À l’homme les projets, au Seigneur la réponse

« À l’homme les projets ; au Seigneur la réponse. Toutes les voies de l’homme sont pures à ses yeux, mais c’est le Seigneur qui pèse les cœurs. Expose ton action au Seigneur et tes plans se réaliseront. […] Le cœur de l’homme étudie sa route, mais c’est le Seigneur qui affermit ses pas » (Proverbes 16,1-3.9).

 Le livre des Proverbes nous offre un manuel de stratégie spirituelle à la géométrie plutôt surprenante ! Il s’agit d’une combinaison subtile de libre entreprise, de créativité humaine, de patiente prospective et de tranquille soumission à la volonté divine, instance ultime en matière de destinée humaine.

Quelle que soit la finesse de son calcul, la profondeur de sa sagesse, le soin avec lequel l’homme s’applique à planifier son avenir, il n’en maîtrise que très partiellement le mystère. Le discernement du chemin à suivre devient ainsi une composante importante de toute spiritualité.

Contrairement à la conception qui apparaît dans la Thora, selon laquelle Dieu conduit son peuple au moyen de la nuée (non sans l’aide d’un guide autochtone), le livre des Proverbes suppose que Dieu ne révèle pas d’emblée à l’homme la voie à suivre, mais lui laisse étudier sa route et élaborer des projets. À la vision surnaturelle, les Proverbes de sagesse substituent ainsi le tâtonnement par essais progressifs.

Est-ce une perte de performance spirituelle ? Pas vraiment, d’ailleurs les deux pistes ne s’excluent pas totalement : Dans les Proverbes aussi, c’est Dieu qui en définitive conduit ! Pourquoi dès lors soumettre l’homme à cette recherche hésitante de sa voie ? Parce que, bien davantage qu’une dictée spirituelle, les projets que l’homme entreprend de sa propre initiative, quelle que soit par ailleurs leur issue plus ou moins favorable, lui révèlent sa véritable nature, ses aspirations les plus profondes.

Au travers de cette recherche, l’homme apprend à mesurer les possibilités et les limites de son être. En prenant conscience de ses motivations, il affine la différence entre ambition et vocation. Et ce travail de décantation ne se fait pas sans une part de souffrance, car l’homme y expérimente la frontière entre le deuil de l’impossible et la persévérance vers le réel. Cette frontière fine est l’épreuve de la vie.

La voie choisie, en définitive, est décrite comme révélatrice de la pureté du cœur, ce qui incite l’homme qui recherche son orientation à exposer ses pensées intimes devant Dieu, aussi contradictoires soient-elles, en percevant son avenir autant comme un don à accueillir que comme un terrain à conquérir.

Article paru en 2011 dans Évangile et liberté.

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