Prédication à partir des témoignages de trois conseillères et conseiller de paroisse sortants

Faisant face à une participation très limitée des cultes réformés, les conseillères et conseillers de paroisse s’interrogent à propos des réformes nécessaires dans les Eglises réformées. Celles-ci apparaissent trop conservatrices, pas assez dynamiques, trop envahies par les questions administratives et surtout en manque de nouveaux membres jeunes susceptibles d’apporter les transformations nécessaires en vue d’une revitalisation des paroisses en perte d’influence sociale. Prédication sous forme d’interviews, de réactions et d’échos bibliques.

Voir la liste de mes prédications ordonnées par références bibliques.

Livre des Actes des Apôtres 2,42-47 : La première communauté

42 Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. 43 La crainte gagnait tout le monde : beaucoup de prodiges et de signes s’accomplissaient par les apôtres. 44 Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun. 45 Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun. 46 Unanimes, ils se rendaient chaque jour assidûment au temple ; ils rompaient le pain à domicile, prenant leur nourriture dans l’allégresse et la simplicité de cœur. 47 Ils louaient Dieu et trouvaient un accueil favorable auprès du peuple tout entier. Et le Seigneur adjoignait chaque jour à la communauté ceux qui trouvaient le salut.

Première épître de Paul aux Corinthiens 12,4-11 : Les dons de l’Esprit

4 Il y a diversité de dons de la grâce, mais c’est le même Esprit ; 5 diversité de ministères, mais c’est le même Seigneur ; 6 diversité de modes d’action, mais c’est le même Dieu qui, en tous, met tout en œuvre. 7 A chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien de tous. 8 A l’un, par l’Esprit, est donné un message de sagesse, à l’autre, un message de connaissance, selon le même Esprit ; 9 à l’un, dans le même Esprit, c’est la foi ; à un autre, dans l’unique Esprit, ce sont des dons de guérison ; 10 à tel autre, d’opérer des miracles, à tel autre, de prophétiser, à tel autre, de discerner les esprits, à tel autre encore, de parler en langues ; enfin à tel autre, de les interpréter. 11 Mais tout cela, c’est l’unique et même Esprit qui le met en œuvre, accordant à chacun des dons personnels divers, comme il veut.

Evangile de Matthieu 12,46-49 : La vraie famille de Jésus

46 Comme il parlait encore aux foules, voici que sa mère et ses frères se tenaient dehors, cherchant à lui parler. 47 Quelqu’un lui dit : « Voici que ta mère et tes frères se tiennent dehors : ils cherchent à te parler. » 48 A celui qui venait de lui parler, Jésus répondit : « Qui est ma mère et qui sont mes frères ? » 49 Montrant de la main ses disciples, il dit : « Voici ma mère et mes frères ; 50 quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, c’est lui mon frère, ma sœur, ma mère. »

Prédication lors du culte de remerciement aux trois conseillères et conseiller de paroisse, Mary-France Hofer, Laurence Adam et Bernard Huguelet, le dimanche 25 janvier 2026 à Péry, dans la Jura bernois, en Suisse.

Afin d’honorer les trois conseillères et conseiller de paroisse sortants, après plusieurs décennies de collaboration de leur part, il m’a semblé pertinent de leur donner la parole au travers d’une petite interview, en remettant pour l’occasion ma casquette de journaliste.

Je leur ai demandé d’évoquer les points forts et les points faibles de leur expérience en paroisse, ainsi que l’utilité qu’ils attribuent aux Eglises réformées dans la société actuelle. Je leur ai enfin demandé d’évoquer les points à améliorer en faveur de notre paroisse. Les résultats de ces brèves consultations me montrent que nous devrions écouter plus souvent les conseillères et conseillers de paroisse, et pas seulement lors de leur départ, comme maintenant.

Les témoignages des trois conseillères et conseiller de paroisse sortants


Je vous partage leurs trois points de vue, en terminant par quelques accents tirés des lectures bibliques. Bernard Huguelet regrette de ne pas avoir pu participer davantage, lorsqu’il était encore en activité, étant souvent à l’étranger. Mais il souligne, tout comme Mary-France Hofer, l’excellente collaboration au sein du conseil de paroisse, tout au long des années. Il dit avoir toujours éprouvé du plaisir à faire ce qu’il faisait, y compris lors de la tâche imposante de la gestion des bâtiments paroissiaux, qu’il a menée d’une main de chef.

Il livre une analyse critique de l’Eglise, du point de vue de sa communication. L’Eglise a un rôle à jouer dans la société, non seulement au travers des cultes, mais aussi de tout ce qui est social ; mais le canton et la société, dit-il, ne voient pas toujours ce qui se fait à l’intérieur de l’Eglise. L’idée que se font les gens de l’Eglise ne correspond pas à ce qui s’y fait réellement. Les gens seraient peut-être plus attachés à l’Eglise s’ils étaient mieux informés. Ils croient que l’Eglise, c’est le culte et le caté, et rien d’autre. On pense encore que les pasteurs, je cite Bernard, « enfilent l’histoire biblique avec un entonnoir dans les oreilles des jeunes, mais heureusement sur ce point, les opinions évoluent », conclut-il.

Mary-France livre un constat similaire, en renforçant le trait, avec deux constats négatifs. D’abord, depuis la fusion des trois anciennes paroisses en 2010, les tâches administratives ne font qu’augmenter. Il y a toujours plus de paperasse à régler, ce qui submerge le travail des conseillères et conseillers de paroisse. Ensuite, malgré tout ce travail, son constat est sans appel : La société actuelle n’a plus besoin de l’Eglise quand tout va bien. Les jeunes n’ont plus de temps à y consacrer. Elle se dit frappée par l’attitude de l’Eglise lors des services funèbres : On se plie en quatre pour accomplir tout ce que les gens demandent.

Elle rejoint Bernard, en regrettant que la population ne reconnaisse que les cultes, sans voir les soutiens sociaux et financiers que la paroisse octroie aux citoyens. Mais à ses yeux, le problème n’est pas avant tout externe. Il est interne à l’Eglise : C’est à partir de ses organes directeurs qu’il faudrait changer l’Eglise, en mettant les forces ailleurs. Les cultes répondent certes à des besoins, mais il faudrait trouver des nouvelles manières de faire, en suscitant une large consultation. Des jeunes au conseil de paroisse pourraient, à ses yeux, apporter de nouvelles idées. Il faudrait produire moins de cultes, peut-être un seul par mois, et beaucoup plus vivants, avec de la musique qui plaise aussi aux jeunes.

Je dois avouer que sur ces dernières considérations, je suis sorti, malgré moi, de ma casquette de journaliste, et ai exprimé à Mary-France que je n’étais pas entièrement d’accord avec elle. Je pense qu’imiter le style liturgique des églises évangéliques n’est pas notre vocation.

Le débat étant ainsi ouvert, je donne la parole à Laurence Adam, qui m’a répondu par écrit, et je lis son texte entier : J’ai trouvé intéressant, écrit-elle, de mieux comprendre comment fonctionne l’organisation de l’Eglise, de côtoyer de plus près les pasteurs. J’avais parfois l’impression qu’on perdait de vue les aspects spirituels en ayant trop la tête dans le guidon de l’administratif en n’étant pas assez visionnaire. On devrait peut-être reprendre les propositions d’Eglise 21. Aller à la rencontre des personnes distanciées de l’Eglise. L’Eglise est comme un phare dans la nuit ou une boussole dans notre société matérialiste et consumériste, qui défend des valeurs éthiques. Ses propos rejoignent les précédents.

Les deux principes progressiste et conservateur de l’Eglise selon Martin Luther (1483-1546), le fondateur du protestantisme


Il est difficile de prendre la parole, en tant que pasteur, après des déclarations aussi fortes, qui font état d’un souci réel quant à l’avenir de l’Eglise, et qui plus est, de l’intuition d’une urgente nécessité de réformes. Il faudrait trouver des nouvelles manières de faire, dit Mary-France, en suscitant une large consultation. De telles consultations existent, et les essais sont nombreux, mais pour l’instant, rien ne semble s’être imposé qui puisse renverser l’ancien modèle paroissial avec son culte et ses pratiques traditionnelles.

Faute d’en trouver de meilleurs, j’en viens à rappeler les deux principes de Martin Luther, le fondateur du protestantisme, à propos de l’Eglise. Le premier est progressiste, le second est conservateur. Luther affirme que l’Eglise est ecclesia semper reformanda : L’Eglise doit constamment être réformée, c’est un processus permanent, exigeant, obligatoire. Mais par ailleurs, Luther définit ainsi le principe permanent de l’Eglise : Là où la Parole de l’Evangile est prêchée, et là où sont célébrés les sacrements, le baptême et la sainte-cène, là est l’Eglise. Il n’est donc pas question, selon Luther, de bâtir une Eglise sans culte et sans fidélité à l’Evangile de Jésus-Christ. Fidélité et Réforme sont ses deux maîtres mots.

Trois considérations conclusives : Spiritualité et socialité ; Caisse de résonance ; Diversité et unité


Dans cette perspective, j’ajoute trois considérations en m’inspirant des textes bibliques lus ce matin. Premièrement, comme l’a rappelé Laurence, l’Eglise a une mission spirituelle dans la société, elle est ‘une boussole dans la nuit’ et elle ‘défend des valeurs éthiques’. C’est là un des sens possibles du texte de l’Evangile de ce matin, dans lequel Jésus définit l’Eglise comme étant sa propre famille spirituelle : « quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, c’est lui mon frère, ma sœur, ma mère » (Mt 12,50). La description de l’Eglise primitive à Jérusalem, après le départ de Jésus, confirme ce point de vue : « Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Ac 2,42). La spiritualité de l’Evangile est donc au cœur de l’Eglise, mais elle est complétée par ses aspects communautaires et humanitaires : Les disciples vivaient une intense « communion fraternelle » au Temple et à leur domicile et avaient le souci de « partager ‘leurs biens’ selon les besoins de chacun » (Ac 2,45).

Deuxièmement, il ne faut pas sous-estimer la caisse de résonance des Eglises réformées dans la société, qui va bien au-delà de leurs activités spirituelles et sociales. Si nous cessions d’exister, les Eglises évangéliques prendraient notre place, avec des idées religieuses nettement plus dures. En France, où il y a un pasteur protestant tous les 200 km en moyenne, l’Eglise réformée manifeste une forte présence sociale. Elle défend depuis deux siècles une foi libérale, souvent à l’encontre de la foi catholique majoritaire. A ma très petite échelle, selon la statistique fournie par mon hébergeur, 6613 personnes différentes se sont connectées sur mon site internet depuis le 1er janvier de cette année 2026, pour lire mes prédications et mes formations, ce qui correspond à 346 visites par jour (8515 en tout, étant donné que certains internautes reviennent plusieurs fois sur mon site).

Troisièmement, pour répondre au souci de la réforme des cultes, je pense aussi que des ‘Cultes autrement’, comme les appelle ma collègue Valérie Gafa, sont bienvenus dans nos Eglises. Nos Eglises sont multitudinistes et elles doivent donc tabler sur des publics diversifiés, ayant des attentes différentes. Cultes rock, cultes méditatifs, cultes réfléchis pour les uns ou les autres, selon la parole de l’apôtre Paul, qui conclut mon message : « Il y a diversité de dons de la grâce, mais c’est le même Esprit ; […]; diversité de modes d’action, mais c’est le même Dieu qui, en tous, met tout en œuvre » (1Co 12,4 et 6). Amen.

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