Le long pèlerinage de l’humanité vers la liberté

Le développement de l’humanité n’est pas linéaire. On ne peut pas identifier des stades qui seraient partout les mêmes, comme par exemple dans le développement d’un embryon. Pourtant, l’histoire humaine est le prolongement de l’évolution des animaux. Elle n’est pas complètement chaotique. Les hommes préhistoriques, qui vivaient en étroite dépendance du milieu naturel, ont développé des civilisations de plus en plus complexes et étendues, dans le but de se libérer progressivement des dangers et des nuisances de la nature (isolement, intempéries, inondations, sécheresse, froid, faim, maladies, prédateurs, parasites, etc.). Aujourd’hui, le bilan de ce progrès est discuté. Les guerres mondiales, les génocides, les menaces nucléaires et écologiques laissent penser que la capacité de nuisance des hommes augmente, de sorte qu’il serait temps de changer de cap, ou de revenir en arrière.

Animisme et chamanisme

L’attachement des premiers hommes à la nature s’est transcrit dans leurs cultures et leurs religions animistes et chamaniques. Les prêtres étaient censés préserver l’harmonie du monde en négociant avec les esprits animaux, les forces solaires, orageuses, germinales, sexuelles, souterraines (enfers), etc. Le contact avec les esprits des défunts assurait la tradition de la famille et du clan. Ainsi sont apparus les premiers dieux, dont l’histoire était racontée dans la mythologie. On retrouve de tels récits un peu partout en orient et en occident : dieux, déesses, anges, démons, héros hommes-dieux s’allient et se bataillent.

Du multiple à l’unité

Dans diverses cultures, on s’est progressivement rendu compte que tous ces dieux représentant les forces de la nature (le ciel, la mer, la végétation, etc.) devaient être unifiés si l’on voulait garantir l’harmonie du monde. Les Egyptiens ont inventé le premier monothéisme du dieu solaire Aton incarné par le pharaon Akhénaton. Au cours du même millénaire, au Moyen-Orient, est apparu le monothéisme d’Abraham, à l’origine du judaïsme, du christianisme et de l’islam. Sa particularité était de rejeter radicalement l’adoration idolâtre de tous les dieux de la nature, pour n’adorer qu’un unique Dieu complètement libéré et indépendant des pouvoirs de notre monde.

En Inde et en Chine, la solution a été un peu différente: On a réuni tous les dieux et les esprits dans une sorte d’immense roue de l’univers qui serait un unique esprit impersonnel, appelé Atman dans l’hindouisme et Tao dans le taoïsme, avec le yin et le yang. Par rapport au Dieu d’Abraham, l’Atman et le Tao s’identifient davantage à l’univers lui-même.

De l’uniformité à la liberté individuelle

À partir de là, deux grandes révolutions religieuses se sont produites parallèlement en orient et en occident. En Inde, les prêtres brahmanes s’étaient emparés du pouvoir de l’Atman pour ériger un système de castes sociales dont ils occupaient l’échelon le plus élevé. Un groupe de moines mendiants, conduits par un ancien prince Shakya devenu l’éveillé, le Bouddha, se révoltèrent contre cette hiérarchie pour établir une religion plus égalitaire et plus libre, où chaque individu est appelé à atteindre l’éveil par la méditation. Les bouddhistes rejetèrent l’Atman, et leur spiritualité se centra sur le détachement et la quête du repos intérieur face aux passions et aux souffrances de ce monde.

Au Moyen-Orient, la révolution ne fut pas moins radicale. Le juif Jésus et son disciple Paul se rendirent compte que la foi d’Abraham, en libérant l’homme des liens de la nature, avait produit une nouvelle dépendance: tous les croyants étaient désormais soumis à la Loi du Dieu unique. Le monothéisme risquait de se transformer en dictature religieuse.

Jésus, ainsi que plusieurs de ses disciples, payèrent de leur vie leur refus de la Loi. Leur idée est si révolutionnaire qu’elle n’a pas fini de s’imposer. Au cours de l’histoire de l’Eglise, la foi en Jésus risqua maintes fois de se réduire à une morale universelle au détriment de la libération intérieure qu’elle est censée produire. Six siècles après Jésus, un monothéisme qui renforçait à nouveau le rôle de la Loi (Sharia) vit le jour, l’islam.

Post scriptum : L’aspiration à la liberté

Certes, il n’est pas possible à l’homme d’atteindre la liberté parfaite dans cette vie. Des règles sociales sont nécessaires pour contenir les excès et enseigner à l’homme la solidarité. Cependant, l’aspiration à la liberté, qui suppose le développement de la maturité individuelle et politique, se situe au cœur du long pèlerinage millénaire de l’humanité.

Article paru dans La Vie Protestante Neuchâtel-Berne-Jura en juillet 2013.

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