Du multitudinisme de Jésus au confessionnalisme de Paul

Les ministères actuels de l’Église, y compris dans le protestantisme, trouvent leur origine dans les ministères qui se mettent progressivement en place dès la mort de Jésus, alors qu’il s’agit de le remplacer à la tête de la jeune communauté des disciples. La rapide disparition du Maître provoque toute une série de réactions en chaîne observables dans le Nouveau Testament, qui sont analysées dans cette formation : Alors que l’Église se confessionnalise et se sédentarise, la foi se spiritualise, tandis que les ministères se diversifient, s’institutionnalisent, se hiérarchisent et se fonctionnarisent, donnant peu à peu naissance à la structure complexe des cinq patriarcats puis de l’Église romaine, plus tard contestée par le protestantisme.

PDF Cliquez ici !

Formation donnée à Neuchâtel le 27 octobre 2012, dans le cadre de la formation diaconale dispensée par l’Office Protestant de la Formation (OPF).

Le chemin qui mène à la vie

Galerie

Prétendre à la perfection intérieure, et du coup se passer de la grâce, est un non-sens spirituel. Le protestantisme ne l’a que trop souligné. À l’inverse, tout miser sur le simple effacement de nos fautes, au point de négliger ce travail intérieur de pacification du soi et de guérison intérieure, c’est ignorer la valeur irremplaçable de notre for intérieur. Selon certains mystiques, le siège de nos émotions et de nos pensées intimes est aussi la demeure du divin en nous : Une conscience à la fois sensible et fragile. Continuer la lecture

La mort est-elle un salaire ? Selon Romains 6,22-23

Le texte biblique

Romains 6,22-23 : Mais maintenant, libérés du péché et devenus esclaves de Dieu, vous portez les fruits qui conduisent à la sanctification, et leur aboutissement, c’est la vie éternelle. Car le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus Christ, notre Seigneur.

Le commentaire

Il est vrai qu’aujourd’hui, on parle volontiers de religion en termes de parcours de vie, de cheminement personnel, de spiritualité. Ces notions sont pertinentes. Elles expriment la réalité du vécu humain, sans cesse hésitant et évolutif, et trouvent un large écho dans la Bible. Les verbes de la première phrase de notre citation (libérer, devenir, porter, conduire, « aboutir ») illustrent cette progression. Hélas, l’emploi de ces notions (spiritualité, expérience religieuse, etc.) peut aussi cacher une crainte plus sournoise, celle de nous confronter à l’enseignement de la pensée religieuse, que l’on affuble du nom de doctrine, dont le sens est souvent devenu péjoratif.

Il nous serait pourtant difficile, en tant que protestants, de refuser de nous confronter à des passages doctrinaux aussi centraux que ceux de l’épître aux Romains, sachant que Luther et Calvin y puisèrent le cœur de la foi moderne. À notre décharge, il est vrai que c’est souvent par incapacité d’éviter de nous y achopper que nous les écartons si facilement. Nous avons oublié que la doctrine est avant tout une expression verbale de la spiritualité. Lorsqu’un maître spirituel veut enseigner son mode de vie religieuse, il crée sans le vouloir une doctrine, un enseignement spirituel.

Pourtant, les doctrines vieillissent. En raison de l’évolution des cultures, leurs logiques peuvent devenir difficilement compréhensibles. C’est le cas de cette saisissante affirmation de Paul : « le salaire du péché, c’est la mort ». Aujourd’hui, on ne se permet plus un tel raccourci. En effet, le péché concerne la conscience, la foi, la morale, tandis que la mort est perçue comme une donnée biologique liée à la cessation du métabolisme et de l’activité neuronale. À priori, les deux registres (le spirituel et le corporel) ne doivent pas être confondus, et pourtant, c’est à se demander si la mort physique ne peut pas être parfois la conséquence du mal vivre ? Elle l’est à l’évidence lors des meurtres et des guerres, et de façon moins évidence lors de certaines affections dites psychosomatiques, mais peut-on en faire une généralité ? À ce sujet, une catéchumène m’a d’ailleurs fait remarquer, le sourire aux lèvres, que les animaux ne pèchent pas et qu’ils meurent pourtant, ce à quoi un autre catéchumène a répondu que les animaux pèchent aussi. Pour se tirer d’affaire, les théologiens protestants ont parfois affirmé que la mort dont parle Paul n’est pas la mort biologique, mais la mort spirituelle. La pirouette est habile, mais elle ne résout pas tout.

Je vous propose de conclure en abordant le problème par l’autre bout : S’il n’y avait pas de mort biologique, serions-nous vraiment enchantés de vivre éternellement en un monde comme le nôtre ? La mort physique, autre que d’être le salaire du péché, n’en serait-elle pas aussi la délivrance ? Limiter la durée de notre vie terrestre serait donc une sage décision divine liée à notre comportement. La mort participerait ainsi à ce don de Dieu, la vie éternelle, qui recouvre et dépasse notre vie temporelle. D’où aussi la dynamique de la spiritualité chrétienne, en laquelle la mort et la vie, la souffrance et la délivrance, sont étroitement réunies dans le seul mouvement de la grâce.

La prière

Je te rends grâce, mon Seigneur et mon Dieu, de ce que tu m’as délivré du mal, de la mort et du péché. Cela, aucun homme, aucun dieu n’était en mesure de le faire. En toi je vis, alors que ta présence est encore cachée dans la fragilité de mon quotidien.

Article paru au printemps 2012 dans la Vie Protestante de Genève.

Le protestantisme au défi du monde contemporain

Galerie

« Mais où sont-ils donc tous passés, les paroissiens ? »: C’est la question que se pose Gilles Bourquin, pasteur suisse et docteur en théologie, dans son dernier ouvrage « Théologie de la spiritualité ». Remède à la clé. Propos recueillis par Elise Perrier, VP Genève. Continuer la lecture

Tous protestants – tous différents

Après avoir présenté la diversité du protestantisme actuel au moyen du modèle de la fronce, je présente la complémentarité des théologies de la croix et des théologies de l’expérience, qui mettent en scène des conceptions différentes de la grâce divine.

PDF Cliquez ici !

Formation donnée lors de la retraite des conseils de paroisse au Twannberg, le 4 février 2012.

Joie christique et joie cosmique

Galerie

L’être humain parvient difficilement à se passer de joie. Cette joie, il la tire à un premier degré des événements de l’existence, alors même que ceux-ci demeurent toujours incertains, sujets à des revirements inattendus. Ce déficit du réel, l’être humain tend à le combler au moyen de sources intérieures de joie, qui ne sont pas censées dépendre des événements. Parmi elles, la joie mystique, et en particulier la joie christique, occupent une place de choix. Continuer la lecture

Christianisme, civilisation, écologie : Le temps d’un tournant

Les questions d’écologie sont aujourd’hui des questions sensibles. Bien des consciences sentent qu’un tournant est en jeu. La plupart des acteurs admettent qu’on ne peut pas parler d’écologie sans parler aussi de notre mode de civilisation et de son impact sur l’avenir de la planète. Or, parler de notre civilisation, c’est aussi parler du christianisme, qui a contribué à en forger les lignes directrices. La critique dont est porteur le mouvement écologique s’adresse par conséquent à plusieurs niveaux : Par-delà la vision chrétienne du monde, est-ce l’homme en tant que tel, dans sa singularité vis-à-vis du reste de la nature, qui est visé ? Jadis autoproclamé sommet de la création, l’homme perçoit aujourd’hui qu’il pourrait en causer la ruine.

PDF Cliquez ici !

Conférence donnée le 24 juin 2010 à la paroisse de Delémont et le 16 septembre 2010 à la paroisse de Cernier.

La mystique, phénomène central ou marginal ?

Galerie

Certains voient dans la mystique le cœur et la source de toute vie religieuse, alors que pour d’autres, il ne s’agit que d’une manifestation marginale, un peu exaltée, voire extrême, de la foi du plus grand nombre. D’emblée, la mystique nous pose question : serions-nous tous mystiques, plus ou moins à notre insu ?
Continuer la lecture

Les mutations contemporaines de la théologie et leur impact pour la vision de l’Église : Théologie de la Parole et théologie de l’expérience

Galerie

Les difficultés actuelles d’adaptation du protestantisme réformé à la mentalité religieuse contemporaine sont pour une part liées au caractère dialectique des théologies issues du luthéranisme et du barthisme, qui jouent davantage sur des oppositions que sur des progressions. Passer d’une théologie de la Parole à une théologie qui inscrit davantage la proclamation dans l’expérience spirituelle et les réalités sociales s’avère ainsi un enjeu déterminant pour l’avenir des Églises réformées. Continuer la lecture