après la chute de Samarie [la capitale du Royaume israélite du nord] en -721, et avec le remplacement d’une partie des Israélites par une population de langue araméenne, hébreu et araméen étaient désormais en contact permanent » (HAD1992, p.42).

« Parmi les Juifs, l’araméen était employé pendant la période du Second Temple [-516 à +70] comme langue internationale pour les contrats, et l’est resté jusqu’à maintenant pour la rédaction de documents de mariage (ketoubbah) et de divorce (get). Il a été aussi utilisé dans certains textes manuscrits de la mer Morte [à Qumrân] et dans les targums (traductions araméennes de la Bible) » (WIG1996, p.87).

La période de rédaction des textes de la Bible juive

« Les découvertes archéologiques nous enseignent donc que, pendant la première moitié du premier millénaire avant l’ère commune [-1000 à -500], les Hébreux possédaient une langue et une écriture très proches de celles de leurs voisins; mais notre connaissance de la langue hébraïque ne serait guère plus avancée que celle du phénicien et du moabite si elle n’avait pas produit la Bible » (HAD1992, p.25-26).


« Les inscriptions [en hébreu ancien] se multiplient à partir du début du -VIII siècle [-800] et c’est alors que les Hébreux entreprennent de rédiger les ‘livres’ qui, réunis, formeront la Bible hébraïque (dite ‘Ancien Testament’ par les chrétiens). Du moins le suppose-t-on, car les plus anciens écrits connus datent des -III et -II siècles [-300 à -100]: ils figurent parmi les célèbres manuscrits de la mer Morte découverts à la fin des années +1940 à Qumrân, dans l’est du désert de Judée » (SEL2020, p.91).

Le plus ancien fragment attesté de texte biblique, qui remonte à cette époque, est minuscule: les deux amulettes découvertes en +1979 à Ketef Hinnon, à côté de Jérusalem, contiennent chacun une feuille d’argent de quelques centimètres de long, sur laquelle sont inscrites des formules de bénédiction quasiment identiques à celles figurant dans le livre des Nombres. Les archéologues datent les amulettes de -600 environ » (SEL 2020, p.93).

« L’hébreu que l’on trouve dans la Bible hébraïque est d’époque variable. On estime généralement que les textes les plus anciens qui y figurent remontent aux alentours du Xe s. avant notre ère (poème de Déborah [Juges 5]) et que les plus récents datent de l’époque hellénistique au IIe s. (Daniel, Esther). Une grande partie des textes (Pentateuque et livres prophétiques) sont écrits peu avant la chute de Jérusalem (587), puis durant la période de la domination perse (539-333). Huit siècles séparent donc les textes les plus anciens figurant dans la Bible hébraïque de ses textes les plus récents. Si l’on compare le français du Moyen-Age avec celui d’aujourd’hui, on se rend bien compte qu’une langue évolue passablement en 800 ans. D’une certaine manière, on peut donc dire que plusieurs hébreux se côtoient au sein de la Bible hébraïque.
Les plus anciens manuscrits bibliques connus datent du IIIe et IIe s. avant notre ère. Ces textes n’ont que les consonnes, dans la mesure où le système de vocalisation n’a été mis sur pied qu’à partir du VIIe s. après notre ère » [Cours d’hébreu en ligne de l’Université de Genève].


« Au sein de l’Empire perse [après le retour d’Exil, depuis -538], les Juifs de Judée bénéficient d’une autonomie sous l’autorité du grand prêtre officiant à Jérusalem. L’hébreu, tant parlé qu’écrit, connaît une renaissance: selon les experts biblistes, c’est au temps des Perses [-530 à -330] que le travail de réécriture (voire d’écriture) des livres de la Bible prend toute son ampleur » (SEL 2020, p.93).

« Si la langue littéraire par excellence demeure malgré tout l’hébreu [après l’Exil], il s’agit d’un hébreu moins monolithique, plus perméable aux influences diverses. Alors que la prose hébraïque préexilique [-1200 à -586] manifeste une remarquable unité, les écrits postexiliques [bibliques, de -838 à environ -150] ont chacun une individualité propre selon les proportions dans lesquelles interviennent les différents ingrédients qui composent leur langue: imitation de l’hébreu classique préexilique, influence de l’hébreu parlé, influences étrangères notamment de l’araméen » (HAD1992, p.44).

« Malgré leur volonté de purisme, les livres bibliques d’Esdras et de Néhémie sont sans doute ceux qui échappent le moins à l’influence araméenne – leurs auteurs ne venaient-ils pas de Babylonie? Une partie du livre d’Esdras (4,8 à 6,18 et 7,12-26) est d’ailleurs écrite en araméen, ainsi qu’une partie du livre de Daniel (2,4 à 7,28), lui aussi largement soumis à la même influence » (HAD1992, p.47).

Voir également le tableau très complet dans Wikipédia: Alphabet araméen.

Quelle fut la langue parlée par Jésus ?

« Selon une thèse controversée, l’araméen, au tournant de notre ère [an 0], avait remplacé l’hébreu comme langue vernaculaire, parlée par la population juive de Palestine. Cette thèse est défendue surtout par des savants chrétiens qui supposent que les évangiles ont été écrits originellement en araméen. Ils en veulent pour preuve les manuscrits araméens de la mer Morte [à Qumrân] et la dizaine de mots cités dans le Nouveau Testament, dont la moitié pourrait aussi être de l’hébreu mishnique [utilisé pour écrire la Michna]. Il est probable que Jésus, ayant grandi en Galilée, a connu l’araméen, mais puisque, selon les Evangiles, il était expert en Bible, il doit avoir également connu l’hébreu. Cela n’autorise pas à conclure sur la langue dans laquelle il prêchait » (WIG1996, p.87).

« La langue de Jésus. Sur la question de la langue parlée par Jésus et ses disciples, une quasi-unanimité se dégage en faveur de l’araméen. Le témoignage des textes paraît indubitable. Les deux paroles prononcées par Jésus à l’occasion des miracles qu’il opère: ‘Talitha koumi‘ (Mc 5,41), ‘effata‘ (Mc 7,34) et le dernier cri sur la croix: ‘Eloï Eloï lama sabakhtani‘ (Mc 15,34; Mt 27,46) tout cela est rapporté en araméen. Quelques termes non traduits à l’intérieur du discours de Jésus et de ses disciples (abba, Mc 14,36, raka, Mt 5,22, mamona, Mt 6,24, satana, Mt 16,23, pascha, Mt 26,17 et 18), et une fois même dans les paroles des grands prêtres (korbana, Mt 26,7), correspondent à des racines communes à l’hébreu et à l’araméen, mais se présentent avec l’affixe a caractéristique de cette dernière langue. Il en est de même du nom de Thomas traduit par Didyme (‘jumeau‘): quant au nom attribué par Jésus à Simon, Céphas (Jn 1,42), c’est seulement en araméen qu’il peut signifier ‘Pierre’.
Ce consensus sur la langue de Jésus est rarement rompu. On a pu toutefois tirer un argument a contrario de la présence de termes araméens dans un contexte grec: si ces termes n’ont pas été traduits, c’est qu’ils étaient déjà étrangers dans la version primitive. Jésus aurait donc parlé l’hébreu, un hébreu populaire certes. Cette démonstration originale ne tient cependant pas suffisamment compte des données historiques et géographiques. Au retour d’Exil à Babylone [Edit du roi perse Cyrus en -538], la vie juive s’était concentrée en Judée, région séparée de la Galilée par la Samarie partiellement repeuplée de populations de langue araméenne.
Ce n’est que vers l’an -100 que la Galilée avait été réunie au royaume hasmonéen et rejudaïsée; or, en admettant que l’hébreu fut parlé en Judée à cette époque, il paraît difficile qu’il ait réussi à déraciner l’araméen déjà bien implanté en Galilée » (HAD1992, p.56-57).

Survivance de l’hébreu parlé

Les débats au sujet de la langue parlée par Jésus le montrent: Il est difficile d’établir jusqu’à quand l’hébreu biblique a été parlé, et par quelles franges de la population juive. Il est par contre indubitable que la disparition progressive de l’hébreu, en tant que langue parlée par le peuple juif dans les premiers siècles de notre ère (0 à +300), a renforcé le besoin de fixer le texte consonantique des écritures saintes de Tanakh (Torah=Loi, Neviim=Prophètes, Ketouvim=Ecrits), et de lui adjoindre progressivement les voyelles, au moyen de différents systèmes, afin de conserver l’antique prononciation hébraïque de la langue biblique.

La période des Tannaïm de -530 à +200, les Sages auteurs de la Michna, à savoir le premier recueil de textes de la littérature rabbinique qui compose la Thora orale, écrite presque exclusivement en hébreu mishnique de cette époque, s’étend sur sept siècles, du début de la période du Second Temple à la clôture de la Mishna par l’académie de Juda Hanassi. « Pour qui consent admettre le témoignage des textes tannaïtiques [de la Michna], la survie de l’hébreu jusqu’au début de l’ère chrétienne est donc un fait indubitable. Toutefois la pénétration de l’araméen n’est pas niée pour autant: les mêmes textes apportent trop de preuves du bilinguisme des maîtres de la Michna. Cela confirme la coexistence en Judée des deux langues parlées, rendue de plus en plus nécessaire par l’afflux des pèlerins à Jérusalem et par la place qu’avaient su prendre dans le Temple les prêtres d’origine babylonienne [c’est-à-dire Juifs revenus de l’Exil]. Les découvertes archéologiques […] confirment largement ce bilinguisme et font même apparaître un trilinguisme où le grec a également sa part » (HAD1992, p.61-62).

« Mais la découverte la plus importante est sans contredit celle d’une dizaine de lettres de la même période – parmi lesquelles deux missives du chef de la révolte juive, Simon fils de Kosiba – toutes deux écrites en hébreu mishnique […]. Voilà qui confirme donc la thèse selon laquelle l’hébreu mishnique a été une langue parlée dans la population de Judée aux époques perse [-538 à -330] et gréco-romaine [-330 à environ +500] » (HAD1992, p.62-63).

« Ebranlé dans ses fondements depuis l’Exil de Babylone [-586 à -538], l’hébreu a donc vécu tant bien que mal plus de huit siècles [-V à +III], avant de se réfugier pour 16 autres siècles [+IV à +XX] dans les livres et les lieux de prière » (HAD1992, p.74). Aux +XIX et +XX siècles, l’hébreu biblique muni de nombreuses adjonctions est redevenu une langue parlée.

La disparition de l’hébreu parlé et la fixation du texte biblique

A très long terme, au cours des siècles, la progressive disparition de l’hébreu parlé a été à l’origine de deux phénomènes conjoints : L’ajout des voyelles et la fixation du texte biblique.

« A l’origine, le texte de l’hébreu biblique était consonantique, ce qui constituait l’élément stable du texte, tandis que les voyelles, éléments plus altérables, connurent des changements au cours de l’histoire de la transmission du texte. La grande uniformité de la partie vocalique et consonantique [dans le texte de la Bible hébraïque actuelle] trahit l’uniformisation par les scribes au cours des âges » (ETO2016, p.4).


La présence de matres lectionis (mater lectionis au singulier) facilitant la lecture est un phénomène qui ne concerne pas seulement la Bible hébraïque, mais toutes les écritures dont les alphabets ne comportent à l’origine que des consonnes:
Wikipédia: « Une mater lectionis (expression latine se traduisant par mère de lecture) est une semi-consonne d’un abjad (=alphabet consonantique hébreu, arabe, etc.) qui permet de noter une voyelle dans un système d’écriture défective, c’est-à-dire dans lequel les voyelles ne figurent pas dans le texte, qui est uniquement composé de consonnes ».

Le grec n’étant pas une langue sémitique, mais une langue indo-européenne dont l’écriture comprend les voyelles dès l’origine, lorsque le grec a hérité l’alphabet sémitique consonantique phénicien, les consonnes gutturales faiblement prononcées qui servaient de matres lectionis ont été naturellement converties en voyelles: ainsi est né l’alphabet consonantique et vocalique grec:

« Le témoignage antique le plus frappant est celui de l’alphabet grec qui a très peu modifié l’ordre de l’alphabet emprunté aux peuples d’Orient. L’innovation grecque la plus marquante fut l’introduction de voyelles obtenues en modifiant la valeur des signes qui n’avaient pas de son correspondant en grec: alef est devenu A, hé E, het H, yod I et ayin O. Après quelques hésitations, le sens de l’écriture se fixa de gauche à droite, contrairement aux usages orientaux » (HAD1992, p.24).

« Dans l’alphabet grec, les sons gutturaux faibles du phénicien (presque identiques à ceux du paléo-hébreu) servent à indiquer des voyelles. Alaph devient alpha; he devient epsilon; het devient eta; yod devient yota; ayin devient omicron; et waw devient upsilon » (ETO2016, p.9).


« Dès lors, déjà à l’époque de la rédaction de la Bible hébraïque, on a indiqué la présence de certaines voyelles grâce au « détournement » de trois consonnes, le yod י, le waw ו et le hé ה » (Cours d’hébreu en ligne de l’Université de Genève).

« Déjà, en hébreu biblique [premier millénaire avant notre ère], on relève un certain nombre de lettres [consonnes] qui n’ont d’autre rôle que de faciliter la lecture: par exemple un hé final [ה] indique que le mot se termine par une syllabe ouverte (généralement a, plus rarement o ou é), un yod devant un mem final marque la terminaison du pluriel im [ימ].
Ce type de lettres a été appelé matres lectionis par un grammairien chrétien du +XVI siècle, Guidacerius, dans son Peculium agnathi, en 1537, et c’est ainsi qu’on continue de les désigner. L’usage de ces lettres aboutit à la scriptio plena (héb: ketiv malé, grande écriture) par opposition à la scriptio defectiva (héb: ktiv haser, écriture incomplète) » (HAD1992, p.77-78).

Les manuscrits bibliques découverts à Qumrân [datant du -III siècle au +I siècle, donc de -300 à +100] présentent une tendance très marquée à la scriptio plena; on y trouve en effet beaucoup plus de matres lectionis que dans le texte massorétique de la Bible fixé ultérieurement » (HAD1992, p.78).

« Dans le texte massorétique, seules les voyelles longues sont indiquées par des matres lectionis, dans d’autres textes, p. ex. les manuscrits de Qumrân, on s’en sert également pour marquer les voyelles brèves. Un emploi non exagéré des matres lectionis facilite la lecture du texte consonantique, mais cette ‘vocalisation linéaire’ ne suffit pas pour fixer en détail la prononciation » (LET1980a, p.12):

« Très tôt on a introduit l’usage d’indiquer dans les textes écrits des voyelles à l’aide de certaines consonnes. Ces consonnes étaient hé, waw, yod et alef.
Au début, hé, waw et yod étaient employées à la fin d’un mot pour indiquer les voyelles finales.
Plus tard waw et yod pouvaient également avoir une valeur vocalique au milieu d’un mot.
Ces consonnes marquant des voyelles portent le nom traditionnel de matres lectionis (mères de lecture).
Ainsi, dans le texte massorétique, la mater lectionis hé (uniquement à la fin d’un mot) peut marquer a, e et o, waw un u et o, yod un e et i, et alef peut marquer toutes les voyelles longues » (LET1980a, p.11-12):


« Tant qu’il fut une langue parlée, l’hébreu fut noté de manière purement consonantique [donc avec les consonnes seules], sans adjonction de voyelles; la familiarité du lecteur avec la langue lui permettait en effet de reconnaître les mots dans leur contexte.
La grammaire de l’hébreu n’avait également jamais été codifiée. Dès l’époque biblique, il existait plusieurs façons de dire et par la suite, l’hébreu semble avoir évolué en toute liberté. Quand l’hébreu cessa d’être parlé, sans doute vers l’an +200, l’imprécision de la notation consonantique et l’absence de règles grammaticales normatives durent être ressenties comme des obstacles à sa conservation. C’est ainsi qu’entre le +V et le +VII siècle [+400 à +700], on vit s’élaborer divers systèmes vocaliques, lesquels servirent de point de départ à une nouvelle science hébraïque: la grammaire » (HAD1992, p.77).

« C’est surtout la disparition du sanctuaire central à Jérusalem en l’an +70 [lors de la première guerre judéo-romaine] qui a rendu plus pressant le besoin d’un texte des écritures saintes officiellement reconnu. Vers l’an +100 le texte consonantique a déjà dû avoir été fixé à l’aide de manuscrits anciens » (LET1980a, p.4).

« Après la chute du temple en +70 de notre ère [lors de la première guerre judéo-romaine], les rabbins fixent le texte saint dans ses moindres consonnes. Toutes les autres familles textuelles qui existent auparavant disparaissent alors du judaïsme. Celles-ci ne nous sont donc plus accessibles que par quelques rares trouvailles archéologiques et des témoins issus d’autres mouvements religieux. Le respect de la lettre des consonnes dès lors fixées est fondamental pour le judaïsme postchrétien » (Cours d’hébreu en ligne de l’Université de Genève).

« C’est à l’époque de Rabbi Aqiba (+50 à +135, donc début +II siècle), dont la méthode exégétique [=interprétation du texte] suppose une attention aux moindres détails scripturaires, que l’on fait généralement remonter l’unification du texte consonantique.
Le respect du texte était tel aux yeux des rabbins qu’ils ne s’octroyèrent le droit de modifier aucune lettre, aucun mot qui leur parut litigieux. […]. On appliquait en effet à la présentation même du texte l’injonction biblique concernant les commandements divins: ‘Tu n’y ajouteras rien et tu n’en retrancheras rien’ (Deutéronome 13,1) car ‘l’omission ou l’addition d’une seule lettre peuvent entraîner la destruction de tout l’univers’ (avertissement de Rabbi Ishmaël à Rabbi Méir qui était scribe de son métier (Eruvin 13a), p.174) » (HAD1992, p.78).


Les deux manuscrits chrétiens anciens comportant à la fois d’importantes parties de l’Ancien Testament et du Nouveau Testament, le Codex Sinaiticus et le Codex Vaticanus, n’ont pas de valeur directe pour la Biblia hebraica, car ils contiennent la version grecque dite des Septante de l’Ancien Testament, et non le texte biblique hébreu. On peut dire que la Bible juive grecque est plus ancienne que la Bible juive hébraïque.

« Le Codex Sinaiticus est un des deux plus anciens manuscrits de la Bible — avec le Codex Vaticanus — qui rassemble à la fois l’Ancien et le Nouveau Testament. Classé par Gregory-Aland no 01 ou א, c’est un codex de la Bible, écrit en caractères de type oncial et datant du IVe siècle, entre +325 et +360. Il contient des parties du texte de la Septante de l’Ancien Testament, la totalité du Nouveau Testament, l’Épître de Barnabé et le Pasteur d’Hermas » (Wikipédia).

« Le Codex Vaticanus (Vat. gr. 1209; Gregory-Aland no. B ou 03) est un manuscrit sur vélin en écriture grecque onciale daté du IVe siècle (+300 à +400) conservé à la Bibliothèque apostolique vaticane. Il est, avec le Codex Sinaiticus, le plus ancien manuscrit connu qui transmette le texte quasiment complet de l’Ancien et du Nouveau Testament. Cependant, plusieurs portions en sont manquantes » (Wikipédia).

« Un codex (pluriel : codex ou, pluriel savant, codices) est un cahier formé de pages manuscrites reliées ensemble en forme de livre. Cet ancêtre du livre moderne s’est répandu dans le monde romain, à partir du +I siècle [0 à +100], pour progressivement remplacer le rouleau de papyrus (le volumen) grâce à son faible encombrement, son coût modéré, sa maniabilité et la possibilité qu’il offre d’accéder directement à n’importe quelle partie du texte. En s’imposant définitivement au +V siècle [+400 à +500], le codex constitue un changement de paradigme dans l’histoire du livre en modifiant la forme même du support de lecture tout en reprogrammant les gestes et les usages entourant la pratique » (Wikipédia).

La naissance du texte massorétique de la Bible juive


Quelques siècles plus tard, lorsque l’hébreu était déjà devenu plus ou moins une langue morte, des savants juifs appelés massorètes (de l’hébreu Massorah, tradition), ont muni le texte consonantique de voyelles et d’accents pour fixer le plus exactement possible la prononciation traditionnelle des voyelles et la récitation du texte » (LET1980a, p.4).


« La langue de la Bible hébraïque est une réalité tout autre que monolithique. Elle recouvre une phase historique très vaste, qui a probablement donné naissance à des phénomènes linguistiques hétérogènes [=très différents, de sources diverses]. L’aspect unitaire, unifié, de l’hébreu biblique doit être attribué fondamentalement à l’activité de nivellement opérée par les massorètes, qui en vocalisant le texte ont généralisé une norme linguistique fortement unie » (FER2025, p.55, traduction par nos soins).

« De ce qui a été dit on peut conclure que chaque grammaire de l’hébreu biblique est en fait une grammaire de la langue sous sa forme massorétique. Mais déjà depuis presque mille ans, l’hébreu n’était plus une langue parlée. La prononciation des massorètes est fortement influencée par l’araméen. Les transcriptions grecques et latines [anciennes, La Septante grecque et la Vulgate latine notamment,] nous montrent que leur vocalisation n’est pas identique à la prononciation plus ancienne de l’hébreu. Comme ils ont appliqué leur système de vocalisation à tout l’Ancien Testament, le texte traditionnel nous laisse entrevoir assez peu de l’évolution que l’hébreu a connue pendant son existence plus que millénaire » (LET1980a, p.4-5).


Un excès de matres lectionis alourdit le texte et le rend difficile à lire, raison pour laquelle les scribes des siècles suivants ont réduit le nombre de matres lectionis en les remplaçant par divers systèmes de notations des voyelles au travers de points diacritiques.

Cette fixation du texte biblique, désormais intouchable à la lettre près, explique que les scribes ultérieurs, les massorètes, ne s’octroyèrent plus le droit de supprimer les matres lectionis alors qu’ils précisaient la prononciation des voyelles au travers de signes diacritiques. N’osant plus modifier le texte, ils ajoutèrent des commentaires en marge formant la Massorah, afin de préciser le sens de certains mots ou passages difficiles.

« Avec le temps et à la faveur du remplacement des rouleaux par des codices – les ancêtres de nos livres -, apparurent des notes marginales [au texte biblique immuable] de plus en plus abondantes, qui constituent la Massorah au sens étroit du terme [d’où le nom de massorètes]. On les divise en Massorah parva composée de notes brèves tracées dans les marges verticales et Massorah magna, développement de la précédente, consignées en haut et en bas de la page. [Le contenu de cette Massorah sera précisé lors de la deuxième rencontre sur cinq]. […] » (HAD1992, p.79).

« L’établissement de systèmes de vocalisation et d’accentuation constitue une partie importante de l’activité massorétique. Les voyelles notaient la prononciation traditionnelle [et non celle du paléo-hébreu d’avant l’exil à jamais perdue], tandis que les accents fournissaient au texte à la fois sa ponctuation et sa mélodie [cantillation]. Le recours aux matres lectionis [supplémentaires] impliquait une infraction à ‘tu n’y ajouteras rien’. On chercha donc d’autres voies » (HAD1992, p.79-80).


« Des divergences n’en subsistèrent pas moins d’une école [rabbinique] à l’autre, particulièrement entre Palestiniens et Babyloniens [la diaspora des descendants des Juifs de l’Exil du -VI siècle demeurés en Mésopotamie] (HAD1992, p.79).

« On utilisa un point diacritique qui, selon qu’il était placé au-dessus ou au-dessous du mot, permettait de distinguer très approximativement le timbre de la voyelle. On recourut également à un point qui, placé à l’intérieur de certaines lettres [consonnes] susceptibles d’avoir deux prononciations, indiquait la prononciation dure (plosive). Ce même point, le dagesh, pouvait également marquer le redoublement de la lettre. Un trait, le rafé, avait la valeur inverse. […].
L’insuffisance d’une semblable notation rendit nécessaire la recherche de procédés plus précis. Le syriaque (araméen oriental), confronté à des difficultés analogues, commençait à utiliser des petites voyelles grecques placées au-dessus des consonnes pour aider à la lecture. Ce procédé fut adopté dans les cercles juifs de Babylonie. Ainsi naquit au +VI siècle (+500 à +600) le système dit ‘babylonien’ qui note au-dessus des lettres six voyelles, ā, a, i, e, o, u, représentées par des lettres hébraïques schématisées. On en a retrouvé des traces au Yemen et en Crimée.
Parallèlement, d’autres essais se développaient en terre d’Israël où les six voyelles étaient représentées par des traits ou des points placés au-dessus des lettres. Dans ce système dit ‘palestinien’, la vocalisation partielle, restreinte à ce qui peut prêter à équivoque est courante; elle se rencontre également dans les manuscrits samaritains. » Cela signifie que dans ce système qui n’a pas été retenu, les voyelles ne sont notées que lorsque leur connaissance est jugée indispensable à la compréhension du sens du texte (HAD1992, p.80).

Les éditions successives de la Biblia Hebraica


« A côté du système babylonien il y a eu un ‘système de ponctuation’ palestinien. Ce dernier est considéré comme le stade préalable au système de Tibériade auquel sont liés les noms des familles Ben Asher et Ben Nephtali de Tibériade (fin +VI siècle à début +X siècle, donc environ +570 à +930). Le ‘texte reçu’ des anciennes Bibles hébraïques est un texte mixte; la troisième édition de la Biblia Hebraica, éditée par R. Kittel (=BHK3, Stuttgart +1929 à +1937), et ses réimpressions offrent le texte de Ben Asher, à savoir le Codex Leningrandensis. Ce codex est aussi à la base de la nouvelle édition de la Bible hébraïque qui a été publiée par K. Elliger et W. Rudolph sous le nom de Biblia Hebraica Stuttgartensia (=BHS), Stuttgart +1968 à +1976) » (LET1980a, p.4).


« Aharon ben Asher, mort en +960 à Tibériade, (hébreu : אהרון בן משה בן אשר Aharon ben Moshe ben Asher, arabe : Abū Saʿīd Hārūn) est un scribe juif. Membre d’une éminente famille de massorètes tibériens [=de Tibériade, sur la côte ouest du Lac de Galilée], il est l’auteur du Codex d’Alep, considéré comme la copie la plus fiable du texte de la Bible hébraïque, ainsi que de nombreux ouvrages fixant le système de vocalisation et de cantillation de l’hébreu biblique. Les marques de vocalisation, qui sont écrites sous, sur, et dans la lettre, sont toujours d’usage en hébreu moderne » (Wikipédia).

« Eléments biographiques: Aaron ben Moshe descend d’une lignée de massorètes établis à Tibériade depuis cinq ou six générations. Son père, Moshe ben Asher, serait l’auteur du Codex Cairensis (rédigé vers 895 de l’ère commune). Le fondateur de la lignée, ‘Asher Hazaqen Hagadol‘ (le grand ancêtre Asher) aurait vécu dans la seconde moitié du VIIIe siècle [+750 à +800], et aurait été contemporain d’Anan ben David, traditionnellement considéré comme le fondateur du karaïsme, un mouvement juif ne s’appuyant que sur la Bible hébraïque, adversaire du judaïsme rabbinique traditionnel et de son Talmud. La date de son décès n’est pas connue avec certitude, mais dans une lettre datée de +989, il est dit qu’il ‘repose dans le jardin d’Éden' » (Wikipédia).

« Sefer Dikdouke HaTe’amim (Livre des Règles Précises sur les Accents): L’une des contributions les plus durables de Ben Asher est son Sefer Dikdouke HaTe’amim (Livre des Règles Précises sur les Accents), également appelé Ma’hberet Ben Asher, recueil de règles grammaticales et de savoir massorétique sur les marques de cantillation (taamei hamiqra). Rédigé en hébreu, il est composé de deux parties, grammaticale et massorétique, dont la première est écrite en prose rimée. Elle traite principalement de phonologie, de la façon correcte de noter le shewa, de morphologie et établit une distinction entre lettres de base et lettres fonctionnelles.
Le Dikdouke HaTe’amim peut être considéré comme le summum en matière de littérature massorétique et montre, notamment dans sa théorie des formes, l’influence de la grammaire arabe. Cependant, le traité ne peut pas encore être considéré comme véritablement grammatical, son objet n’étant pas l’étude du langage mais la préservation d’une tradition d’écriture et de prononciation » (Wikipédia).

« D’après les indications consignées dans les dernières pages du Codex d’Alep, la copie du texte aurait été réalisée en terre d’Israël aux alentours de +920 par un scribe du nom de Shlomo ben Bouya’a, avant d’être vérifiée, vocalisée, accentuée et dotée de notes massorétiques par Ben Asher.
Le soin apporté par Ben Asher à ses travaux devient rapidement une garantie. En 989, le scribe anonyme d’un manuscrit des Prophètes promeut son livre en assurant l’avoir vocalisé et ajouté les notes massorétiques ‘d’après les livres qui ont été [vocalisés] par Aaron ben Moshe Ben Asher‘.
De même, Moïse Maïmonide [+1138 à +1204] écrit, en faisant référence à un manuscrit des vingt-quatre Livres de la Bible, en provenance de la terre d’Israël et se trouvant à l’époque en Égypte (ce qui correspond fortement à la description du codex d’Alep) : ‘Tous se fiaient dessus, étant donné qu’il a été corrigé par Ben Asher, et qu’il a été travaillé et analysé par lui de nombreuses années, et a été révisé plusieurs fois selon la Massorah ; je me suis moi-même fondé sur ce manuscrit dans le Sefer Torah que j’ai écrit’. De plus, la confiance accordée par une autorité aussi importante que Moïse Maïmonide à ce livre, (même s’il ne s’y réfère que par rapport à la division du texte en sections ouvertes et fermées, et non au texte lui-même) lui confère un sceau d’autorité suprême.
Le texte massorétique établi par Aharon Ben Asher est considéré comme le correctif par excellence de toute édition de la Bible hébraïque depuis. Toutefois, les Bibles juives suivent en certains endroits la tradition concurrente de Moshe ben Naphtali » (Wikipédia).

« Le Codex d’Alep (en hébreu כֶּתֶר אֲרָם צוֹבָא Keter Aram Tsova) est la plus ancienne version connue de la Bible hébraïque selon la Massorah tibérienne. Il aurait été écrit entre 910 et 930 de notre ère, en terre d’Israël.
Bien qu’il ne soit plus complet depuis 1947 (environ un tiers de ses quelque 490 pages originales manquent, entre autres la plus grande partie de la Torah), contrairement au Codex de Léningrad, il demeure la plus grande autorité en matière de Massorah (« transmission », la tradition par laquelle les Écritures hébraïques ont été préservées à travers les générations[1]), et donc le plus fiable concernant le texte biblique, ses signes diacritiques (nikkudot), sa vocalisation et sa cantillation. […]. Le Codex d’Alep est inscrit le 8 février 2016 sur la liste des biens du patrimoine mondial » (Wikipédia).

« Selon les indications laissées dans les dernières pages du Codex d’Alep, ses consonnes auraient été copiées par un scribe du nom de שלמה בן-בויאעא Shlomo ben Bouya’a dans la région de Tibériade, aux alentours de 920. Le texte fut ensuite vérifié, vocalisé, et doté de notes massorétiques par Aharon ben Moshe ben Asher. Celui-ci était le dernier et plus illustre descendant de la famille Ben Asher, scribes et massorètes éminents depuis cinq générations, ayant établi la version la plus exacte de la Massorah, donc de la Bible hébraïque » (Wikipédia).

« Le 2 décembre 1947, lors des émeutes anti-juives qui font suite à la décision de l’ONU de créer un État juif sur une partie de la Palestine, le codex conservé dans la grande synagogue d’Alep a été jeté au sol et éparpillé. Malgré ce qui est souvent dit, on n’a pas trouvé de trace de feu, mais une partie des pages ont disparu, sans doute emportées par des émeutiers ou par des membres de la communauté. Il est possible qu’elles aient brûlé, mais le reste du codex ne porte pas de trace de flammes.
Le codex a alors été caché pendant une dizaine d’années par la communauté juive de Syrie, jusqu’à ce qu’il parvienne en Israël en 1958. Sur les parties manquantes, une page a été restituée en décembre 1982 par une famille juive d’Alep émigrée à Brooklyn, aux États-Unis » (Wikipédia).

« Après la ‘canonisation’ du texte selon l’école de Ben Asher (env. +915), le dernier des massorètes, les différentes versions sont compilées et critiquées, menant à l’aboutissement du processus aux alentours de +1425″ (ETO2016, p.18).


« Le système de Tibériade [localité située sur la rive occidentale du Lac de Galilée], probablement inventé dans les académies de cette ville vers le +VIII siècle (environ +650 à +850), est postérieur aux deux autres [babylonien et palestinien]. A partir du +XII siècle (+1100 à +1200), il les évince dans la plus grande partie du monde juif. Il comporte sept signes [de voyelles] dont les noms se réfèrent tantôt à la prononciation de la voyelle, tantôt à son dessin. […].
C’est seulement à partir du grammairien David Qimhi (+1160 à +1235, donc +XIII siècle) qu’on a commencé à établir des oppositions de quantité entre voyelles: à la série des longues, répond ainsi la série des brèves; mais cette opposition est peu sentie dans la prononciation, à la différence de l’opposition très marquée en arabe entre voyelles longues et voyelles brèves. […].
Le système de Tibériade n’apparaît pas encore tout à fait stabilisé au +XIII siècle (+1200 à +1300). Certains manuscrits ne différencient pas le qamas du patah ou le séré du ségol. Ce système a cependant fini par atteindre une stabilité que les autres n’ont jamais connue et c’est ce qui sans doute explique partiellement son succès » (HAD1992, p.81-82).

« On remarquera donc que si les consonnes ont été fixées définitivement au Ier s. de notre ère, les voyelles ne le sont que neuf siècles plus tard. Les voyelles reflètent donc un état de la langue plus récent que les consonnes » (Cours d’hébreu en ligne de l’Université de Genève).

Jusqu’en +1425, la fixation du texte par Ben Asher n’avait pas encore mis fin à la concurrence de diverses variantes textuelles. D’autres traditions existaient encore, notamment celle de Ben Nephtali, et la diffusion des textes restait manuscrite avant l’invention de l’imprimerie vers +1450 par Johannes Gutenberg. Autrement dit, le processus massorétique ne s’est pas achevé une fois l’oeuvre de référence produite par Ben Asher, mais lors de sa reconnaissance universelle, normative et incontestée, et donc de la stabilisation définitive de la transmission manuscrite puis imprimée du texte.


Le Codex Leningradensis = Le codex manuscrit de Leningrad B19a (ML) constitue le texte hébreu de la Biblia Hebraica Stuttgartensia (BHS), publiée en +1977, à partir duquel sont traduites toutes les Bibles en toutes les langues modernes.

« Le Codex de Léningrad (Codex Leningradensis), daté en +1008 de notre ère, est la plus ancienne copie du texte massorétique de la Bible hébraïque subsistant dans son entièreté. Il a, selon son colophon, été écrit sur la base du Codex d’Alep, rédigé quelques décennies plus tôt, mais dont certaines pièces ont été endommagées ou manquent depuis +1947.
Le Codex de Léningrad a servi de base à la Biblia hebraica en +1937 et à la Biblia Hebraica Stuttgartensia (BHS) en +1977, qui en sont une transcription presque exacte. Il sert également de source primaire pour les chercheurs tentant de reconstituer les détails de la partie manquante du Codex d’Alep » (Wikipédia).

« Le texte biblique, tel qu’écrit dans ce Codex de Léningrad, comprend le texte hébraïque avec les diacritiques de vocalisation (nikkoud) et de cantillation d’après la Massorah tibérienne (=de Tibériade). Il comporte en outre des notes massorétiques en marge. Divers suppléments techniques, traitant de détails textuels et linguistiques, figurent pour la plupart sous forme géométrique élaborée. Ce codex est rédigé sur parchemin et relié en cuir.
D’après son colophon, le Codex de Léningrad aurait été copié en +1008 au Caire à partir de manuscrits d’Aharon ben Moshe ben Asher et vendu à la communauté karaïte de Damas en +1489. Bien qu’il ait été affirmé qu’il avait été réalisé dans le scriptorium de Ben Asher lui-même, il n’y a aucune preuve que ce dernier l’ait jamais eu sous les yeux. Fait exceptionnel pour un codex massorétique, c’est le même copiste, Samuel ben Jacob, qui écrit les consonnes, les voyelles et les notes massorétiques.
Il est actuellement conservé à la Bibliothèque nationale de Russie, sous le nom de catalogue Firkovich B19a. Son précédent propriétaire, le collectionneur karaïme Abraham Firkovich, n’avait laissé dans ses papiers aucune indication sur la façon dont il avait acquis ce codex, lequel fut transféré à Odessa en 1838 et porté plus tard à la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg » (Wikipédia).


« La Biblia Hebraica Stuttgartensia (BHS), [qui est la version publiée actuellement de la Bible hébraïque], a pris la suite de la Biblia hebraica de Rudolf Kittel (BHK), de +1937, reproduisant le textus receptus publié au +XVI siècle » (Wikipédia).


« La Biblia Hebraica Stuttgartensia (BHS) est une édition du texte massorétique de la Bible hébraïque tel qu’il est préservé dans le Codex de Léningrad, augmenté de notes massorétiques. Il est publié par la société biblique allemande à Stuttgart. La BHS est généralement considérée, aussi bien par les chrétiens que par les Juifs, comme une édition extrêmement fiable des Écritures hébraïques, ainsi qu’un texte critique d’une grande utilité. Elle est la version de l’Ancien Testament la plus diffusée actuellement. Sur certains détails massorétiques toutefois, des érudits ont montré une préférence pour des éditions basées sur le Codex d’Alep » (Wikipédia).


« Une nouvelle édition, la Biblia Hebraica Quinta (BHQ) est en cours d’édition [en 2026] (Quinta, c’est-à-dire cinquième, puisque la BHK a connu 3 éditions), elle aussi basée sur le Codex Leningradensis, mais renouvelle l’apparat critique (en prenant en compte notamment Qumrân). Sont déjà publiés : les Megilloth, Esdras et Néhémie, le Deutéronome, les Proverbes et les 12 petits prophètes » (Wikipédia).

« La Biblia Hebraica Stuttgartensia (BHS) est éditée depuis des décennies, alors que la Biblia Hebraica Quinta (BHQ) est en cours d’édition et vise à remplacer la première. […]. Au moment de la publication de ce Manuel [2023], la BHQ n’est éditée qu’à 40%. […]. Le fait que les deux éditions de la Biblia Hebraica présentent des différences au niveau de la disposition du texte et des annotations massorétiques, alors qu’elles se basent sur le même codex manuscrit de Léningrad B19a (ML), demande une explication en amont. C’est la raison pour laquelle le Manuel présente longuement ce manuscrit, avant d’expliquer les choix éditoriaux qui mènent à ces deux éditions de la BHS et de la BHQ ainsi que la terminologie qu’elles utilisent. Que l’on soit tout de même rassuré, les deux éditions contiennent en substance le même texte biblique » (HIM2023, p.5-6).

Résumés de l’histoire de l’hébreu biblique et de la Bible hébraïque


« En ce qui concerne la très vaste phase historique qui commence avec l’âge du fer jusqu’à la période byzantine, il est possible de présenter une périodisation […] basée sur les principales sources et oeuvres littéraires produites en ces siècles: le Bible et le corpus de la litterature rabbinique (Mishna, Talmud, Midrash):
1) Hébreu biblique archaïque, représenté principalement par la poésie du Pentateuque (Ge, Ex, Lv, Nb, Dt) et les premiers prophètes.
2) Hébreu biblique standard, identifiable à la prose biblique [livres historiques].
3) Hébreu biblique tardif, comme il apparaît dans les Chroniques et dans d’autres livres tardifs [Daniel, Jonas, Job, Proverbes, etc.].
4) Hébreu mishnaïque, mishnique ou rabbinique »
(FER2025, p.53, traduction par nos soins).

  • Sur ce tableau, l’akkadien ostsemitisch (sémitique de l’est) n’est pas mentionné à l’origine de l’assyrien et du babylonien. Il a servi de Verkehrssprache (lingua franca, comme l’anglais aujourd’hui) dans tout le Moyen-Orient avant l’araméen qui l’a remplacé depuis environ -800 à -700 jusqu’en -330 (en vert foncé).
  • L’araméen a alors, à son tour, été remplacé par le grec hellénistique après les conquêtes d’Alexandre le Grand [-330]. Le schéma montre que l’araméen à l’époque Perse a marqué l’hébreu sans le faire disparaître, contrairement aux autres langues nordsemitisch (sémitiques du nord, ammonite, moabite, édomite) qui ont disparu.
  • L’hébreu a survécu jusqu’au-delà de l’an +1000 en tant que Gelehrtensprache (langue érudite).
  • L’importance de l’ougaritique, puis du phénicien, qui sont à l’origine de l’alphabet, est soulignée jusqu’aux conquêtes d’Alexandre le Grand.
  • L’égyptien sudsemitisch (sémitique du sud) n’est pas mentionné aux côtés de l’arabe, qui devient, à son tour, lingua franca dans l’ouest du Moyen-Orient à partir des conquêtes de l’Islam depuis +622 (Hégire).
  • Le schéma montre que l’hébreu est une langue sémitique du nord apparue vers -1200, qui provient du groupe ancien westsemitisch (sémitique de l’ouest). L’hébreu n’a donc pour origine ni la Mésopotamie (d’où provient le patriarche Abraham selon la tradition biblique) ni l’Egypte (d’où proviennent Joseph et Moïse selon la tradition biblique). L’hébreu a été adopté par les Juifs en Canaan.
  • Les langues indo-européennes non sémitiques sont mentionnées dans la colonne à droite du schéma (perse iranien et grec).


Le PDF du résumé ci-dessous peut être téléchargé ici.

En dépit de la complexité de l’histoire de la langue, de l’écriture et de la Bible hébraïque, il est possible (et nécessaire afin d’en faciliter la compréhension et l’apprentissage) de dresser un résumé des principales étapes de cette histoire:

  1. A partir de -3000 ou même avant, les langues sémitiques se répartissent en trois sous-familles: sémitiques orientales (sumérien, akkadien, assyrien, babylonien); sémitiques du sud-ouest (égyptien, arabe, diverses langues africaines) et sémitiques du nord-ouest (araméen, ougaritique, phénicien, hébreu, moabite, amorrite, ammonite, moabite, etc.).
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  2. Que leur origine se situe en Mésopotamie (tradition d’Abraham) ou en Egypte (tradition de Moïse), ou aux deux endroits avant leur « conquête de la terre promise », ou qu’elle se situe en Canaan comme celle des autres peuples locaux, les Israélites en Canaan parlent une langue et utilisent un alphabet très semblable à celui des autres peuples de Canaan, donnant naissance à l’hébreu biblique ancien, qui est une langue sémitique du nord-ouest. Les tablettes de Tell el-Amarna en Egypte confirment le caractère cananéen de l’hébreu.
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  3. A partir de leur déportation en Babylonie en -586, puis de leur retour en Palestine en -538, autorisé par l’Edit de Cyrus, roi de Perse, les Israélites sont soumis à l’influence de l’araméen, la langue « internationale » du Moyen-Orient dans l’Empire perse (-538 à -330), qui remplace progressivement l’hébreu en tant que langue parlée par le peuple juif.
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  4. Dans les siècles qui précèdent et qui suivent l’Exil des Juifs à Babylone qui a lieu de -586 à -538, sont écrits la plupart des textes originaux de la Bible juive, c’est-à-dire dans une période s’étendant approximativement de -900 à -200. Aucun de ces manuscrits originaux en paléo-hébreu ou en écriture carrée ne subsiste aujourd’hui.
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  5. En -330, lors de la conquête du Moyen-Orient par le grec Alexandre le Grand, l’araméen est remplacé par le grec en tant que langue internationale, ce qui donne naissance à la société hellénistique, dans laquelle naîtra Jésus aux environs de l’an 0.
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  6. Dans l’Empire perse puis dans la société hellénistique, en raison de leur importante tradition littéraire sacrée, les Juifs conservent l’hébreu biblique comme langue sacrée aux côtés de l’araméen et du grec comme langues courantes parlées. Afin de conserver l’ancienne vocalisation du texte biblique, les scribes intercalent dans le texte des lettres consonnes qui indiquent en réalité des voyelles, d’où leur nom de matres lectionis (mères de lecture).
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  7. Jusqu’au +I siècle (environ +100), différentes versions des livres de la Bible hébraïque juive circulent en scriptio plena, avec beaucoup de matres lectionis, comme à Qumrân.
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  8. Les différentes formes de la langue hébraïque des écritures anciennes à l’origine de la Bible juive sont homogénéisées par la tradition rabbinique pour donner lieu à une première unification et une première fixation du texte sacré consonantique (avec les matres lectionis) aux environs de l’an +100, à l’époque de Rabbi Aqiba.
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  9. Dans les siècles qui suivent et jusqu’à la fin du premier millénaire de notre ère (aux environs de +1000), les massorètes appliquent progressivement leur formatage à l’ensemble des textes de la Bible juive, Tanack (Thorah, Neviim, Ketouvim), en leur ajoutant la Massorah (commentaire latéral au texte biblique), les voyelles, les signes de cantillation et la numérotation des versets, ce qui confère sa forme définitive au texte biblique hébraïque, qui diffère passablement de ses premières écritures en paléo-hébreu.
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  10. Avant +960, le scribe rabbinique massorète de Tibériade au bord du lac de Galilée Aharon ben Asher rédige le Codex d’Alep qui deviendra le manuscrit de référence fixant la vocalisation, la cantillation, les versets et la Massorah de la Bible juive.
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  11. Ecrit en +1008, le Codex Leningradensis est la plus ancienne écriture du texte massorétique de la Bible hébraïque subsistant aujourd’hui dans son intégralité. Il est basé sur le Codex d’Alep de Aharon ben Asher et il constitue le texte de base de toutes les Bibles actuelles.
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  12. En +1425 prend fin le processus de stabilisation du texte transmis de Tanack au travers de la mise à l’écart définitive des autres filières d’édition du texte biblique.
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  13. En +1937 Rudolf Kittel publie la Biblia hebraica (BHK) basée sur le Codex Leningradensis.
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  14. En +1967 et +1977 est publiée la Biblia Hebraica Stuttgartensia (BHS), elle aussi basée sur le Codex Leningradensis. Il s’agit de la version « officielle » actuelle de la Bible hébraïque juive que tout un chacun peut se procurer aujourd’hui, par exemple sur internet:
    – Amazon.fr – Biblia Hebraica Stuttgartensia marron rigide
    – Bibelshop.ch – Ancien Testament Interlinéaire hébreu-français
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  15. La Biblia Hebraica Quinta (BHQ), encore en cours d’édition en 2026 à partir du Codex Leningradensis, est appelée à terme à remplacer la BHS.

Conclusion: Dans un seul mot hébreu de la BHS actuelle, les consonnes datent d’avant le Ve siècle avant J.-C. ; les consonnes matres lectionis (indiquant des voyelles) datent d’entre le IIIe siècle avant J.-C. et le 1er siècle après J.-C. ; les voyelles diacritiques datent d’après le VIIe siècle après J.-C.. Donc les mots de la BHS ont été progressivement élaborés en deux millénaires par la tradition sacrée juive.


Le PDF du tableau présenté ci-dessous peut être téléchargé ici.

Conclusions d’ordre exégétique et théologique


Cette histoire longue appelle plusieurs commentaires de type exégétique (étude et commentaire de l’histoire et du sens des textes) et théologique (réflexion portant sur le sens des différentes expressions de la foi chrétienne):

  • Le texte canonique de la Bible hébraïque tel que nous la connaissons aujourd’hui fait référence pour la foi juive, chrétienne et musulmane. Cependant, il n’est pas raisonnable d’espérer ou de prétendre retrouver l’exacte forme littéraire et la parfaite prononciation originelle des textes, car ces dernières n’ont jamais été fixées de manière définitive dès le début et ont été réajustées par les scribes d’âge en âge en fonction de l’évolution de l’hébreu et de la mémoire imparfaite que l’on avait du paléo-hébreu d’avant l’Exil à Babylone au -VI siècle.
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  • La genèse de la Bible hébraïque juive est un processus de très longue durée. Il n’y a pas eu, à un moment donné très précis de l’histoire, l’apparition d’un texte inspiré et d’emblée considéré comme étant définitivement canonique. L’écriture, la langue, la reformulation et la reconfiguration des textes a évolué au cours des âges jusqu’à sa fixation tardive.
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  • L’hébreu biblique n’a pas été parlé tel quel dans l’Antiquité, puisque sa vocalisation par les massorètes date de plusieurs siècles après la fin de l’usage parlé de l’hébreu ancien.
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  • La Bible juive grecque des Septante présente une vocalisation plus ancienne d’un millénaire par rapport à la vocalisation massorétique de la Biblia hebraica, et c’est pourtant cette dernière qui fait actuellement office de référence en tant qu’écriture sainte.
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  • Le texte hébreu de la Bible juive et de l’Ancien Testament chrétien servant de base aux traductions en langues modernes a été établi au cours du Moyen Âge (période habituellement définie de +500 à +1500) par les massorètes juifs, plusieurs siècles après la fixation du Nouveau Testament, qui est donc paradoxalement « plus ancien » que l’Ancien Testament. Toutefois, si l’on considère comme canonique la version grecque de la Bible juive des Septante, cette dernière est plus ancienne que le Nouveau Testament qui date des premiers siècles de notre ère (0 à +300).
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Déroulement pratique de la première rencontre

  1. Accueil
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  2. Modus operandi: Etudier l’hébreu comporte des aspects faciles et plus ou moins difficiles:
    Les moments d’expérimentation permettront des expériences faciles et d’autres plus difficiles, adaptées au niveau d’avancement de chaque personne.
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  3. La première rencontre comprend beaucoup de matière. Nous aurons l’occasion de reprendre ces diverses données de plusieurs manières dans les prochaines rencontres.
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  4. Objectif minimal du mini-cours: Être à même de déchiffrer et d’analyser les mots hébreux à l’aide d’une Bible interlinéaire, d’un dictionnaire et d’une grammaire.
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  5. Présentation de la feuille du Résumé des principales étapes de l’histoire de l’hébreu biblique et de la Bible hébraïque: Présenter cette feuille des 22 étapes et de leur conclusion à l’aide des textes et des images de cette page internet. Distribuer également la feuille 5000 ans d’histoire de l’hébreu biblique dans le contexte du Moyen-Orient.
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  6. Distribuer et présenter les tableaux de L’alphabet consonantique hébreu et des Voyelles massorétiques de l’alphabet hébreu: Parcourir et expliquer toutes les colonnes du tableau des consonnes et les trois premières colonnes du tableau des voyelles.
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  7. Distribuer les 4 feuilles A4 de la Première expérimentation : Translittérer et prononcer l’hébreu. Lire, chacun à son rythme, les mots et les phrases et proposer un commentaire commun en temps voulu, en fonction de l’évolution de chacune et chacun.
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  8. Si le temps le permet, souligner les différentes conclusions exégétiques et théologiques (indiquées sur les feuilles d’expérimentation).
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  9. Discuter l’horaire et les groupes et présenter des propositions de travail en vue de la prochaine rencontre, avec un bref exposé des thèmes de la prochaine rencontre.
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Timing : Points 1-5 : 20h00 à 20h40 ; Point 6 : 20h40 à 21h20 ; Points 7-9 : 21h20 à 22h00.

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