Conférence : Origine du monde, évolution biologique et fin du monde : Que disent la science et la foi

En lien à la prochaine parution de mon livre « Biologie et théologie. Continuité et discontinuité du vivant », aux éditions Epistémé de l’EPFL, je suis invité par la paroisse réformée de Delémont à donner cette conférence.

Le mercredi 30 septembre 2026, 19h00, Temple réformé de Courrendlin.
Adresse : Rue du Temple 16, 2830 Courrendlin, canton du Jura, Suisse.
Places de parc devant le temple et dans les rues proches.

L’approche, afin d’être à la fois respectueuse de la démarche scientifique et de la démarche théologique, souligne leurs différences de fond et leurs possibles complémentarités, tout en soulignant leur indépendance. Sont ainsi critiquées les tentations et tentatives de domination de l’une des démarches par l’autre, telles qu’on les trouve dans les créationnismes fondamentalistes et dans les matérialismes scientistes.

Introduction et plan de la conférence

Le plan de cette conférence découle directement de son titre et se compose donc de six parties, qui seront présentées et discutées dans l’ordre numéroté :

Discipline d’étudeOrigine du mondeEvolution biologiqueFin du monde
Biologie et sciences1 Causalité et multivers 3 Evolution moléculaire et conscience humaine5 Hiérarchies et enchevêtrements d’échelles
Foi et théologie2 Commencement du temps et atemporalité divine4 Mythologie préscientifique et fondement de l’être6 Immanence et transcendance


Point 1 – Théories scientifiques de l’origine :
Causalité et multivers

Causalité

Les causalités que la science étudie ne sont pas métaphysiques

Fondamentalement, la science ne peut rien dire de l’origine première du monde, car selon le principe de causalité qui détermine les théories scientifiques :

0 => 1 est une causalité scientifiquement impossible.
« Rien » ne peut pas produire « quelque chose ».
Donc : La science ne peut pas expliquer l’origine du cosmos.

Dieu => 1 n’est pas une causalité scientifique, car Dieu considéré comme la cause du monde n’est pas un objet observable avec un instrument scientifique (télescope, microscope, etc.). Dieu est une réalité hors du monde, il ne fait donc pas partie des sortes de causes que la science étudie, qui sont intra-mondaines.

Cas d’une cause et d’une conséquence observable

Le principe de causalité scientifique, dans le meilleur des cas, suppose qu’une cause observable produit une conséquence observable.

Exemple : On constate que lorsqu’il pleut, cela produit souvent dans les heures qui suivent une augmentation du débit des rivières dans les régions où il a plu. On en déduit que l’eau de pluie se dirige en partie vers les rivières, donc :
Conclusion : La pluie est la cause de l’augmentation des débits fluviaux.
Il s’agit bien là d’un raisonnement scientifique causal.

Cas d’une cause non observable qui est déduite à partir de ses conséquences

Dans ce cas, les conséquences de la cause que l’on suppose sont visibles, mais la cause elle-même reste non observable par des méthodes d’expérimentation scientifique. Il s’agit donc d’une théorie scientifique déduite sous la forme d’une conjecture.

Exemple : Au bord d’une route vous voyez un mur de briques défoncé. Le trou dans le mur a approximativement la forme de l’avant d’une automobile, et vous observez des traces de freinage au sol menant contre le mur, donc :
Conclusion : La cause de ces traces et de ce défoncement du mur doit être un accident d’automobile meurtrier. Arrive alors un cinéaste avec un grand sourire qui vous apprend que c’est un décor de cinéma, et qu’il n’y a jamais eu d’accident. Fausse conjecture donc !
Les théories scientifiques conjecturales restent des hypothèses.

Les théories du Big Bang sont des modèles hypothétiques, des théories conjecturales

Le Big Bang, évènement physique unique le plus reculé dans le passé marquant le début chronologique de l’expansion de notre univers, n’est pas observable. Les théories du Big Bang supposent que cet événement est la cause non observable d’au moins trois phénomènes observables (« preuves observationnelles ») :

Thornton, Rex, Physique moderne, de boeck, 2010, p.566.

Permière preuve observationnelle : L’éloignement des galaxies et l’effet Doppler

Raisonnement de cause à effet :

  1. On observe un décalage croissant vers le rouge de la couleur des éléments chimiques des galaxies les plus éloignées.
    Plus les galaxies sont lointaines, plus ce décalage est grand.
  2. On en déduit qu’il s’agit de l’effet Doppler, donc que ces galaxies s’éloignent de nous.
  3. On en déduit que toutes les galaxies s’éloignent les unes des autres.
  4. On en déduit qu’elles proviennent toutes du même endroit au commencement,
    d’où la théorie du Big Bang.
Détection d’exoplanètes, bac S polynésie 2020.

Comparaison simple : La vitesse d’une balle tirée d’un pistolet est d’environ 300 km par heure. Vous êtes dans une voiture qui circule à 100 km par heure. Si vous tirez vers l’arrière au pistolet, la balle avancera à 200 km par heure et sera donc plus lente par rapport au sol. Si vous tirez vers l’avant, la balle avancera à 400 km par heure et sera plus rapide par rapport au sol. Un raisonnement semblable peut être appliquée aux ondes lumineuses.

Effet Doppler-Fizeau

En raison de leur vitesse d’éloignement, la couleur des éléments chimiques qui composent les galaxies apparait différente, décalée par rapport à ce qu’elle est en réalité. En fait, des couleurs apparaissent qui ne correspondent à aucun élément chimique réel, ce qui prouve et permet de calculer la vitesse d’éloignement de ces galaxies.

Deuxième preuve observationnelle : Le rayonnement de fond diffus cosmologique

Fond diffus cosmologique — Wikipédia

Troisième preuve observationnelle : la proportion des particules et des éléments chimiques dans l’univers.

Ces proportions reflètent une production des grands éléments à partir des petits éléments dans les premiers instants qui ont suivi le Big Bang.

Problèmes avec l’hypothèse du Big Bang

Tout d’abord, certains modèles cosmologiques (par exemple où la constante cosmologique est non nulle), impliquent que […] l’Univers est alors dit d’âge infini et les modèles sans Big Bang.
Astrophysicien français Marc Lachièze-Rey, Initiation à la cosmologie, 5e édition, Dunod, 2013, paragraphe « 3.2.5. Un âge qui n’en est pas un », p.70.

Que dire enfin du « début » de l’histoire ? C’est en grande partie, un problème de sémantique. Rappelons d’abord que la cosmologie étudie l’évolution de l’Univers selon des lois universelles et à partir de conditions initiales présupposées, mais n’étudie pas la « création » de l’Univers. Le modèle d’un univers actuellement en expansion ne permet pas de supposer qu’à un moment du passé cette expansion a commencé, état singulier surnommé par certains « le » big-bang, parfois placé naïvement dans la période « univers inconnu » ! L’expression n’est que l’étiquette des modèles évolutifs utilisés par les cosmologistes, étiquette à manier avec précaution, car on risque de l’associer à une vision spectaculaire où un « atome primitif » explose dans un espace vide, ce qui bien entendu est une représentation totalement erronée, puisque l’espace et la matière sont indissociables. De plus, le « temps zéro » ou 10-∞ impliqué dans les processus évolutifs, n’a aucune réalité physique. Non, le « big bang » n’est pas une explosion, il ne se situe pas en un point de l’espace.
Astrophysicienne française Agnès Acker, Astronomie astrophysique, Malakoff, Dunod, 20195, p. 451-481, ici p. 481.

Le Big Bang est un modèle cosmologique développé pour décrire l’origine et l’évolution de l’Univers. Il en existe plusieurs variantes, dites théories de Big Bang, qui ont en commun de décrire l’Univers comme issu d’une dilatation rapide.
Par extension, on appelle parfois « Big Bang » l’état dense et chaud qu’a connu l’Univers il y a 13,8 milliards d’années, sans que cela préjuge de l’existence d’un « instant initial » ou d’un commencement à son histoire. La comparaison avec une explosion, souvent employée, est impropre.
Big Bang — Wikipédia

Enfin, le chanoine et astronome catholique belge Georges Lemaître (1894-1966), à l’origine de la théorie du Big Bang, a toujours nié, même face au pape, que sa théorie constitue une quelconque preuve de l’existence de Dieu :

Personnellement, j’estime qu’une telle théorie [du Big Bang] reste entièrement en dehors de toute question métaphysique ou religieuse. Elle laisse le matérialiste libre de nier tout être transcendant. […] Pour le croyant, elle exclut toute tentative de familiarité avec Dieu […]. Cela s’accorde avec la parole d’Ésaïe parlant du « Dieu caché », caché même dans le début de la Création.
Georges Lemaître, L’Hypothèse de l’atome primitif. Essai de cosmogonie (1946), Bruxelles, Culture et Civilisation, 1972, p. 9-10.

Multivers

Représentation artistique du multivers : Multivers — Wikipédia.

L’hypothèse du Big Bang se situe à présent englobée dans un problème physique et mathématique plus général, qui ajoute un niveau supérieur de complexité.

L’hypothèse d’un possible multivers suppose la possibilité d’existence d’univers possédant des dimensions auxquelles nous n’avons pas accès à notre niveau d’existence.

Physique classique, univers actuel : X Y Z T
3 dimensions complètes : X Y Z (parcourables dans les deux sens).
1 dimension incomplète : T (parcourable seulement dans un sens).

Contrairement aux trois dimensions spatiales X Y Z, le temps est une dimension que l’on peut parcourir dans une seule direction. On ne peut pas reculer dans le temps, et les phénomènes physiques ne sont pas tous réversibles.

Exemples : Un plongeur qui saute habillé dans l’eau se mouille en une seconde, mais il lui est impossible de se sécher aussi vite en sortant de l’eau. On parle de la flèche du temps : De l’eau chaude mélangée à de l’eau froide donne tout de suite de l’eau tiède, mais il est impossible de les séparer à nouveau. Le temps avance bien dans une seule direction.

Différentes hypothèses de multivers : X Y Z T A B C D …
Certaines dimensions « inaccessibles » à notre échelle d’espace et de temps pourraient intervenir dans notre univers.
Notre univers physique pourrait être une partie « visible » d’un univers physique plus étendu, possédant plus de dimensions.

En considérant des points P ayant plus de quatre coordonnées de dimensions (x, y, z, t, a, b, c, …), il est tout-à-fait possible de modéliser mathématiquement de tels multivers par des matrices étendues, mais cela ne signifie pas encore qu’ils existent ! Pour le prouver, il faudrait trouver des causes provenant de dimensions inconnues.

Exemple : Peut-être que le phénomène d’intrication quantique (coordination physique entre particules très éloignées, à une vitesse supérieure à celle de la lumière) pourrait être expliqué de cette manière ?

Si un multivers existe, le Big Bang pourrait être seulement le début de notre univers, à partir de causes dans d’autres dimensions…
Le Big Bang ne serait donc pas « le début de la Création divine ».

Il n’existe pas de véritable preuve de l’existence d’un multivers actuellement, mais ce type d’hypothèse est souvent avancée comme une solution possible permettant de résoudre les contradictions entre la théorie de la relativité d’Einstein et la physique quantique.

Point 2 – Foi et théologie de l’origine :
Commencement du temps et atemporalité divine

Temps et atemporalité

Un problème théologique est posé par les notions de temps et d’atemporalité :

Théologie de la création :
Si Dieu est le créateur de l’univers X Y Z T (A, B, C, …),
il n’est pas lui-même dans X Y Z T (A, B, C, …)
.
Dieu « vit » hors (= »au-delà ») du temps T et de l’espace X Y Z.
Donc :
Nous ne pouvons pas comprendre comment Dieu « vit »,
car l’au-delà de l’espace-temps nous est
totalement incompréhensible (Emmanuel Kant).
En effet, sans espace-temps, il n’y a plus de causes et d’effects, or nos pensées sont toutes construites avec des causes à effet.

Théologie de l’éternité :
Si Dieu vit dans le temps, alors il n’est pas Dieu,
car il est alors dépendant de quelque chose qui le conditionne.
Dans ce cas c’est plutôt le Temps qui est « Dieu ».

=> Dieu est l’inconditionné atemporel (éternité non temporelle).
=> Dieu est le créateur de la notion de cause, ce qui conduit à un paralogisme, si l’on pense que la création est la « cause » de l’être.
=> Dieu n’a pas existé tout seul, avant de se mettre à créer le monde, sans doute parce qu’il s’ennuyait durablement.

Conséquences « chronologiques » de cette théologie :
L’origine théologique du monde n’est pas l’origine du temps.
Symboliquement
, nous pouvons dire que
Dieu crée « à la fois » le passé, le présent et le futur.
Dieu voit le début, l’évolution et la fin

du monde « en même temps ».
Ces expressions sont symboliques, c’est-à-dire qu’elles tentent d’exprimer avec nos mots ce qui en réalité nous dépasse.

Conséquences providentielles de cette théologie :
Si la création surplombe toute la durée de l’univers,
l’acte créateur de Dieu équivaut à son acte providentiel.
Dieu crée et conduit le monde en permanence.

Conséquences spirituelles de cette théologie :
Si pour Dieu, il n’y a pas de durée, mais un « éternel présent »,
alors la foi en Dieu nous libère « en partie » du temps
et nous rapproche de cet éternel présent déjà dans cette vie.

Références bibliques :

Sens profond du mot commencement
Genèse 1,1 :
« Au commencement Dieu créa les cieux et la terre ».
« Au commencement » est la traduction de bereshit.
Ce mot signifie : be (dans) + reshit (commencement, premier état, premier).
Reshit provient de la racine rosh, qui signifie tête, personne, homme, chef, sommet, chose principale, capitale, somme, commencement, etc.

Traductions possibles de reshit, chronologiques ou hiérarchiques
Genèse 10,10 :
« Les premières villes (chronologiquement) de son royaume furent Babel, Érek, Accad et Kalné, en Mésopotamie » (Nouvelle Français courant).
« Les capitales (hiéarchiquement) de son royaume furent Babel, Erek, Akkad, toutes villes du pays de Shinéar » (Traduction Œcuménique de la Bible 2010).
Le mot signifie soit une priorité temporelle, soit une supériorité hiérarchique.

Atemporalité incompréhensible
Proverbes 21,30 :
« Il n’est ni sagesse, ni raison, ni réflexion en face du SEIGNEUR »

Indépendance de Dieu vis-à-vis des durées du temps
2ème épître de Pierre 3,8 :
« Il y a une chose en tout cas, mes amis, que vous ne devez pas oublier :
pour le Seigneur un seul jour est comme mille ans et mille ans comme un jour »

Simultanéité du passé et de l’avenir
Apocalypse 22,13 :
« Je suis l’Alpha et l’Oméga, le Premier et le Dernier, le commencement et la fin. »

Point 3 – Théories scientifiques de l’évolution :
Evolution moléculaire et conscience humaine

Evolution moléculaire

L’apparition de l’ordre à partir du chaos

Problème fondamental de l’explication scientifique de l’évolution du monde, de la vie et de l’homme :
Expliquer l’évolution de la vie depuis les molécules primitives jusqu’à l’homme sans faire intervenir de cause finale, c’est-à-dire, d’intention qui oriente le processus vers un but.

Défi de l’explication scientifique du monde :
Expliquer le développement de la complexité depuis les particules à l’homme sans causes finales (= sans buts visés)
La science est obligée d’expliquer chaque étape une à une.

Hiérarchie : Particules, atomes, molécules, molécules biologiques, organites cellulaires, cellules, tissus, organes, organismes, familles, clans, espèces, écosystèmes :
Comment cette immense complexité a-t-elle pu apparaitre sans aucune volonté organisatrice, par le seul enchainement de causes à effet ?

Thèse des créationnismes théologiques :
La science ne peut pas expliquer l’apparition de la complexité et de l’homme => Un Dieu ordonnateur intervient-il à chaque étape de complexité supplémentaire. La science n’explique rien.

Thèse scientifique de l’apparition de l’ordre :
La question de fond est scientifiquement résolue au travers des théories physico-mathématiques de l’ordre et du chaos.
L’apparition spontanée d’ordre à partir du chaos dans la nature
est actuellement démontrée à trois niveaux :

1) Par des modèles de simulation mathématique
(automates cellulaires, attracteurs étranges)

Jean-Claude Heudin, L’Évolution au bord du chaos, Paris, Hermès, 1998, p.54-57.

On passe du chaos à l’ordre dans la grille en appliquant toujours la même formule mathématique (=attracteur) aux cases 0 ou 1 de la grille. Certains attracteurs étranges produisent automatiquement des figurines étranges qui symbolisent l’odre créé au travers des lois physiques (les attracteurs) qui organisent l’univers.

2) En physique thermodynamique expérimentale
(cellules de Bénard).

3) En physique thermodynamique théorique
(systèmes dissipatifs d’énergie autogénérés)

Les étapes critiques d’apparition d’ordre à partir du chaos

Malgré la tentative scientifique d’expliquer chaque étape d’augmentation de la complexité des particules élémentaires à l’être humain, un certain nombre d’étapes pose des problèmes particulièrement épineux d’explication :

  1. Le saut de rien à quelque chose.
  2. Le saut des particules aux molécules de base du vivant (acides aminés et acides nucléiques).
  3. Le saut des molécules de base du vivant au système de synthèse des protéines à partir des acides nucléiques (ARN, ADN).
  4. Le saut du milieu extérieur aux cellules vivantes indépendantes de leur milieu.
  5. Le saut des bactéries eucaryotes aux êtres vivants supérieurs et à l’homme.
  6. Le saut du cerveau à la conscience, chez les animaux et chez les humains.

Ces diverses apparitions de niveaux ce complexité supplémentaires restent de véritables défis d’explication pour les sciences.

Biodiversité et évolution du vivant | svtdaisy
La vie complexe est-elle apparue sur Terre un milliard d’années plus tôt que prévu ?

Temps de développement en milliards d’années :
Âge de la Terre : 4,5 milliards d’années.
Développement de la vie : 3,5 à 4 milliards d’années.
Jusqu’aux premières cellules : 3 milliards d’années.
Des bactéries à l’homme : 1 milliard d’années.

Ceci démontre que l’étape la plus difficile
n’est pas le passage de la bactérie à l’homme,
mais des premières molécules du vivant à la cellule.

Les systèmes vivants ont la faculté de s’autorépliquer. La complexité inhérente à ce processus est telle qu’aucune invention humaine n’a pu ne serait-ce qu’approcher cette propriété. Il est clair qu’il n’existe qu’une probabilité infinitésimale pour qu’un mélange de molécules se rassemble au hasard pour donner une entité vivante (on a dit que la chance qu’une cellule vivante se forme spontanément à partir de simples molécules organiques pouvait être comparée à celle qu’un avion à réaction moderne soit assemblé par un ouragan soufflant sur l’entrepôt de pièces détachées). Comment la vie a-t-elle pu apparaître ? Il est très vraisemblable qu’elle a été guidée selon le principe darwinien de la survie au mieux adapté, transposé à l’échelle moléculaire.
Donald Voet, Judith G. Voet, Biochimie, Louvain-La-Neuve, De Boeck Supérieur, 2016, p. 33.

Sur cette image, la protéine fabriquée dans le ribosome à partir du code génétique dans l’ADN est dessinée sous la forme d’un collier de petites perles rondes de couleurs qui représentent chacune un acide aminé de la protéine correspondant à un codon de trois échelons de code dans l’ADN.
L’ADN : Réplication, transcription et traduction ~ COURS de la pharmacie.

Le problème est le suivant : Dans les cellules eucaryotes (avec un noyau) des êtres vivants supérieurs, l’information génétique du code de fabrication des milliers de protéines qui constituent en grande partie la matière vivante est contenue dans les gènes dans l’ADN des chromosomes du noyau des cellules. Pour fonctionner, le système de production des protéines a besoin de l’action de protéines particulières, appelées enzymes, qui fonctionnent comme de véritables usines chimiques de fabrication des protéines à partir du code contenu dans l’ADN. Donc, pour fonctionner, les enzymes protéiniques ont besoin du code de l’ADN, et pour être transcrit, le code génétique a besoin des enzymes. C’est le problème de la poule et de l’oeuf. Il est particulièrement difficile de comprendre comment ce système constitué d’énormes molécules qui n’ont ni âme ni volonté a pu se mettre en place et devenir « vivant », c’est-à-dire présider à la genèse d’embryons de plus en plus complexes, puis d’individus adultes capables de se reproduire et de transmettre ce code extrêmement complexe à leur descendants, au cours d’une évolution biologique qui a nécessité trois milliards d’années pour mettre en place ce système moléculaire extrêmement complexe.

Contrôle de la transcription – Biologie cellulaire et génétique du Développement

Dans son ouvrage Le vivant Décodé, Jean-Nicolas Tournier développe une tentative d’explication de l’origine du vivant en postulant que les molécules d’ARN ont servi primitivement à la fois de code génétique et de protéine, et que les deux fonctions code/protéine se sont ensuite progressivement différenciés.
Jean-Nicolas Tournier, Le vivant Décodé. Quelle nouvelle définition donner à la vie ?, Les Ulis, EDP Sciences, 2005, p.116-124.

Une fois que ce système est en place dans les premières cellules bactériennes sans noyau, il peut fonctionner comme support de l’évolution biologique par la sélection naturelle, telle qu’elle a été décrite par Charles Darwin, puis perfectionnée notamment par la théorie du « gène égoïste » de Richard Dawkins, qui est par ailleurs un athée militant.

Conscience humaine

La notion de « conscience humaine » suscite trois types de questions:

A) Un problème ontologique :
Quel est le rapport entre :
1) Les neurones du système nerveux humain
2) La conscience d’exister, d’être soi-même et les sensations
S’agit-il de :
– Deux réalités séparées (Descartes)
– La même réalité (Damasio, Spinosa)

– Deux réalités correspondantes (neurosciences)

B) Un problème éthique :
Ce qui différencie fondamentalement l’homme de l’animal :
La nature éthique (= morale) de son existence :
Pour qu’un homme soit réellement humain, il faut que :
Son être soit distinct de son devoir être.

L’homme peut/doit se remettre en question :
sa nature / son caractère / ses actes peuvent/doivent évoluer.
=> Conception de l’homme selon la théologie protestante :
Individualité / liberté / responsabilité.

Cependant, selon Darwin, entre les animaux et l’homme, il y a seulement une différence d’intensité, mais pas de nature, nous sommes donc des animaux hyper-évolués et sophistiqués, mais pas fondamentalement autre chose que des animaux.

C) Un problème éthologique : la conscience animale.
Ontologie : Les animaux sont-ils conscients d’exister ?
Oui, nous devons supposer qu’ils sont susceptibles de souffrir.
Ethique : Un animal peut-il se sentir coupable ?
On le constate parfois en partie.
Mais : On ne peut pas attendre de l’animal le même rapport complet :
Individualité / liberté / responsabilité.

On ne peut pas reprocher au lion de dévorer sa proie vivante.

Comportement des guêpes fouisseuses de la famille des Pompilidés, présentes dans nos régions : Elles « capturent des araignées [souvent bien plus grandes qu’elles] et, à l’issue d’une lutte brève, les paralysent par une piqure qui atteint le système nerveux »1 à un endroit très précis, qui fige le corps de la victime sans en perturber les fonctions vitales. La guêpe découpe ensuite les pattes de l’araignée et la traîne dans son nid creusé dans le sable afin d’y nourrir ses larves, qui sucent le suc conservé vivant de l’araignée, une fois le nid refermé. S’agit-il d’une attitude éthique ?
1 Heiko Bellmann, Abeilles, bourdons, guêpes et fourmis. Plus de 250 espèces de France et d’Europe, Paris, Delachaux et Niestlé, 19991, 20063, p. 69-81, ici p. 69-70.
Dans le monde des invertébrés, arthropodes, insectes, de tels comportements sont courants, naturels et non condamnables éthiquement (qui ouvrira un procès aux guêpes fouisseuses ?), mais dans le monde humain, une telle pratique, même à but alimentaire, serait éthiquement inacceptable.

Point 4 – Foi et théologie de l’évolution :
Mythologie préscientifique et fondement de l’être

Mythologie préscientifique biblique

Genèse 1 : Récit de la création en sept jours :
On repère une ébauche de pensée préscientifique dans ce récit :
Chaos cosmique initial – Etablissement du système cosmique jour/nuit – Séparation mer/terre – Végétation – Installation soleil/lune (manifestement dans le mauvais ordre) – Animaux marins/célestes/terrestres – Homme – Repos du sabbat.

Il est possible que ce récit soit déjà influencé par certaines conceptions préscientifiques présentes chez les philosophes présocratiques grecs du VI s. avant Jésus-Christ.

Cependant, les auteurs bibliques dans l’Antiquité du Moyen Orient ignoraient presque tout des concepts scientifiques nécessaires pour établir une véritable science de l’évolution.

Selon la conception biblique : Dieu crée chaque étape de complexité supplémentaire.
Donc : La lecture fondamentaliste de la Bible aboutit au créationnisme.

Dieu comme fondement de l’être

Le problème fondamental des sciences modernes :
La perte de l’ontologie :
Les sciences ne définissent jamais ce qu’est l’être,
mais seulement ce que sont ses propriétés

et ses comportements en interaction avec d’autres êtres.

Le corps humain est constitué d’organes,
Les organes sont constitués de cellules,
Les cellules sont constituées de molécules,
Les molécules sont constituées d’atomes,
Les atomes sont constitués de particules,
Certaines particules sont constituées de particules plus petites,
Mais que sont les particules élémentaires ???
La science observe leurs propriétés et leurs comportements,
mais ne dit jamais ce qu’elles sont :

La science ne donne que des rapports de proportionnalité.
L’ontologie est perdue. On ne sait pas ce qu’est l’être.

Qu’est-ce que :
L’espace, le temps, la matière, l’énergie, etc. ???

Réponse théologique proposée par le
théologien protestant allemand-américain Paul Tillich (1886-1965)
:
Dieu est le fondement de l’être,
Il est l’être qui se situe à l’origine et à la destination de tout étant.

Dieu est la racine ultime qui soutient toute réalité.
Chant piétiste : « All in His hands »
Attention :
Ce n’est pas le panthéisme (Dieu = Tout).
Cela s’approche un peu du panenthéisme.

Selon cette approche théologique :
Il est éventuellement possible de considérer que Dieu a inscrit au fondement de l’être la nature à la fois chaotique et ordonnée du réel, ce qui lui confère des qualités quasiment infinies d’évolution, de diversification et de complexification.
Mais attention : Ce type de considérations ontologiques et métaphysiques ne doit pas interférer avec les théories scientifiques, qui se basent sur des observations de causes et d’effets inscrit dans la réalité tangible du monde.

Point 5 – Théories scientifiques de la fin du monde :
Hiérarchies et enchevêtrements d’échelles

Hiérarchies d’échelles

Lorsque l’on parle de la fin du monde (pour autant qu’il y en ait une),
il convient de préciser à quelle échelle spatio-temporelle on se situe :

S’agit-il de :
– La fin de la civilisation moderne
– La fin de l’humanité terrestre
– La fin de notre espèce Homo sapiens avant sa future évolution
– La fin de la vie terrestre
– La fin de la planète Terre
– La fin du Soleil et donc du système solaire (planètes, comètes, satellites divers, etc.)
– La fin de notre Galaxie La voie lactée
– La fin de notre univers
– La fin du multivers en général
– La fin de tout être créé
Conclusion : Il y a un enchevêtrement compliqué de problématiques de la fin.
Il est impossible de résoudre exhaustivement toutes ces questions.

On peut estimer que l’évolution du singe à l’homme s’est faite en environ 20 millions d’années, même si ce chiffre varie selon la façon dont on compte.
Donc, dans 20 millions d’années, si les descendants de l’espèce Homo sapiens existent toujours, ils seront aussi différents de nous que nous les sommes des singes actuels.

Les fins du Soleil et de la Terre

Dans un milliard d’années : la fin des plantes et des animaux.
D’ici 500 à 1000 Ma AP [Millions d’années après nous], la vie des plantes et des animaux arrivera à son terme. La montée en puissance du Soleil va faire s’élever la température à la surface de la Terre. […]. L’effet conjugué de l’élévation de la température et de la baisse de la concentration en gaz carbonique provoquera le déclin puis la disparition des végétaux, suivie de près par l’extinction des animaux. […].

Effet de sere humide.
A la fin de l’ère des plantes et des animaux ne subsisteront plus que bactéries, archées, algues et champignons. La luminosité du soleil sera 10% plus forte qu’aujourd’hui. La température atteindra 60 à 70°C à la surface de la Terre. Dans ces conditions, la concentration de vapeur d’eau dans l’air pourra s’élever à 20%, ce qui déclenchera un effet de serre humide considérable. Il s’ensuivra une brutale hausse supplémentaire de température, de 10 à 20°C en une centaine de millions d’années.

Michel Joye, Terre. L’histoire de notre planète de sa naissance à sa disparition, Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2017, p.251-252.

Soleil — Wikipédia

Explication générale de la fin de la vie sur Terre :

La durée de vie du Soleil est d’environ 14 milliards d’années.
La masse du Soleil diminue en permanence,
car elle se transforme en énergie de rayonnement (E=mc2).
Donc : La gravitation (le poids) qui retient le Soleil diminue.
Le Soleil est le siège de réactions nucléaires expansives.
Donc : Le Soleil, moins lourd, gonfle de plus en plus.
Donc : Le Soleil se rapproche de l’orbite terrestre.
Donc : La température sur Terre augmente progressivement.
Donc : La vie sur Terre disparaîtra dans un milliard d’années,
car la température sur Terre se rapprochera de 100 °C.

Conclusion :
La vie a mis 4 milliards d’années à se développer sur Terre.
Il lui reste 1 seul milliard d’années de survie possible.
Donc : La fin de la vie sur Terre est programmée.
Donc : Si nous détruisons la vie sur Terre dans peu de temps,
elle n’aura plus le temps de se recréer
avant la fin du système solaire et de la Terre.

Epilogue :
La probabilité d’atteindre une exoplanète avec un vaisseau spatial humain pour transporter la vie hors du système solaire est pour ainsi dire nulle, car les distances sont trop grandes
(sauf avec la science-fiction : Star Wars… ).

Point 6 – Foi et théologie de la fin du monde :
Immanence et transcendance


L’eschatologie biblique

Dans l’Ancien et le Nouveau Testament, on observe une évolution des conceptions apocalyptiques juives et chrétiennes, qui prennent diverses formes avec de nombreuses variantes d’un auteur à l’autre. On toutes en dessiner les lignes de fond de façon résumée :

L’eschatologie dans l’Ancien Testament

Prophète Joël 3,1-4 :
1 Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair.
Vos fils et vos filles prophétiseront,
vos vieillards auront des songes,
vos jeunes gens auront des visions.
2 Même sur les serviteurs et les servantes,
en ce temps-là, je répandrai mon Esprit.
3 Je placerai des prodiges dans le ciel et sur la terre,
du sang, du feu, des colonnes de fumée.
4 Le soleil se changera en ténèbres et la lune en sang
à l’avènement du jour du SEIGNEUR, grandiose et redoutable.
5 Alors, quiconque invoquera le nom du SEIGNEUR sera sauvé.
En effet, il y aura des rescapés sur la montagne de Sion et à Jérusalem,
comme le SEIGNEUR l’a dit, parmi les survivants que le SEIGNEUR appelle.

Selon cette prophétie apocalyptique extrêmement condensée:
La révélation finale universelle est associée aux événements cosmiques de la fin.

Donc : La fin spirituelle, la fin politique et la fin cosmique sont fusionnées.

Les sciences modernes montrent que ces événements se produisent à des échelles d’espace et de temps totalement différentes, et doivent donc être dissociés.

L’eschatologie dans le Nouveau Testament

Cette fusion entre la révélation universelle et la destinée cosmologique de l’univers présent se trouve encore dans certains textes du Nouveau Testament :

Epître aux Ephésiens 1,9-10 :
9 Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté,
le dessein bienveillant qu’il a d’avance arrêté en lui-même
10 pour mener les temps à leur accomplissement :
réunir l’univers entier sous un seul chef, le Christ,
ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre.

Cependant, une tendance de fond se dessine dans le Nouveau Testament :
Le monde nouveau de la vie éternelle est clairement distinct du monde présent :

Apocalypse 21,1-4 :
1 Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle,
car le premier ciel et la première terre ont disparu et la mer n’est plus.
2 Et la cité sainte, la Jérusalem nouvelle,
je la vis qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu,
comme une épouse qui s’est parée pour son époux.
3 Et j’entendis, venant du trône, une voix forte qui disait :
Voici la demeure de Dieu avec les hommes.
Il demeurera avec eux.
Ils seront ses peuples et lui sera le Dieu qui est avec eux.
4 Il essuiera toute larme de leurs yeux,
la mort ne sera plus.
Il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance,
car le monde ancien a disparu
.

Le livre de l’Apocalyse reprend et développe l’eschatologie juive :
Il décrit la fin de l’univers présent et l’avènement du Monde nouveau.
Ce monde nouveau est transcendant :
Il ne s’agit pas d’une suite du monde présent dans un autre multivers.
Dans la conception chrétienne, il s’agit ici d’une nouveauté radicale,
d’une Nouvelle création divine, la Demeure de Dieu avec les hommes,
qui est complètement libéré des contraintes physiques de la mort et de la souffrance.

Selon les conceptions scientifiques et théologiques actuelles,
la radicalité de cette transition du monde immanent au monde transcendant,
apparaît donc indépendante de préoccupations chronologiques.
Il n’est pas important de savoir QUAND et OÙ cela se produira,
puisque justement le QUAND et le OÙ (X Y Z T) seront dépassés dans l’Eternité.

Il ne s’agit donc pas d’une EVOLUTION de CAUSE à EFFET,

scientifiquement explicable,
mais d’une TRANSCENDANCE par rapport à l’IMMANENCE du monde présent,
d’une NOUVELLE réalité que seule la foi et la théologie de la foi peuvent saisir
.

La science ne peut rien dire de cette transition de l’immanence à la transcendance,
comme la théologie ne peut rien dire de la fin de l’univers ou du multivers physique.

Salut extrinsèque et intrinsèque

Selon la conception biblique, le salut est extrinsèque, il provient de l’extérieur de l’homme : C’est toujours Dieu qui sauve l’être humain en le délivrant des souffrances de sa destinée cosmique et de la mort, par sa propre initiative et par son propre pouvoir, puis ce salut, qui est à comprendre comme l’anticipation de la Réalité nouvelle dans le monde présent, implique un engagement de l’homme :

Ephésiens 2,8-10 :
8 C’est par la grâce, en effet, que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi ; vous n’y êtes pour rien, c’est le don de Dieu. 9 Cela ne vient pas des œuvres, afin que nul n’en tire fierté. 10 Car c’est lui qui nous a faits ; nous avons été créés en Jésus Christ pour les œuvres bonnes que Dieu a préparées d’avance afin que nous nous y engagions.

Selon la conception bouddhiste, le salut est intrinsèque, le salut s’obtient par un renoncement aux désirs qui troublent l’âme, et ce renoncement, lorsqu’il est accompli, prend la forme du nirvana, qui est un état spirituel et mental de délivrance des souffrances de la réalité dans le cosmos présent. Le bouddhisme est très instructif sur le plan de la spiritualité, car il peut contribuer au chemin chrétien de pacification de l’âme humaine.

Dans la perspective de la théologie libérale chrétienne, le salut chrétien, reçu au travers de l’accueil inconditionnel de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, occupe une place centrale dans la foi, mais s’ouvre à d’autres formes spirituelles complémentaires qui aident les personnes à cheminer dans l’existence présente, et fonction de divers besoins et des diverses composantes de leur vie (somatique, psychologique et spirituelle).

Les sciences modernes aussi, dont la biologie, les neurosciences et la psychologie, à côté des diverses spiritualités et du salut par la grâce révélé en Jésus-Christ, peuvent contribuer à la connaissance et au développement de soi, de la vie, de l’homme et de la nature, composantes d’une vie sociale, écologique et spirituelle équilibrée.

Gilles Bourquin

Mon ouvrage « Biologie et théologie. Continuité et discontinuité du vivant« , paraîtra prochainement aux éditions Epistémé de l’EPFL, aux Presses polytechniques et universitaires romandes.
Il pourra être acheté en ligne ou téléchargé gratuitement sous forme de PDF sur le lien suivant : Les publications de Épistémé | EPFL Press.

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