Prédication : La fresque du croyant face aux trois immensités

Le quatrième chapitre de l’épître aux Ephésiens expose une fresque en laquelle l’Eglise, corps du Christ, préconise, symbolise et accomplit la plénitude de l’ensemble de la réalité dans la personnalité unificatrice du Christ, qui a traversé toute la profondeur et la hauteur de l’Univers au travers de sa mort et de sa résurrection.

Voir la liste de mes prédications ordonnées par références bibliques.

Epître de Paul aux Ephésiens 4,1-16 – Aux baptisés : bâtir le corps du Christ dans l’unité

(Les couleurs du texte renvoient à l’explication dans la prédication)
1 Je vous y exhorte donc dans le Seigneur, moi qui suis prisonnier :

14 Ainsi, nous ne serons plus des enfants, ballottés, menés à la dérive à tout vent de doctrine, joués par les hommes et leur astuce à fourvoyer dans l’erreur. 15 Mais, confessant la vérité dans l’amour, nous grandirons à tous égards vers celui qui est la tête, Christ.

16 Et c’est de lui que le corps tout entier, coordonné et bien uni grâce à toutes les articulations qui le desservent, selon une activité répartie à la mesure de chacun, réalise sa propre croissance pour se construire lui-même dans l’amour.

Evangile de Luc 21,34-36 – Exhortations à la vigilance

(Voir la comparaison au bas de la page).
34 « Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que vos cœurs ne s’alourdissent dans l’ivresse, les beuveries et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste, 35 comme un filet ; car il s’abattra sur tous ceux qui se trouvent sur la face de la terre entière. 36 Mais restez éveillés dans une prière de tous les instants pour être jugés dignes d’échapper à tous ces événements à venir et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme. »

Prédication du 9 novembre 2025 à Orvin, dans le Jura bernois, en Suisse

En relisant chez vous, tranquillement, le quatrième chapitre de l’épître aux Ephésiens, vous vous rendrez compte que sa première partie (v.1-16) se présente comme une fresque qui tente de décrire tous les aspects de la réalité dans un seul et même mouvement d’ensemble. Le résultat, quoique imparfait, est tout de même saisissant. Sa façon surprend et interpelle notre esprit occidental cartésien.

Le texte est construit de manière concentrique. Cela signifie que la fin reprend le début. Entre deux, ce qui suit directement le début correspond à ce qui précède immédiatement la fin, et ainsi de suite. On peut comparer cette structure à celle d’un oignon constitué de couches concentriques. C’est donc le milieu du texte qui constitue le noyau le plus profond du message. Passé ce milieu, on refranchit les mêmes couches dans l’ordre inverse. Cet emboitement concentrique, en forme de poupées russes, n’est pas exactement respecté, mais on peut tout de même le discerner. C’est du moins ainsi que je vous propose de comprendre le texte. Techniquement, on parle d’une structure en forme de chiasme (représentée par les couleurs du texte de l’épître et de la prédication).

Cette structure permet d’établir une hiérarchie entre ce qui est essentiel pour la foi, et ce qui est important, mais moins essentiel. Dans la présentation qui suit, je repère l’essentiel aux extrêmes bords du texte, début et fin, et au centre. Ensuite, je repère deux couches intermédiaires explicatives.

Le début et la fin : L’exhortation, la souffrance, l’amour


On commence par le début et la fin. Le texte débute ainsi : « Je vous y exhorte donc dans le Seigneur, moi qui suis son prisonnier » (v.1) et se termine ainsi : Le corps du Christ, c’est-à-dire l’Eglise, « réalise sa propre croissance pour se construire lui-même dans l’amour » (v.16). Il en ressort directement les trois points les plus importants pour la foi chrétienne : 1) L’exhortation, c’est-à-dire une forme d’encouragement qui est en même temps une insistance et une consolation. Le verbe grec parakaleo, qui renvoie également au Paraclet dans l’Evangile de Jean, ne peut pas être exactement traduit. Il mêle les deux aspects : Une incitation pressante, presque un ordre moral accouplé à une attention bienveillante et à une compréhension infinie des limites humaines. 2) L’aspect de la souffrance, une dimension inévitable, et en ce sens essentielle, de l’expérience de la foi : l’auteur est emprisonné en raison de son témoignage pour le Christ. 3) La réalisation de la communauté chrétienne dans l’amour, dernier mot du texte. Ainsi se dessinent les trois accords majeurs de la foi : L’exhortation, la souffrance, l’amour.

Je résume donc les aspects de la foi énumérés jusqu’ici : L’exhortation, la souffrance, l’amour, le caractère absolument unique de chaque personne, et le caractère parfaitement humain du Christ. Reste à décrire ce dont sont faites les deux couches intermédiaires, qui se situent donc de part et d’autre du noyau personne-Christ, après le début et avant la fin.

Conclusion : Le pluriel n’efface pas le singulier, il le réhausse


Je résume à nouveau le tout : La coque externe du texte dit trois choses : Exhortation, souffrance, amour. La partie centrale dit deux choses : Le croyant individuel face au Christ. Les deux couches intermédiaires disent l’unité communautaire de l’Eglise qui se réalise peu à peu en Christ, et les moyens de progresser ensemble dans cette direction.

Je souligne donc le contraste suivant : Si le noyau central du texte parle de l’individualité unique de chaque personne, le singulier ; les deux couches autour de ce noyau parlent du pluriel de la communauté ecclésiale, qui est l’image et la préfiguration de l’unité du monde en Dieu. L’individu est protégé dans le Christ, mais il est environné de l’Eglise, qui grandit dans l’unité, en direction de la réconciliation du monde pécheur et souffrant dans le Christ. La carapace extérieure du texte rappelle la souffrance et son seul remède, l’amour. Le cœur du texte place chaque croyant face au Christ, qui nous accueille chacune et chacun tels que nous sommes, avec nos qualités, nos péchés, nos souffrances. Les étages intermédiaires décrivent la communauté universelle de l’Eglise et ses exigences morales. Amen.

Synthèse hors prédication

L’homme minuscule est confronté à trois immensités :

  • L’immensité de la communauté humaine, qui comporte des milliards d’individus, et de la communauté des êtres vivants, qui comprend des milliards de milliards d’individus.
  • L’immensité du cosmos, dont la taille se mesure en milliards d’années-lumière, et dont l’âge est estimé à 14 milliards d’années.
  • L’infinité de Dieu, qui est sans commune mesure avec tout ce que nous pouvons imaginer, puisque Dieu est l’infini par opposition à la finitude des réalités de ce monde. Dieu n’a ni espace ni temps, il est infini dans toutes les directions.

Face à cet état misérablement petit de l’homme confronté à ces trois immensités,
l’Evangile apporte une révolution: Ces trois immensités n’effacent pas la valeur de chaque individu, de chaque personne, parce que le Dieu éternel accorde une importance infinie, un amour infini et une grâce infinie aux hommes mortels que nous sommes.

Comparaison avec la petite apocalypse de Luc 21,34-36

Le bref texte apocalyptique de l’Evangile de Luc 21 adresse aux croyants au fond la même exhortation à la vigilance morale et spirituelle que le texte d’Ephésiens 4, mais son style est complètement différent. Tandis que la fresque d’Ephésiens dessine avant tout l’accroissement de la communauté chrétienne dans l’amour en direction de la plénitude universelle, le climat de l’apocalypse de Luc est plus sévère et ne suscite pas le même sentiment de grandeur et d’apaisement que la fresque d’Ephésiens.

Les deux textes reconnaissent pourtant la réalité du mal dans l’histoire humaine (cf. Ep 4,1 et 14), mais semblent lui accorder une dimension différente. Leur différence majeure réside dans la perspective d’ensemble de la finalité de l’histoire qui émane de leurs visions cosmiques. Selon la fresque d’Ephésiens, l’histoire progresse inexorablement vers la plénitude du Christ. Le processus de la réconciliation universelle est en continuel accroissement et ne peut jamais reculer. Inversement, dans la petite apocalypse de l’Evangile de Luc, l’accent porte sur un jour sombre, dramatique, inattendu, qui s’abattra sur les habitants de la Terre, jour de jugement auquel seuls ceux qui auront répondu à l’exhortation auront une chance d’échapper.

2 réflexions sur « Prédication : La fresque du croyant face aux trois immensités »

  1. Réflexion sur l’Existence et la Foi à la Lumière d’Éphésiens 4
    Introduction
    Merci pour ta prédication, Gilles, qui ouvre notre Esprit à la réflexion. Il est fascinant de considérer, dans l’immensité du Cosmos, que nous sommes enveloppés par l’immensité de Dieu Tout-Puissant, une réalité indéfinissable par les notions d’espace et du temps. J’imagine à l’intérieur de ces deux « couches », l’Humanité placée au cœur du noyau d’amour du Jésus Christ. Ceci est ma vision de notre Existence. Cette vision apaise ma crainte des catastrophes qui s’abattrons sur la terre, et ma peur du jugement dernier à venir.
    Réflexion sur Éphésiens 4
    Après avoir lu le chapitre 4 de l’épître aux Éphésiens, et en repensant à mes annotations précédentes dans ma bible, je retiens comme essentiel les versets 5 et 6 : « Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous. Il est au-dessus de tous, agit à travers tous et habite en [nous] tous. » Cette vérité, en laquelle je crois et j’espère fermement, fonde mon chemin spirituel.
    Vivre selon la Vérité de l’Évangile
    Partant de cette vérité, nous avons le choix de laisser mourir notre ancienne nature et de suivre les recommandations de Paul, exprimées dans les versets 23 et 24 : « à vous laisser renouveler par l’Esprit dans votre intelligence et à vous revêtir de l’homme nouveau, créé selon Dieu dans la justice et la sainteté que produit la vérité. »
    Fraternellement, Istvan

  2. Merci Istvan pour ton partage, qui me permet de préciser le sens que je souhaitais donner à ma prédication :
    A mon sens, le « Un seul » qui s’adresse à tous ouvre une dimension transculturelle et interreligieuse de la foi, dans la mesure où selon la pensée chrétienne, le Christ accomplit en lui l’humanité entière et englobe tout l’Univers dans cette unité, au-delà des divisions et des exclusions religieuses qui péjorent considérablement l’histoire de l’humanité. Il y a donc l’appel à une ouverture universelle, à un désenclavement des croyances et des théologies chrétiennes. Avec mes amitiés. Gilles

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.