La modernité peut-elle survivre sans religion ?

Dans cette conférence présentée lors de la conférence internationale de l’ICCJ (International Council of Christians and Jews) à Aix-en-Provence, le 2 juillet 2013, je réponds en deux phases à la question qui m’est posée : « La modernité peut-elle survivre sans religion ? ». La conférence a été traduite en anglais:

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Dans une première partie de la conférence, je répond négativement à la question, en montrant que la modernité ne parvient pas à éliminer toutes les raisons qui conduisent les êtres humains, ou du moins certains d’entre eux, à adopter une attitude religieuse.

Dans la seconde partie de la conférence, j’apporte une précision à la réponse précédente, en soulignant que si la modernité ne supprime pas la religion, elle la modifie par contre en profondeur. L’établissement de la laïcité tend en effet à intérioriser et spiritualiser la religion, un processus déjà entamé au sein des monothéismes eux-mêmes.

Programme de l’ensemble de la conférence de l’ICCJ
Diverses contributions écrites et filmées, dont la mienne

Conférence publiée dans l’ouvrage “Juifs et chrétiens ensemble face à la modernité”, publié en 2020 aux éditions Parole et Silence, aux pages 231-244

La Bible : Un parfum, mille odeurs…

Un livre d’Ulrich Luz, publié en 1992 aux éditions Labor et Fides, portait le titre suivant : « La Bible: Une pomme de discorde ». En effet, censée fournir à la tradition judéo-chrétienne ses Écritures de référence, la Bible n’a cessé de la diviser, tout en lui donnant son unité. Les récits et les affirmations de la Bible, malgré leur intensité qui fait autorité, n’ont cessé de faire débat, de questionner et de poser problème, en suscitant de multiples écoles d’interprétation. Cet enseignement, qui a pour but de poser des bases et non d’approfondir, se présente sous la forme de deux fichiers PDF.

Le premier fichier décrit les principales traditions théologiques auxquelles appartiennent les auteurs bibliques, en indiquant les lignes essentielles de chacune et ses liens avec les autres traditions : PDF cliquez ici !

Le second fichier présente sous forme de tableau schématique les principales écoles de lecture de la Bible qui dominent le monde occidental contemporain, grosso modo du XIXème siècle à nos jours : PDF cliquez ici !

Ces documents ont servi de support à la formation donnée dans le cadre des Explorations théologiques à Sornetan, les vendredi 23 et samedi 24 novembre 2012.

La critique de l’histoire des Évangiles : Reimarus, Strauss, Renan et Bauer

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Si le siècle des Lumières fut celui du rationalisme, au XIXème siècle, toutes les disciplines scientifiques furent marquées par l’approche historique. En géologie, la stratigraphie conduisit à allonger considérablement l’âge de la Terre, en abandonnant définitivement la chronologie biblique. En … Continuer la lecture

Du multitudinisme de Jésus au confessionnalisme de Paul

Les ministères actuels de l’Église, y compris dans le protestantisme, trouvent leur origine dans les ministères qui se mettent progressivement en place dès la mort de Jésus, alors qu’il s’agit de le remplacer à la tête de la jeune communauté des disciples. La rapide disparition du Maître provoque toute une série de réactions en chaîne observables dans le Nouveau Testament, qui sont analysées dans cette formation : Alors que l’Église se confessionnalise et se sédentarise, la foi se spiritualise, tandis que les ministères se diversifient, s’institutionnalisent, se hiérarchisent et se fonctionnarisent, donnant peu à peu naissance à la structure complexe des cinq patriarcats puis de l’Église romaine, plus tard contestée par le protestantisme.

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Formation donnée à Neuchâtel le 27 octobre 2012, dans le cadre de la formation diaconale dispensée par l’Office Protestant de la Formation (OPF).

Emmanuel Kant : La religion de raison, la religion d’Église et la fausse religion

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Kant distingue entre la religion intérieure, fondée sur le sens du Bien inné à tout être humain, et la religion extérieure, fondée sur le message de l’Église qui est la personnification du Bien dans le Fils de Dieu. À ses yeux, lorsque la religion extérieure devient un but en soi, elle se mue en une fausse religion, car sa fonction est d’édifier la religion intérieure. Continuer la lecture

Le chemin qui mène à la vie

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Prétendre à la perfection intérieure, et du coup se passer de la grâce, est un non-sens spirituel. Le protestantisme ne l’a que trop souligné. À l’inverse, tout miser sur le simple effacement de nos fautes, au point de négliger ce travail intérieur de pacification du soi et de guérison intérieure, c’est ignorer la valeur irremplaçable de notre for intérieur. Selon certains mystiques, le siège de nos émotions et de nos pensées intimes est aussi la demeure du divin en nous : Une conscience à la fois sensible et fragile. Continuer la lecture

La mort est-elle un salaire ? Selon Romains 6,22-23

Le texte biblique

Romains 6,22-23 : Mais maintenant, libérés du péché et devenus esclaves de Dieu, vous portez les fruits qui conduisent à la sanctification, et leur aboutissement, c’est la vie éternelle. Car le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus Christ, notre Seigneur.

Le commentaire

Il est vrai qu’aujourd’hui, on parle volontiers de religion en termes de parcours de vie, de cheminement personnel, de spiritualité. Ces notions sont pertinentes. Elles expriment la réalité du vécu humain, sans cesse hésitant et évolutif, et trouvent un large écho dans la Bible. Les verbes de la première phrase de notre citation (libérer, devenir, porter, conduire, « aboutir ») illustrent cette progression. Hélas, l’emploi de ces notions (spiritualité, expérience religieuse, etc.) peut aussi cacher une crainte plus sournoise, celle de nous confronter à l’enseignement de la pensée religieuse, que l’on affuble du nom de doctrine, dont le sens est souvent devenu péjoratif.

Il nous serait pourtant difficile, en tant que protestants, de refuser de nous confronter à des passages doctrinaux aussi centraux que ceux de l’épître aux Romains, sachant que Luther et Calvin y puisèrent le cœur de la foi moderne. À notre décharge, il est vrai que c’est souvent par incapacité d’éviter de nous y achopper que nous les écartons si facilement. Nous avons oublié que la doctrine est avant tout une expression verbale de la spiritualité. Lorsqu’un maître spirituel veut enseigner son mode de vie religieuse, il crée sans le vouloir une doctrine, un enseignement spirituel.

Pourtant, les doctrines vieillissent. En raison de l’évolution des cultures, leurs logiques peuvent devenir difficilement compréhensibles. C’est le cas de cette saisissante affirmation de Paul : « le salaire du péché, c’est la mort ». Aujourd’hui, on ne se permet plus un tel raccourci. En effet, le péché concerne la conscience, la foi, la morale, tandis que la mort est perçue comme une donnée biologique liée à la cessation du métabolisme et de l’activité neuronale. À priori, les deux registres (le spirituel et le corporel) ne doivent pas être confondus, et pourtant, c’est à se demander si la mort physique ne peut pas être parfois la conséquence du mal vivre ? Elle l’est à l’évidence lors des meurtres et des guerres, et de façon moins évidence lors de certaines affections dites psychosomatiques, mais peut-on en faire une généralité ? À ce sujet, une catéchumène m’a d’ailleurs fait remarquer, le sourire aux lèvres, que les animaux ne pèchent pas et qu’ils meurent pourtant, ce à quoi un autre catéchumène a répondu que les animaux pèchent aussi. Pour se tirer d’affaire, les théologiens protestants ont parfois affirmé que la mort dont parle Paul n’est pas la mort biologique, mais la mort spirituelle. La pirouette est habile, mais elle ne résout pas tout.

Je vous propose de conclure en abordant le problème par l’autre bout : S’il n’y avait pas de mort biologique, serions-nous vraiment enchantés de vivre éternellement en un monde comme le nôtre ? La mort physique, autre que d’être le salaire du péché, n’en serait-elle pas aussi la délivrance ? Limiter la durée de notre vie terrestre serait donc une sage décision divine liée à notre comportement. La mort participerait ainsi à ce don de Dieu, la vie éternelle, qui recouvre et dépasse notre vie temporelle. D’où aussi la dynamique de la spiritualité chrétienne, en laquelle la mort et la vie, la souffrance et la délivrance, sont étroitement réunies dans le seul mouvement de la grâce.

La prière

Je te rends grâce, mon Seigneur et mon Dieu, de ce que tu m’as délivré du mal, de la mort et du péché. Cela, aucun homme, aucun dieu n’était en mesure de le faire. En toi je vis, alors que ta présence est encore cachée dans la fragilité de mon quotidien.

Article paru au printemps 2012 dans la Vie Protestante de Genève.

De l’animal à l’homme, entre continuité et discontinuité (biologie, théologie, éthique)

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La tendance occidentale à séparer nettement l’homme de la nature est profondément remise en cause dans la culture contemporaine, notamment en lien au mouvement écologique. Il s’ensuit soit une animalisation de l’homme, soit une humanisation de l’animal, alors que le partage des aspects de continuité et de discontinuité entre l’animal et l’homme demeure en débat, et pour longtemps encore ! Continuer la lecture

Le péché originel

Injustices sociales, fraude bancaire, violence conjugale et délinquance, ces faits humains sont bien réels, mais le péché originel, nul ne l’a jamais vu. Par ailleurs, si l’existence d’Adam et Ève est remise en cause par la théorie de l’évolution, peut-on encore parler de péché originel, et comment ? Nous verrons pourquoi la notion de péché originel est importante pour le christianisme, et comment elle renvoie aux mystères de l’origine du mal et de notre condition universelle d’êtres mortels. Si le péché est originel, cela signifie qu’aucun homme n’est entièrement juste par nature, mais que tous sont justifiés par la seule grâce de Dieu, en Jésus-Christ.

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Conférence donnée le 1er octobre 2009 à la paroisse de Delémont et le 21 janvier 2010 dans le cadre de la paroisse réformée à Cernier.

Voir également la première prédication de l’Avent du 27 novembre 2022 à Orvin, ainsi que la notice théologique à la suite de la prédication.

Voir également la prédication du 30 avril 2023 : La tentation d’Adam et Eve et les étranges récits des patriarches.

Création et évolution : Apparition spontanée ou progression historique ?

Depuis le XIXème siècle, l’approche historique se généralise à toutes les sciences. On affirme que l’univers, la terre, les roches, les êtres vivants, l’homme, les civilisations, les religions, les individus, n’ont pas été créés par Dieu tels quels, d’un seul coup, mais sont le résultat de lents processus de formation. Certaines de ces idées vont être admises très difficilement, notamment par les Églises, parce qu’aux yeux de certains croyants, elles contredisent la révélation chrétienne. Parmi toutes, deux découvertes vont susciter les plus grandes polémiques jusqu’à aujourd’hui : L’origine animale de l’homme, qui remet en cause l’existence historique d’Adam et Ève, et le processus de genèse des religions, qui permet de situer la naissance du christianisme dans le cadre des autres religions antiques.

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Conférence donnée le 18 juin 2009 à la paroisse réformée de Delémont.