Réfléchir à notre spécificité

Editorial du dernier numéro du journal mensuel La vie protestante Neuchâtel-Berne-Jura (No. 8, octobre 2016) en lien au dossier “La Réforme sur nos terres”.

Notre dossier souligne l’importance dans nos contrées, déjà du temps de la Réforme, de la volonté d’émancipation de la tutelle catholique. Ce vent d’ouverture et de liberté, soufflé par la Renaissance, semble avoir été le moteur de l’histoire. On peut dès lors se demander quelle est la finalité réelle du protestantisme ?

S’agit-il – selon l’objectif officiel – d’un retour à la Bible et à la foi en l’Evangile, ou s’agit-il – comme semble le montrer l’histoire – de la revendication d’un plus grand espace de liberté individuelle face aux contraintes religieuses ?

Les deux objectifs ne sont pas totalement incompatibles, mais reconnaissons qu’ils ne sont pas identiques ! Cette divergence d’orientation a produit dès l’origine une tension au sein du protestantisme entre une tendance libérale, qui vise de plus en plus explicitement la sortie de la religion, et une tendance conservatrice, plus morale et religieuse, davantage centrée sur la Bible, l’engagement de foi et la piété.

A mon sens, poussées à l’extrême, les deux tendances mènent à l’impasse. Du côté conservateur, le fondamentalisme enferme l’individu dans un carcan religieux au lieu de le laisser construire sa personnalité. Du côté libéral, si le protestantisme se résume à proclamer «A chacun sa croyance en toute liberté !», il finit par manquer de courage, il perd sa force de proposition et risque la dilution.

Du temps de la Réforme, être ouvert à la nouveauté constituait une attitude risquée et fortement repérable dans un monde catholicisé. Aujourd’hui, dans nos sociétés séculières, la diversité culturelle est une réalité qui s’impose à tout le monde.

L’ouverture ne peut plus être le seul critère pour définir un courant religieux. L’Etat laïc a pour mission d’exiger de toutes les religions ce respect de l’autre. Pour survivre et s’affirmer à nouveau en tant que mouvement spirituel, le protestantisme réformé doit retrouver une envergure qu’il a perdue et réfléchir à sa spécificité.

Les protestants réformés sont à mon sens appelés à réapprendre à exprimer plus clairement ce qu’ils croient et à retrouver la confiance que leur foi, aussi légère que précise, offre un support existentiel appréciable à de nombreuses personnes.

 

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